Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Depuis plus de dix ans, le matricule 12 500, Simon Garcin, croupit au sommet d'une tour du bagne de Toulon. Pour briser le silence, il laisse monter à lui les cris des goélands. Avec eux affluent les souvenirs d'une enfance enchanteresse passée dans la bastide familiale surplombant la mer, à l'écart du monde. À présent, le forçat cherche à comprendre la succession d'événements qui l'ont conduit dans ce lieu. Comment sa vie a basculé après le départ de son père, capitaine caravaneur, à bord de l'Esperanza. Comment autour de la madrague, cette grande pêcherie installée sur les rivages de Saint-Tropez pour capturer les poissons nomades, s'est noué l'effroyable drame. Comment des spéculateurs cyniques ont rompu l'harmonie entre la mer et les pêcheurs.
Au moment où il termine son récit, en décembre 1793, les Toulonnais se rebellent contre la Terreur. Tous craignent les représailles des armées de la Convention. Mais les bouleversements qui s'annoncent représentent pour Simon un espoir. Celui de la liberté.
Michel Goujon, né à Saint-Tropez où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans, habite en région parisienne. Il travaille actuellement dans un grand groupe d'édition. Auteur du guide Saint-Tropez et le pays des Maures (2002, Hachette Livre), il écrit là son premier roman.
Les courts extraits de livres : 08/02/2009
Matricule 12500
Je m'appelle Simon Garcin et j'ai vingt-neuf ans.
Je croupis dans une cellule du bagne de Toulon, tout en haut d'une tour, depuis l'année de mes dix-huit ans.
Je suis le matricule 12500.
Ces chiffres qui me tiennent lieu d'identité sont gravés sur une plaque triangulaire en fer-blanc. On me l'a remise à mon arrivée, avec une casaque de laine rouge, une chemise blanche, un pantalon de drap jaune et le bonnet vert des perpétuités.
À présent, mes vêtements ne sont plus que des loques répugnantes dans lesquelles la vermine s'est incrustée.
Dans la situation où je me trouve, j'ai tout loisir de cheminer dans le labyrinthe de ma mémoire. C'est même l'une des rares libertés dont je dispose ici.
Je peux décortiquer pendant des heures la moindre anecdote concernant le monde d'avant et peser au trébuchet le plus infime incident dont j'ai gardé le souvenir.
Cela fait plus de dix ans que je me repais de ce temps révolu.
Je me nourris aussi de projets d'évasion et de vengeance insensés que je rumine parfois jusqu'à la nausée.