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Auteur : Paul Auster
Traducteur : Christine Le Boeuf
Date de saisie : 13/02/2009
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-7427-8046-4
GENCOD : 9782742780464
Sorti le : 07/01/2009
August Brill, ancien critique littéraire à la retraite, vit cloué dans un fauteuil roulant chez sa fille Miriam. Celle-ci est inconsolable après son divorce. Auprès d'eux Katya, sa petite fille "digère" la mort de son ex-fiancé Titus. Il passe son temps à regarder des films en compagnie de Katya.
August est insomniaque et s'invente des histoires. C'est ainsi que nous faisons la connaissance d'Owen Brick. Celui-ci vit dans un monde parallèle où il n'y a jamais eu de 11 septembre mais où l'Amérique est en guerre civile. On navigue du réel à un monde imaginaire.
Paul Auster nous propose un vagabondage plus que plaisant et on ne peut que regretter qu'il ne soit pas plus long.
Un vrai beau moment et - ce qui ne gâche rien - une couverture superbe.
A nos libraires, ces Virgile qui nous guident et nous éclairent dans le grand dédale des livres, il n'est plus nécessaire de présenter Paul Auster : ils connaissent son oeuvre, son talent de narrateur, sa capacité de créer des personnages d'une profondeur si réelles qu'ils deviennent des compagnons, une collection de vieux amis toujours plus ou moins présents dans la mémoire. Dans Seul dans le noir, Auster a mis en scène, une fois encore, un homme seul dans une chambre close : on retrouve les thèmes austériens. Avec ici, me semble-t-il - l'intimité que donne l'exercice de la traduction m'a fait vivre intensément la richesse de l'oeuvre -, une ouverture aux autres, une possibilité de tendresse partagée qui relativisent l'enfermement. Le roman se déroule en un lieu - la chambre - et en une nuit. Une nuit pendant laquelle le narrateur, en proie à l'insomnie, s'efforce de s'empêcher, en se racontant une histoire qu'il invente au fur et à mesure, de penser à des réalités trop douloureuses. Dans la fiction qu'il imagine, une Amérique qui n'a pas connu le 11 septembre est en proie à une guerre civile, et le héros éberlué est mystérieusement ballotté entre l'univers inventé et la réalité. Mais entre les épisodes de cette fiction viennent s'insinuer les pensées qu'il tente de repousser, et des souvenirs anciens et récents, tantôt déchirants, tantôt éclairés par sa tendresse pour sa fille et sa petite-fille, et sa complicité avec celle-ci devant les grands classiques du cinéma qu'ils regardent et commentent ensemble.
Christine Le Boeuf, la traductrice de l'ouvrage
«Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain.»
Ainsi commence le récit d'August Brill. critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya. anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad...
Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 Septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire.
En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la «catastrophe» d'une fiction qui abolit les lois de la causalité. Paul Auster établit, clans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.
Et si c'était lui, le grand romancier américain d'aujourd'hui ?...
Son double, August Brill, critique littéraire à la retraite dans «Seul dans le noir», s'est retiré dans le Vermont, à la suite d'un accident de voiture, de la mort de sa femme, du divorce de sa fille et du décès du petit ami de Katya, sa petite-fille...
Brillant, ensorcelant, funambulesque, le roman est cependant loin d'être un simple exercice de haut style austérien.
Le titre Seul dans le noir fait allusion à la situation d'August Brill, le héros du roman, fameux critique littéraire à la retraite...
Dans ce monde-là, le 11 Septembre n'a pas eu lieu mais l'Amérique est plongée dans la guerre civile sous la présidence d'un certain George W. Bush. Paul Auster réussit à entraîner le lecteur dans un récit où fiction et réalité s'articulent admirablement pour évoquer le sentiment de culpabilité de l'Amérique. C'était avant l'avènement d'Obama.
Que les fans de Paul Auster se réjouissent, l'écrivain new-yorkais revient avec un roman audacieux et à l'ambition parfaitement tenue. Paul Auster excelle dans l'art de tisser les fils de la grande Histoire avec ceux de la vie intérieure de personnages pris dans les rouages d'événements qui les dépassent...
Un suspense total, un ton juste : ce roman est passionnant !
A 62 ans, dont vingt-deux de carrière littéraire derrière lui, l'homme a su bâtir une oeuvre immédiatement reconnaissable, mélange de conte philosophique et de road-movie, où des éclopés de l'existence tentent pourtant de changer quelque chose à un monde qui boîte et qui titube...
. Tous ou presque, et non sans raison, saluent son retour. Fidèle à l'un de ses thèmes de prédilection, la solitude, Auster, dans ce texte prenant et inspiré, nous transporte dès les premières lignes dans les nuits sans sommeil d'August Brill. Ce critique littéraire à la retraite, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est réfugié dans le Vermont, chez sa fille Miriam...
Peu à peu, Auster nous attire dans un univers parallèle où le 11-Septembre n'a pas eu lieu, où les Américains ne sont pas en Irak mais s'entre-déchirent dans une étonnante guerre civile. On pourrait redouter l'étrangeté du propos, mais l'imbrication du réel de Brill et du fantastique de ses élucubrations est si fine que l'on se prend à entrer dans son jeu.
Dans ce roman foisonnant en forme de chronique de l'inquiétude, on trouve à la fois de l'incongruité métaphysique et un sentiment aigu de la perte et de la dépossession, en même temps que les préoccupations d'ordre civique auxquelles nous a habitués Paul Auster. Ces univers parallèles progressent inexorablement, comme dans le roman policier, vers un point de jonction improbable qui sera la mort du romancier lui-même...
Une fois de plus Paul Auster démontre sa virtuosité d'architecte de la littérature, qui sait parfaitement structurer son roman et invente entre l'imaginaire et le réel de vertigineuses passerelles.
Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. A l'étage, ma fille et ma petite-fille sont endormies, seules, elles aussi, chacune dans sa chambre : Miriam, quarante-sept ans, ma fille unique, qui dort seule depuis cinq ans, et Katya, vingt-trois ans, la fille unique de Miriam, qui a dormi quelque temps avec un jeune homme du nom de Titus Small mais Titus est mort et maintenant Katya dort seule avec son coeur brisé.
Lumière éclatante, et puis obscurité. Le soleil qui se déverse de tous les coins du ciel, suivi par les ténèbres de la nuit, les étoiles silencieuses, le murmure du vent dans les branches. C'est la routine. Il y a plus d'un an maintenant que je vis dans cette maison, depuis qu'on m'a laissé sortir de l'hôpital. Miriam a insisté pour que je vienne ici et d'abord nous n'étions que nous deux, avec une infirmière de jour qui s'occupait de moi pendant que Miriam était au travail. Et puis, trois mois plus tard, le ciel est tombé sur la tête de Katya, elle a abandonné ses études de cinéma à New York et elle est revenue habiter chez sa mère dans le Vermont.
Ses parents lui avaient donné le prénom du fils de Rembrandt, le petit garçon des tableaux, l'enfant aux cheveux d'or sous une toque rouge, l'écolier rêveur qui s'efforce de comprendre ses leçons, le petit garçon qui s'est mué en un jeune homme ravagé par la maladie et qui est mort à guère plus de vingt ans, exactement comme le Titus de Katya. C'est un prénom fatal, un prénom dont il faudrait à jamais bannir l'usage. Je pense souvent à la mort de Titus, à l'affreuse histoire de cette mort, aux images de cette mort, aux conséquences dévastatrices de cette mort sur ma malheureuse petite-fille, mais je ne veux pas aller par là maintenant, je ne peux pas aller par là maintenant, il me faut repousser cela aussi loin de moi que possible. La nuit est jeune encore et, couché dans mon lit, le regard perdu dans l'obscurité au-dessus de moi, une obscurité si noire que le plafond est invisible, je commence à me rappeler l'histoire que j'ai commencée la nuit dernière. C'est ce que je fais quand le sommeil se refuse à moi. Couché dans mon lit, je me raconte des histoires. Elles ne valent sans doute pas grand-chose mais, du moment que j'y suis plongé, elles m'empêchent de penser à ce que je préférerais oublier. La concentration peut être un problème, toutefois, et, très souvent, mon esprit finit par dériver de l'histoire que j'essaie de raconter vers les sujets auxquels je ne veux pas penser. Rien n'y fait. Je vais d'échec en échec, bien plus d'échecs que de réussites, mais cela ne signifie pas que je ménage mes efforts.
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