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Auteur : Richard Morgiève
Date de saisie : 12/02/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-207-26110-1
GENCOD : 9782207261101
Sorti le : 08/01/2009
C'était une librairie de prêt, je lisais de la SF et tous les livres où il me semblait qu'il y aurait du sexe, j'avais 8 ans, puis 9, 10. Emprunter un livre coûtait dix centimes, pendant que je choisissais j'écoutais la libraire chuchoter avec ses copines, elles avaient toutes des permanentes entre le violet et le blond. La libraire avait adopté un fils, elle avait en plus un chien de son mari. Le fils n'avait pas de sexe, patiemment on lui en a fait un, c'était une performance dans les années 60, moi ça me béait qu'on lui fasse un sexe au type. Alors je me masturbais avec du dentifrice pour voir s'il pouvait briller, non. Une fois que le fils a eu son sexe le chien est mort le fils s'est fâché avec ses parents le père est mort, la mère pareil. Plus de librairie, mais j'avais lu 500 livres au moins, eu plusieurs érections et je vivais tout en sachant intuitivement que la littérature était morbide(le pays de morts oubliées ou refoulées au coeur de toute histoire) et qu'elle m'attirait à cause de ça, que c'était là et que là que je pouvais vivre pour échapper à la mort. C'est dans la librairie du fils au sexe opéré que j'ai trouvé Mon amie Flicka et Le fils de Flicka de Mary O'Hara. La libraire n'avait pas L'herbe verte du Wyoming, j'espérais cette suite, je la demandais à Dieu mais pour me punir il a tué la libraire. C'est bien plus tard (je ne priais plus Dieu), que j'ai lu L'herbe verte du Wyoming puis plus tard encore De si jolis chevaux. Cormac Mc Carthy galopait sans le savoir entre mon présent et mon passé, il me remontait au dos de mon cheval d'enfance sur lequel je vivais ma nuit pour pouvoir tenir mon jour. Plus tard encore voyant mon fils grandir et moi là toujours en vie à ses côtés je me suis dit que j'allais écrire un livre qui s'appellerait Cheval (le nom du fils et du père, ils seraient forains, auraient un manège). Le fils Cheval aurait un sexe et c'est avec lui et ses mains qu'il dénouerait son destin, en fabriquant des machines, en conduisant des bagnoles et des camions. Le père lui mourrait en faisant tourner une dernière fois son manège qui défierait les lois modernes. Le fils partirait au volant d'un corbillard pour tenter de sortir de la nuit, sans permis de conduire, juste sa bite et ses mains, une trompette les cendres de son père et un christ, la bagnole blinderait et salut !
Richard Morgiève
Années soixante, Brigitte Bardot, la DS 19, la vitesse sans limites. Eux, ils s'appellent Cheval, ils sont deux. Deux Cheval, comme une deux chevaux, mais c'est pas une bagnole, c'est le père et le fils. Deux qui portent le même nom, sans possibilité d'être dissociés. Ce qui provoque souvent de gros problèmes... C'est de cela qu'il s'agit, de deux êtres dans le même nom, l'histoire du père et du fils, l'oedipe chez les forains car ils sont forains de père en fils depuis 1897. Ils se battent, s'aiment, se retrouvent. Toujours ensemble, tout en essayant de prendre leurs marques.
Leur manège s'appelle Les Soucoupes volantes, son axe est un canon, comme ça ils font tourner les enfants sur les restes d'une guerre. Mais tourner pour combien de temps, à quel prix et pourquoi ?
Les dés sont lancés et ils filent sur le bitume comme si Huckleberry Finn éclatait de rire dans La Strada.
Écrivain et scénariste, Richard Morgiève est l'auteur d'une trentaine de romans et de pièces de théâtre parmi lesquels Mon petit garçon, Un petit homme de dos, Full of love, Vertig (prix Wepler-Fondation la Poste) et Miracles et légendes de mon pays en guerre. Cheval est son vingt-sixième texte.
S'y retrouvent, en effet, embarqués dans la ritournelle de cette décennie-là, des moments de désir et de chair lasse, mais aussi des élans brisés, des meurtrissures, des angoisses essentielles et des battements du coeur. Le nom des deux principaux protagonistes du livre est Cheval. Cheval, le père et Cheval, le fils, forains depuis des générations, traînant en remorque, avec leur manège, une tendresse difficile à vivre et, surtout, une poisseuse misère...
Toute l'oeuvre de Richard Morgiève est hantée par la séparation et la peur de l'oubli. "Mais il fallait, insiste-t-il, que le fils, ici, ait une destinée. Je voulais vraiment qu'il réussisse son émancipation." En effet, la culpabilité douloureuse s'affronte sans cesse dans le livre à une invraisemblable aptitude au bonheur. Et l'on est envahi par la confiance qui gagne. Au milieu d'un joyeux bric-à-brac de sentiments et d'émotions, Morgiève y pousse comme une gueulante fragile qui dit la nécessaire difficulté de grandir. C'est troublant de franchise et de vérité.
La salle est pleine, c'est le western du samedi, je l'ai tellement vu qu'il me rend neurasthénique, je regarde pas vraiment l'écran, papa si. Le chapeau sur le nez, il galope avec la diligence, en attendant le pire, le règlement de comptes là-bas à Dodge-City ou à Tombstone je sais plus, de toute façon c'est à Hollywood. Juste un mauvais moment à passer dans une vie de mauvais moments ça se remarque pas. Je me répète «Un Pschitt orange pour toi mon ange» ça m'occupe j'ai envie de pisser, et soif. Je baisse les yeux sur mon Levi's on le voit pas bien dans le noir, je peux pas me décider à le laver. Ça me picote dans la nuque, je me retourne, gagné ! Priscilla me guette en faisant une bulle avec son chewing-gum. Elle me fait un doigt d'honneur, puis s'intéresse au film. Je rêve d'elle au moins une heure par jour. On dit qu'elle est délurée, chaude. La bulle de Priscilla crève, je voudrais lui acheter du parfum elle a les yeux violets presque rouges, ses boucles comme des attrape-mouches, tout le reste. Sur l'écran le propriétaire de la mine apparaît en traître à la fenêtre avec son fusil.
Ça va chier ! Papa tire en premier et moi juste derrière en même temps que le grand John. Le propriétaire de la mine bascule, plombé aux quatre coins. Comme d'habitude des gens râlent, ils disent oh !
Oh mais ça va pas ! C'est fini, non ?
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