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Auteur : Jérôme Clément
Date de saisie : 03/02/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 18.90 € / 123.98 F
ISBN : 978-2-246-65392-9
GENCOD : 9782246653929
Sorti le : 07/01/2009
Les librairies sont comme des oasis où se rencontrent les individualités dans une communauté : celles des écrivains, celles des lecteurs, celles des êtres humains en recherche d'autres vies, d'autres histoires, où se reconnaître, où s'évader, de chemins de mots où s'aventurer.
«Plus tard tu comprendras» et «Maintenant je sais» retracent un de ces chemins. Je le croyais en ligne droite et brusquement, au moment de la mort de ma mère, il a bifurqué vers une forêt touffue et profonde pour se transformer en sentier sinueux dont je ne connaissais pas la destination.
Il m'a finalement mené à mon enfance, au destin de cette famille maternelle tellement absente de mon histoire officielle, à une identité ignorée qui malgré tout est aussi la mienne, au destin tragique de ces grands-parents juifs.
Le chemin m'a ensuite conduit vers un film, celui d'Amos Gitai qui a mis mes mots en images. Expérience aussi forte qu'ambiguë. J'ai eu besoin de revenir aux mots pour poursuivre la route et terminer ma quête, celle d'un passé que l'on m'avait refusé, et pour comprendre enfin le sens de tous ces détours.
Jérôme Clément
«"Plus tard, tu comprendras", me disait ma mère.
Je m'étais toujours demandé ce qu'il y avait à comprendre. Je croyais, orgueilleux, avoir déjà tout compris. Il me restait pourtant l'essentiel : tenter de répondre à la question "Qui est cette femme qui m'a aimé et que j'aime et qui m'a donné la vie ?".
Vivante, c'était ma mère. La source et la clé de ma vie. Morte, c'est une femme qui a vécu, avant moi, une autre vie. Une Parisienne, juive, pharmacienne née de parents russes et qui a traversé douloureusement la guerre. Une jeune fille amoureuse, une femme blessée, une mère. Et bien d'autres personnages dont j'ai découvert, ces derniers mois, les multiples facettes...
Deux ans après la publication de mon livre, j'ai pu rencontrer Amos Gitaï, réalisateur israélien. Le livre est devenu un film, ma mère s'est incarnée en Jeanne Moreau et moi-même en Hippolyte Girardot.
Comment ai-je vécu ce passage du texte à l'image ? Qu'ai-je appris de cette aventure cinématographique ? Quelles conséquences cette entreprise terriblement perturbante a-t-elle eues sur ma propre vie ?»
J.C.
Jérôme Clément est président d'Arte France. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Un homme en quête de vertu (Grasset, 1992), Lettres à Pierre Bérégovoy (Calmann-Lévy, 1993), La Culture expliquée à ma fille (Seuil, 1995), Les Femmes et l'amour (Stock, 2002).
PLUS TARD, TU COMPRENDRAS
un film d'Amos Gitaï
(production Image et Compagnie pour France 2)
Republié à l'occasion de la sortie de son adaptation par le cinéaste israélien Amos Gitai, le récit de Jérôme Clément Plus tard, tu comprendras (Le Monde du 21 janvier) est l'occasion d'un étrange dialogue avec sa soeur, Catherine. L'ancien directeur général du Centre national de la cinématographie (CNC), devenu président d'Arte France, y reconstitue les circonstances dans lesquelles leurs grands-parents maternels, Georges et Sipa Gornick, spoliés de leurs biens sous l'Occupation et réduits à se cacher dans le village de Salviac, avaient été dénoncés, puis internés à Drancy et, de là, envoyés à Auschwitz. Une enquête minutieuse dont certaines révélations ont bouleversé à son tour Catherine Clément...
C'est cette enfance protégée du passé que l'auteur réconcilie avec l'autre partie de son histoire, celle qui le relie à l'Histoire avec un grand H. Maintenant, il sait.
«Je crois qu'elle est décédée»
Six ans plus tard, je ne comprends toujours pas. Pourquoi nous as-tu filé entre les doigts, discrète et humble, presque sans rien dire, comme s'il y avait urgence ? Quel rendez-vous t'appelait ?
C'était un dimanche, le 9 juin 1996. Je l'avais aidée à s'asseoir au bord du lit. La nuit tombait. Les jambes pendantes, le souffle court, elle observait le sol. Assis à côté d'elle, je lui tenais la main.
- Maman, souviens-toi de ce que tu m'as toujours dit : quand on touche le fond, on donne un coup de pied et on remonte à la surface.
- Je n'en ai plus la force.
- Allez, serre-moi fort, je vais te passer mon énergie.
- Garde-la pour toi, tu en auras davantage besoin que moi.
Je m'efforçais de surmonter l'angoisse qui ne me quittait pas. Il lui arrivait souvent d'évoquer ses maladies, imaginaires ou réelles, sa mort. Je ne pouvais pas envisager que son état fût grave.
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