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Auteur : Jean-Luc Chalumeau
Date de saisie : 07/02/2009
Genre : Art - Peinture
Editeur : Cercle d'art, Paris, France
Collection : Découvrons l'art du XXe siècle
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7022-0878-6
GENCOD : 9782702208786
Sorti le : 20/02/2009
Soixante-cinq chefs-d'oeuvre reproduits en grand format et en couleurs invitent à un parcours passionnant dans l'univers de Giorgio De Chirico. Un texte accessible, clair et précis commente son oeuvre.
D'origine italienne, ne en Grèce, étudiant à Munich, De Chirico a produit une oeuvre étrange, «harmonieuse» selon les uns, «inquiétante» selon les autres. Elle conduit le spectateur à constamment s'interroger. «Ce que j'entends n'a aucune valeur; c'est seulement ce que je vois qui est vivant et lorsque je ferme les yeux, ma vision est encore plus puissante.» Pour combattre l'idéologie rationaliste de son époque, ce «peintre classique» comme il se désigne lui-même n'a eu de cesse de remonter aux sources, de l'Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle en passant par la Renaissance pour les interpréter en de multiples variations.
L'OEUVRE DE G. DE CHIRICO DANS LE XXe SIÈCLE
Recommandation de l'éditeur : Les textes présentés dans cette première partie de l'ouvrage proposent de parcourir l'univers artistique et la vie de Giorgio De Chirico. En les lisant, on se reportera aux oeuvres reproduites en couleurs dans la deuxième partie, au fur et à mesure que celles-ci sont citées. Dans un second temps, le lecteur fera sa propre visite d'une «exposition» d'oeuvres de l'artiste regroupées par thème et accompagnées de courts commentaires citant des propos d'artistes, d'écrivains et poètes familiers de l'oeuvre, ou de Giorgio De Chirico lui-même.
De Chirico est-il le génial inventeur de la peinture métaphysique qui construit des images à partir d'un au-delà du visible, et, comme il le dit lui-même, «d'un arrêt du rythme logique de la vie universelle» ? Est-il plutôt cet éternel pasticheur de la peinture des autres comme de ses propres oeuvres ? La variété, la complexité et les paradoxes de sa démarche ont souvent empêché ses contemporains de le situer correctement dans le XXe siècle. Aujourd'hui avec le recul, on mesure mieux ce qu'il en est de sa «vision métaphysique», de ses relations au surréalisme et de la signification du retour au classicisme prôné par De Chirico dès la fin de la Première Guerre mondiale.
LA VISION MÉTAPHYSIQUE
Dans un texte célèbre de 1913, De Chirico a raconté comment trois ans plus tôt, au cours d'une promenade piazza Santa Croce, à Florence, lui était venue l'intuition de ce qu'il appellera désormais la «peinture métaphysique». «Alors j'eus l'étrange sentiment de regarder ces choses pour la première fois, et la composition du tableau [L'énigme d'un après-midi d'automne] se révéla à l'oeil de mon esprit. Cependant, le moment est pour moi une énigme en ce sens qu'il est inexplicable. J'aime aussi appeler énigme l'oeuvre qui en dérive.» En fait, par la révélation de la peinture métaphysique, De Chirico découvre en quelque sorte l'essence de l'art. Qu'est-ce que l'art, sinon un mode d'expression et de connaissance de la réalité différent de celui que nous procurent nos perceptions courantes et dont le support ne peut être précisément que l'oeuvre d'art elle-même. C'est la manifestation par l'oeuvre de cette perception autre qui peut produire «ce [merveilleux] sentiment de regarder les choses pour la première fois». Inspirée par la lecture de Nietzsche - le philosophe (1844-1900) qui s'est empoigné avec la modernité -, la peinture de Giorgio De Chirico s'oppose délibérément à toutes les valeurs bourgeoises. S'il opte ostensiblement pour les références dites classiques, c'est parce qu'il rejette l'Occident moderne et ne reconnaît que les valeurs de l'Occident ancien, radicalement contraires aux mentalités de ses contemporains. Il va construire son oeuvre à partir d'une ambition forte : dépasser - ou résoudre - l'antinomie ancien/moderne. Chant d'amour de 1914 (n° 20) montre notamment une architecture classique simplifiée avec des arcades évoquant celles de Turin (l'une des deux «villes métaphysiques» avec Florence) et un visage en plâtre. Derrière, se découpe en ombre chinoise sur le ciel bleu la locomotive à vapeur de l'un de ces trains qui souvent «habitent» les oeuvres de Giorgio De Chirico. Cette négation de l'unité de temps, exprimée dans l'oeuvre, ici par la présence simultanée d'une copie d'une sculpture antique, de la locomotive et du gant en caoutchouc est typique du «surréalisme» de De Chirico. C'est le même thème - l'énigme du moment - qu'il poursuit dans L'angoisse du départ de 1913-1914 (n° 18) et La conquête du philosophe, 1914 (n° 19).
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