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Connue pour son appétit des hommes - et non des moindres puisqu'elle a séduit Gustav Klimt et Alexander von Zemlinsky avant d'épouser Gustav Mahler puis Walter Gropius et enfin Franz Werfel, sans oublier une relation avec Oskar Kokoschka -, Aima a mené une vie trépidante consacrée à ses génies et gouvernée tout à la fois par la passion et le dépit, la naïveté et le calcul.
Elle-même fille de peintre et mère de sculptrice, elle a joué au cours de sa longue existence (1879-1964) un rôle majeur dans les milieux artistiques de Vienne, Berlin, New York et Beverly Hills - femme fatale pour les uns, muse merveilleuse pour les autres. On a longtemps prétendu qu'elle avait dû sacrifier à Gustav Mahler ses dons de compositrice. La vérité est à l'image de celle que Thomas Mann surnommait la «grande veuve», tout aussi touffue et contradictoire, avec un vrai talent pour l'édification de son propre mythe.
Grâce à des sources peu connues, ce portrait aborde sous un angle nouveau aussi bien la musicienne que l'égérie et la mémorialiste. Il révèle également Les côtés sombres d'Alma, notamment des opinions antisémites que n'ont ébranlées ni ses mariages ni l'exil.
D'origine franco-autrichienne, Catherine Sauvat vit entre Paris et Vienne. Elle est déjà la biographe de Robert Walser (Le Rocher, 2002), Stefan Zweig (Folio/Biographies, 2006) et Arthur Schnitzler (Fayard, 2007).
Les courts extraits de livres : 10/02/2009
Extrait du prologue :
«Mon plaisir était décidément de voyager au travers des êtres»
Les enterrements n'ont jamais été l'affaire d'Alma. Le seul auquel elle se soit rendue, en dehors de celui de son père lorsqu'elle était encore très jeune, a été celui de sa fille Manon Gropius, emportée à dix-huit ans par une poliomyélite. Mais elle ne s'est montrée à aucun autre ; veuve à deux reprises, elle n'a pas assisté à ceux de ses maris, ni à celui de la petite Maria, sa fille aînée, disparue à l'âge de cinq ans. Au-delà du chagrin et de l'épuisement causés par les deuils et les longues veilles, cela relève presque d'une ligne de conduite chez elle : entre acte de déni et égoïsme salvateur, elle a toujours assuré ainsi sa propre protection. En guise d'ultime rempart, elle s'est abritée derrière des principes dictés par Mahler : ne pas porter d'habits de deuil et maintenir comme auparavant le rythme des sorties au concert, au théâtre ou entre amis. Elle, «l'inlassable veuve» qu'a décrite Elias Canetti, ne pouvait concevoir qu'un rôle à sa mesure, certainement pas jouer une partition qu'elle n'aurait pas choisie.
En 1911, tout Vienne pleure le grand compositeur. Pour lui-même il n'a souhaité que le silence, surtout pas de musique ni de discours. Pourtant les centaines de couronnes qui fleurissent le cimetière manifestent l'immense ferveur de tous ceux qui s'y pressent. Le glas des cloches, puis une violente averse qui les a contraints à se serrer sous les parapluies, ont encore exacerbé leur peine. Gustav Mahler est mort et il n'avait que cinquante et un ans.