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Jubilatoire !
Bientôt en prescription dans les écoles... de commerce.
Les présentations des éditeurs : 20/02/2009
«À la voleuse, Anna, j'ai offert l'hypermarché comme Dali offrait la Méditerranée à Gala, je l'ai abreuvée de Champagne, j'ai vaporisé des nuages de parfum sur son sillage, je l'ai couverte de rivières de bijoux. Et puis nous avons pris le chemin du rayon camping, où se dresse ma tente igloo.»
Et si pour réussir vous acceptiez de vous donner corps et âme à votre entreprise ? Agrégé de lettres démissionnaire, Victor est embauché comme assistant au rayon livres dans un hypermarché. Sous-payé et victime de l'horreur salariale, il se résigne à vivre 24 heures sur 24 sur son lieu de travail. Une nuit, une voleuse malicieuse s'introduit dans l'immense serre climatisée. Elle va mettre en péril ce symbole du capitalisme triomphant et l'ascension fulgurante de Victor. Désormais, travailler tue.
Christophe Rioux est l'auteur de Des croix sur les murs (Flammarion, 2006). Il enseigne l'économie à la Sorbonne, dans plusieurs Grandes Écoles ainsi qu'à l'étranger.
Les courts extraits de livres : 20/02/2009
Semaine 10
La gueule de l'emploi
J'avais refermé mon livre. À dire vrai, j'étais sur le marché, en fin de droits. Une petite annonce, parue dans un gratuit local, proposait à des «candidats motivés, flexibles et résistants» de postuler pour un poste d'assistant chef de rayon dans l'hypermarché récemment inauguré, fleuron technologique d'un grand Groupe. La fin de mes Assedic était une motivation suffisante pour m'inciter à envoyer ma candidature et l'obligation de gagner ma vie me rendait plus flexible qu'un yogi. Quant à ma résistance, ma dernière expérience professionnelle l'avait éprouvée.
J'ai donc postulé. Ce simple geste, glisser mon curriculum vitae et ma lettre de motivation dans une enveloppe dûment affranchie, concluait de laborieuses semaines de réflexion. J'ai d'abord longuement hésité sur le CV lui-même : en noir et blanc ? En couleurs ? Avec photo ? Sans photo ? Sur une page ? Sur plusieurs ? Le monde du travail était un monde binaire, il fallait s'y résoudre. Et avoir la gueule de l'emploi n'était pas donné à tout le monde. Tandis que je me faisais tirer le portrait dans le photomaton d'un sombre couloir de métro, je m'efforçai donc, toutes canines dehors, d'approcher de l'idée que je me faisais, modeste postulant, du candidat idéal à un entretien d'embauché.
Toutefois, les tergiversations infinies concernant mon CV n'étaient rien à côté des abîmes de perplexité que l'épreuve quasi mythologique de la lettre de motivation avait ouverts sous mes pieds : gouffre béant où j'avais sombré, corps et âme, source puissante d'interrogations sans cesse renouvelées, dans une boucle infinie d'hébétude. Fallait-il amorcer ladite lettre de motivation par le panégyrique de l'entreprise dans laquelle je postulais ? Ou bien démarrer la missive par une présentation percutante des innombrables mérites du candidat - moi-même ? D'autres questions, plus perfides encore, semblaient vouloir constamment différer le passage à l'acte.