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Auteur : Anne Garréta | Jacques Roubaud
Date de saisie : 24/04/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-246-75161-8
GENCOD : 9782246751618
Sorti le : 14/01/2009
A Paris, dans les années soixante, un jeune chimiste écossais, Goodman, étudiant solitaire, mène une vie contrainte et méditative, tout au travail photographique qui ordonne secrètement ses nuits et ses jours. Mais une voix de femme entendue dans une soirée, le corps nu d'une autre, aperçu la nuit dans l'immeuble désaffecté d'en face viennent troubler ses projets. Voix, corps apparaissent et disparaissent, le hantent. Les spectres du passé envahissent l'immeuble, débordent les images photographiques de Goodman, désordonnent l'architecture de son secret. Est-ce encore la même femme qu'il entend un matin, qu'il suit dans la rue, qui accepte finalement de venir la nuit chez lui ?
Anne Garréta est l'auteur de quatre romans, dont Sphinx (Grasset, 1986) et Pas un jour (Grasset, 2002) qui a reçu le prix Médicis. Jacques Roubaud est mathématicien, poète, romancier. Il est l'auteur, entre autres oeuvres remarquées, de Quelque chose noir (Gallimard, 1986), La Belle Hortense (Ramsay, 1985), Le Grand Incendie de Londres et Parc sauvage (Seuil, " Fiction & Cie ", 1989 et 2008), et encore, avec Georges Perec et Pierre Lusson, du Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du Go (Bourgois, 1969).
Surtout, tout cela enseigne que rien ne peut empêcher le projet le mieux verrouillé de se dégrader sous l'effet des passions, des erreurs, du temps. Rien n'y fait. Les pellicules se voilent, les négatifs révèlent des fantômes, les clichés les plus ardemment espérés sont flous. Le snark, que l'on croyait tenir sous son objectif, s'avère être un «boojum» qui, comme disait Lewis Carroll, est l'espèce de snark la plus insaisissable et la plus dangereuse. «Toute photographie, il est vrai, est le témoin dchasse au snark ; et tout ce qu'elle attrape, êtres et choses et le photographe avec, est «boojum».» Le chasseur disparu avec sa proie, reste la chasse : ce manuscrit sans auteur né de la Toile. Il nous aura fait sourire ou soupirer. Il était depuis toujours là pour ça.
Il y a dans Eros mélancolique, écrit par Jacques Roubaud, né en 1932, et Anne F. Garréta, de trente ans plus jeune, tous les ingrédients du roman classique...
Mais Jacques Roubaud et Anne Garréta sont membres de l'Oulipo (lui, depuis 1966, elle, depuis 2000), cet Ouvroir de littérature potentielle, mêlant jeux et théories langagières, dont Raymond Queneau et Georges Perec furent les membres les plus célèbres...
Le roman classique n'est le fort d'aucun des deux, et encore moins des deux ensemble. Eros mélancolique n'est naturellement pas seulement ce qui en a été dit jusqu'ici...
«Un roman dont on ne sort pas indemne» est un lieu commun de la critique littéraire qui est aussi un compliment, la littérature se révélant alors capable d'annuler, au moins pour un temps, l'universel principe de précaution. Eros mélancolique fait partie de ces livres dont, à les commenter, on risque de ne pas sortir indemne, également, mais pour une moins flatteuse raison : on craint de passer pour un imbécile qui n'aurait pas su déchiffrer tous les indices et les références du texte.
Il y a longtemps que Jacques Roubaud se lève de bonne heure", rappelle Anne F. Garréta dans sa préface à Eros mélancolique, l'étrange et fascinant objet littéraire qu'ils signent ensemble, avant d'ajouter : "Je me lève tard. Je me couche tard." Un vrai décalage horaire entre ces deux oulipiens (lui depuis 1966, elle depuis 2000) qui se sont rencontrés à une conférence à Vienne, en 1993. "Ainsi, dit-elle amusée, l'Oulipo ne dort jamais." Rien de plus plausible que le message électronique de Roubaud, qui, à l'aube, lui demande de récupérer sur le Web un mystérieux fichier PDF, Eros mélancolique...
Quelle place occupera ce livre dans leur oeuvre ? "Une expérience curieuse" pour elle, qui a obtenu le prix Médicis en 2002 pour son quatrième roman, Pas un jour. "Originale", pour Roubaud, qui vient d'ajouter à son grand cycle de prose une sixième branche, à la typographie audacieuse, La Dissolution (éditions Nous, 544 p., 42 €). "Le but du jeu, conclut-elle, c'est que les voix de ces spectres arrivent à hanter le lecteur. Si c'est réussi, il doit rester en mémoire quelque chose qui n'est ni l'histoire ni le personnage mais une luminosité ou une nébulosité particulière de langue, comme quand vous regardez un tableau de Constable..."
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