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Auteur : Jean-Luc Hees
Illustrateur : Riss
Date de saisie : 15/01/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Les échappés, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-35766-008-3
GENCOD : 9782357660083
Sorti le : 15/01/2008
«Au fond, tout de qu'on lui demande à Barack Obama, c'est d'avoir la carrure de Roosevelt, l'intelligence et le courage politique de Lincoln, l'humour de Coolidge, la droiture de John Adams, l'honnêteté de Washington, la virilité d'Andrew Jackson, le charme de Kennedy, la bonhomie de Reagan et l'appétit pour les bonnes choses de Clinton. Facile !»
Jean-Luc Hees est un amoureux des Etats-Unis. Mais ces dernières années, elle ne faisait plus tellement rêver, l'Amérique. Jusqu'à ce qu'un jeune sénateur, parfait inconnu, noir par-dessus le marché, entre en scène. Orateur virtuose, entre Fred Astaire et Martin Luther King, il a rendu l'Amérique à ceux qui l'aiment. Jean-Luc Hees nous fait revivre les mois d'attente, d'espoir, d'émotion, qui ont fait de Barack Obama le 44e président des États-Unis d'Amérique.
Correspondant de France Inter en Amérique sous Reagan, Jean-Luc Hees a suivi pour Charlie-Hebdo la campagne présidentielle américaine de 2008, accompagné du dessinateur Riss. Il est l'auteur, aux presses de la Renaissance, de La Saga de la Maison-Blanche, paru en 2006. Il anime la tranche matinale de Radio Classique.
Les larmes du révérend
C'est Jesse Jackson qui m'a fait craquer, sur le coup de 6 heures du matin, heure de Paris. Quand le révérend Jesse Jackson n'a pu retenir ses larmes, là, dans la foule de Chicago, dans ce parc immense, noyé dans les drapeaux, noyé dans le bonheur.
Jesse Jackson, les yeux bouffis de larmes. Comme un enfant qui essaye, en vain, de retenir ses sanglots. Avec, comme un enfant, un bout d'index dans la bouche, histoire de tenter, encore en vain, de maîtriser cette joie née du chagrin, d'un long chagrin, cette joie inespérée, cette émotion située bien au-delà de tout ce que, moi, petit Blanc, je peux imaginer.
Je l'ai toujours respecté, le révérend Jesse Jackson. Je l'ai vu faire campagne, dans les années 1980, pour essayer, lui aussi, de devenir président des États-Unis. Il avait un slogan : la coalition arc-en-ciel. C'était un poil ringard. Mais Jesse Jackson était un homme en pétard. Pas courroucé ! Totalement en colère après le passé, le présent et sûrement même l'avenir. Car il le voyait résolument et définitivement à la caille, l'avenir des Afro-Américains, dans ce pays insensible à cette dette insoluble contractée envers les Noirs. Apparemment insoluble, en tout cas, avant que mon danseur, cet Obama qui se dandine comme Fred Astaire, arrive sur scène !
Il fallait le voir dans un meeting, le révérend ! Charbonneux, outré, outrancier, révolté, roublard aussi, plus prêcheur que stratège politique. Lui, le sang de Martin Luther King, il l'avait récolté sur sa belle chemise blanche, un jour d'avril 1968, au funeste motel de Memphis où l'apôtre de la non-violence s'était fait arracher la moitié de la tête par une balle de fusil. Alors, il n'avait pas pu oublier son chagrin, Jesse Jackson.
Et ce soir du 4 novembre 2008, dans la douceur inattendue d'une nuit de Chicago, il a vu arriver, dans les projecteurs de Grant Park, impeccable dans son costume d'ombre, Obama, président élu des États-Unis d'Amérique depuis une heure à peine ! Cool, man ! Donc Jesse a craqué et, pauvre nouille, j'ai craqué aussi. De regarder, en plein écran, sur ma télé, les vieux yeux de Jesse, avec la peau grisâtre autour, la peau fatiguée par toutes ces harangues, tous ces prêches dans le désert, toutes ces gueulantes pendant des décennies, toutes ces humiliations, tous ces échecs, tous ces espoirs sempiternellement déçus, toute cette fatigue, eh bien, de regarder ces yeux-là, ça a fait sauter la digue que j'avais installée quelques heures plus tôt pour m'épargner l'émotion lacrymale.
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