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Qu'ont en commun une imbuvable et excentrique vieille dame obsédée par la couleur blanche, un vampire frénétique, un chat noir et un hommage à Gabrielle Wittkop ?
Vous le saurez en lisant l'excellente novella de Gérald Duchemin, qui de son élégante plume sait nous faire visiter les folies d'aujourd'hui avec la maestria d'un Villiers ou d'un Barbey.
Des personnages mieux campés qu'un caricaturiste d'époque ne saurait le faire, des situations et des ambiances dont le lecteur se délecte et une écriture qui se dévore avec un plaisir monstrueux : ne vous privez pas de cette perle rare qu'est La Laiteuse et son chat !
Un vrai talent d'écrivain, trop peut-être pour prendre le risque d'une diffusion grand public. (...) Ses romans sont courts comme des pamphlets, incisifs comme des jets de salive.
On a une ligne directrice digne d'un absurde de situations kafkaïennes traitées avec l'humour noir d'un Lautréamont et le suspens indispensable d'un Edgar Allan Poe.
MARIE CLAIRE, avril 2008 (à propos de L'Echafaud de Gérald Duchemin).
Les courts extraits de livres : 18/01/2009
La Laiteuse et son chat
Certaines célébrités n'excèdent pas le cercle d'un quartier. Elles franchissent à peine le compas de quelques rues. Cette misère médiatique fut, pour Madame Harfang, une richesse de tous les instants. Universellement connue, du moins l'espace de huit trottoirs et d'une impasse, elle polarisait l'attention de ceux qui l'aimaient, et, plus gratifiant à ses yeux, magnétisait ceux qui la détestaient. Si un tueur fit de Madame son énième victime, le quartier reconnut en elle sa seule légende.
Quand on la rencontrait, personne ne pouvait prédire le genre de vexations nouvelles qu'elle glisserait après les formules de politesse. Chaque jour, elle s'ingéniait à rabaisser autrui. De ses piques, elle tirait une musique originale, mais toujours accordée à sa cible. Elle composait ses méchancetés, avec une prédilection pour les mots rares, inusités, voire inventés pour l'occasion. Elle abusait de l'imparfait du subjonctif, et proférait des citations latines, pour la seule fête d'écorcher l'oreille moderne. Sa préciosité, pure de toute scorie grammaticale, prêtait alors à ses plus bas sarcasmes un luxe de palais.
Son phrasé la hissait sur un trône improbable, à quelques mètres de hauteur, d'où elle pouvait supporter le monde, les autres, et tenter de respirer. Elle savait jusqu'où aller trop loin sans fâcherie définitive. Après deux jours de brouille, sa victime finissait par lâcher un salut. Noue bourreau l'acceptait avec joie et salive.