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Auteur : Éric Chevillard
Date de saisie : 05/03/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Arbre vengeur, Talence, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-916141-37-4
GENCOD : 9782916141374
Sorti le : 20/01/2009
Voilà ce qu'on peut lire à la page 40 de L'autofictif :
«Le prochain qui prétend que mes livres sont des exercices de style, je jure que je lui montre sur-le-champ quel raffiné barbare je suis spontanément.» Tenons-nous-le pour dit ! Et cependant... comment parler de Chevillard sans parler de style ?
Le bougre en a à revendre, et s'il est un livre qui satisfait aux exigences de Gustave Flaubert : «un livre qui tient debout...», etc... c'est bien celui-ci. Au départ, un blog au cahier des charges plus téméraire qu'il n'y paraît : trois «pensées» par jour (beaucoup d'écrivains n'atteindraient même pas la deuxième semaine...) À l'arrivée, ce livre hilarant, sardonique, sarcastique, drolatique, recueil de fables animalières (l'oeuvre de Chevillard est une vraie ménagerie !), de calembours métaphysiques («Rien de tel qu'une bonne lime à ongle pour arrondir ses fins de moi»), de blagues astronomiques («La terre est givrée comme une orange»), d'aphorismes marxistes (tendance Groucho, bien sûr : «Bah ! l'humanité me dégoûte, surtout les misanthropes»). Bref, le genre de livres que l'on croit pouvoir picorer négligemment, entre deux lectures «sérieuses», et que l'on se prend à lire d'un bout à l'autre, une main sur le crayon, une autre sur la poitrine pour comprimer un gloussement devenu chronique. De drôles de personnages s'invitent à cette fête du langage : une certaine joggeuse au caleçon court, le «gros célibataire» et ces haïkus pathétiques, la propre fille de l'auteur qui, à peine venue au monde, devient le motif d'un tendre délire - et jusqu'à ce pauvre Alexandre Jardin, rejoignant Désiré Nisard au panthéon des détestations chevillardiennes !
Gageons que la bibliothèque de cet énergumène est bien fournie. Qu'on y trouve en bonne place Lichtenberg, Lautréamont, Jarry, Péret, Bierce, Rigaud, Jules Renard - peut-être aussi Woody Allen, Pierre Dac et Pierre Desproges. Certains adages particulièrement tordus nous rappellent ceux du pataphysicien bordelais Michel Ohl. Mais son livre est pourtant inimitable. La preuve : il a fallu attendre 2008 et cet Autofictif délectable pour s'apercevoir enfin que voyage était l'anagramme de goyave !
«En septembre 2007, sans autre intention que de me distraire d'un roman en cours d'écriture, j'ai ouvert un blog, quel vilain mot, j'ai donc ouvert un vilain blog et je lui ai donné un vilain titre, plutôt par dérision envers le genre complaisant de l'autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie.
Rapidement j'ai pris goût, et même un goût extrême, à cet exercice quotidien d'intervention dans le deuxième monde que constitue aujourd'hui Internet et à ces petites écritures absolument libres de toute injonction.
Mon identité de diariste est ici fluctuante, trompeuse, protéiforme. Je me considère à mon tour comme un personnage, je bascule entièrement dans mes univers de fiction où se rencontre aussi, non moins chimérique, le réel. Je ne m'y interdis rien, c'est le principe, ni la sincérité ni la mauvaise foi, ni même à l'occasion l'assassinat.
Ces pages pourront être lues ainsi comme la chronique nerveuse ou énervée d'une vie dans la tension particulière de chaque jour.»
Éric Chevillard
Ces phrases ne pèsent pas lourd, elles s'envolent et virevoltent, infimes, gracieuses, bien au-dessus de nos têtes...
Depuis sa longue vue, il commente le réel, ironise. «J'ai eu tort de laver mes carreaux. Dehors, c'est plus sale encore.» Parfois, son regard croise un moustique, une étoile, la mort d'une tulipe. Et son talent se charge de convertir le spectacle en fusées. C'est drôle, foudroyant, façon Lichtenberg ou Vialatte, que ses formules visent les rhinocéros, le milieu littéraire ou la mort («une survivance archaïque des époques barbares»).
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