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L'ombre d'un doute
Sonia tient une galerie à Paris. Son patron Van Holl lui confie la vente d'un magnifique tableau peint par un petit maître hollandais du XVIIe, et représentant deux musiciennes. Sonia tombe aussitôt sous le charme, mais un curieux soupçon l'assaille simultanément : et si Les musiciennes était un faux ?
Jacques Gélat est un auteur rare, aux deux sens du terme. D'abord, loin d'encombrer les librairies comme certains romanciers stakhanovistes, il publie tous les trois ou quatre ans un petit joyau longuement médité et peaufiné. Ensuite, il creuse un sillon singulier qui l'apparente à la grande tradition française du fantastique et de l'insolite, et le rend de ce fait inclassable dans le contexte de la littérature actuelle. Voici deux raisons suffisantes pour saluer la réédition, chez José Corti, de son premier roman qui avait disparu depuis longtemps de nos étalages.
La fascination de Sonia relève du fameux «syndrome de Stendhal» (d'ailleurs évoqué dans le roman), mais elle se double d'une lancinante inquiétude quant à l'authenticité du tableau. C'est ce doute diabolique qui sert de fil conducteur au roman de Jacques Gélat dont la structure évoque une partie d'échec. Plongée dans «l'univers impitoyable» des collectionneurs, Le plaisir du diable est aussi, et surtout, une réflexion vertigineuse sur l'illusion artistique. La tension savamment orchestrée du récit se résout dans une apothéose digne de Eyes wide shut de Kubrick : un bal masqué où les musiciennes du tableau prennent chair tandis que les personnages «réels» se dissolvent dans les pièges de la fiction.
Comme La couleur inconnue, du même auteur, Le plaisir du diable a toutes les qualités pour devenir un de ces livres dont le culte, réservé tout d'abord à un petit cénacle de dévots, s'élargit peu à peu grâce à ce mystérieux agent littéraire que l'on nomme «bouche-à-oreille»...
Les présentations des éditeurs : 18/02/2009
Van Holl, propriétaire d'une galerie d'art, vient d'acquérir le tableau d'un petit maître du XVIIe hollandais, Emmanuel de Witte, surtout connu pour ses intérieurs d'église.
Sonia, l'érudite beauté qui s'occupe de la galerie tombe, littéralement, amoureuse de la nouvelle toile qui représente deux guitaristes. Tout en étant fascinée par le tableau, Sonia a la sensation poignante qu'il s'agit d'un faux. D'où poursuite de l'erreur potentielle, traque de l'invisible faute de l'imitateur, qui engendreront le développement d'un sentiment de possession, Sonia ne supportant pas l'idée de devoir un jour vendre la toile.
Manigances du marché de l'art et magie des faussaires forment la toile de fond de cette histoire insolite.