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Auteur : Valeria Parrella
Traducteur : Dominique Vittoz
Date de saisie : 15/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-02-096232-2
GENCOD : 9782020962322
Sorti le : 15/01/2008
P'tite Canaille est prête à tout pour sortir du quartier impitoyable où elle est née, se faire une place au soleil et s'entendre dire «chère madame» au pied du Vésuve : le Cagneux, le Prince ou le Sénateur, chacun à sa manière pourra l'aider à étancher son insatiable soif d'ascension. Et Adriana, l'emportera-t-elle dans sa lutte contre la spéculation immobilière qui risque de défigurer le littoral napolitain ? Et Anna, dont le mari a été poignardé, comment pourra-t-elle assurer seule l'éducation de Tonino ?
Les personnages de Valeria Parrella évoluent dans un climat de criminalité généralisée, où le trafic de drogue remplace peu à peu la contrebande des cigarettes, où le chômage est devenu inévitable et l'ombre de la camorra omniprésente. Pourtant, grâce à une écriture sèche et précise, capable de brusques accès d'une ironie irrésistible, c'est avec légèreté que l'auteur pénètre dans le ventre des périphéries napolitaines, le plus souvent à travers le regard des femmes, racontant la difficulté de vivre et d'aimer aujourd'hui dans cette ville belle et terrible à la fois, violente, féroce mais extraordinairement vivante.
Née en 1974, Valeria Parrella vit et travaille à Naples. Ses nouvelles, qui ont enchanté le public italien et obtenu de nombreux prix littéraires, sont traduites dans plusieurs pays.
Le Ventre de Naples est un peu la version féminine de Gomorra. On ne sort pas les flingues, on ne se bat pas sur la plage pour faire le malin devant la bande. Pas le temps : il faut préparer le dîner, récupérer les petits chez la voisine, surveiller le trafic de cigarettes pour arrondir les fins de mois, porter des talons hauts toute la journée afin de garder son quant-à-soi et gérer les affaires du mari lorsqu'il est en prison ou à l'hôpital. L'auteur décrit sobrement la débrouille, la solitude et l'envie d'en sortir. Mais elle transmet aussi sa passion pour une ville dévorante...
Le Ventre de Naples - qui propose une sélection de ses meilleures nouvelles - permet aujourd'hui au lecteur français de découvrir son écriture rapide et efficace, où le réalisme des descriptions et le plaisir du détail ne font jamais l'économie d'une ironie amère à la tonalité vaguement mélancolique...
Sans jamais juger ni faire la morale, Parrella décrit des comportements plus que des émotions, laisse place aux dialogues plus qu'aux réflexions, ce qui ne l'empêche pas de saisir avec subtilité les failles de ses personnages et la complexité de leurs relations, à commencer par celles souvent conflictuelles entre mères et filles. Avec son éventail d'histoires jamais banales, Le Ventre de Naples brosse un tableau vif et convaincant de la ville au-dessous du Vésuve.
Je ne m'en souviens plus
Kepler était le mathématicien de l'empereur d'Allemagne Rodolphe II et sa tâche principale consistait à établir de bons horoscopes.
John Desmond Bernal,
The Extension of Man
Quand j'avais six ans, il y a eu un tremblement de terre. J'étais fille unique, j'avais couru pieds nus me réfugier sous un encadrement de porte, entre mes parents.
«C'est une structure portante, avait décrété mon père sur un ton d'architecte, ici, on ne risque rien.»
L'obscurité était totale, mais le lendemain nous avions découvert sur ce linteau la seule grosse lézarde de la maison.
Trois mois plus tard, dans le quartier, une voyante renommée annonça une nouvelle secousse et prédit le jour et l'heure. Les gens dormaient avec leurs valises sous le lit, parce que cette voyante ne se trompait jamais, si bien que le jour J tout le monde descendit dans la rue. On alluma des feux.
Mes parents ne s'étaient pas mariés à l'église. À ma naissance, ils avaient acheté le manuel du docteur Spock et ils s'efforçaient de vivre tout ce qui leur arrivait de façon cartésienne. Moi, j'avais entendu parler de la prédiction à l'école et, de notre balcon, je voyais rougeoyer les feux.
«Maman, pourquoi on se sauve pas ?
- Parce que ce sont des bêtises : les voyants, et la voyance, ça n'existe pas, personne ne peut rien prévoir, parce qu'on ne sait pas comment arrivera ce qui va arriver.»
Je vis Katia descendre dans la cour. «Maman, Katia est descendue, même qu'elle a son cartable.
- Son cartable ne lui sert à rien si ses parents la laissent croire ce qui n'existe pas : nous pouvons croire ce que nous voyons et ce que nous touchons, c'est tout.»
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