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Auteur : Line Meller-Saïd
Date de saisie : 04/03/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : J.-P. Bayol, Alès, Gard
Prix : 14.90 € / 97.74 F
ISBN : 978-2-916913-17-9
GENCOD : 9782916913179
Sorti le : 19/02/2009
Quand j'ai connu Léa la dévastée, à travers les récits de ses proches, je n'imaginais pas qu'elle s'infiltrerait en moi, hanterait mes pensées et mes rêves jusqu'à ce que je balise enfin son chemin par des mots.
Un chemin hérissé d'épines et semé de cailloux. Elle s'y blesse, vacille, tombe et se relève, avant la prochaine chute suivie d'un rétablissement toujours difficile, toujours abouti. Jusqu'à l'annonce foudroyante de l'anéantissement de sa famille de Pologne dans le cataclysme des massacres nazis. Elle sombre et ne doit de refaire surface qu'à la saine colère de sa fille aînée, une adolescente qui se refusera aussi à croire à l'horreur du témoignage d'un voisin caché : il a vu la maison familiale ravagée, ses habitants assassinés un à un, les enfants défenestrés, les meurtriers ivres de joie après leurs rapines.
Emergeant de son enfer intérieur, Léa se redresse, s'arc-boute, oublie son corps, méprise son cancer, clopine sur sa jambe de bois, se voue corps et âme à Israël, ce pays jadis fantasmé, aujourd'hui menacé. Avec la même énergie qui lui a fait briser autrefois les barrières familiales pour donner vie à son idéal, elle consacre ses forces à la survie de la patrie ancestrale, oeuvre pour l'expansion de l'hébreu, se dépouille des quelques bijoux qu'elle tient de sa mère, fonde des comités d'entraide pour les plus démunis, accueille les rescapés de l'abomination, entame des recherches dans le monde entier pour retrouver des pistes. Consciente de son temps de vie limité, elle ne s'accorde aucun repos.
En son coeur scintille une date légendaire, le 14 Mai 1948, le Yom Haatsmaout, ce jour qui a transformé en réalité un rêve que les juifs poursuivent depuis 2000 ans : un pays à eux, enfin !
Du fond même de son coma, elle en fera une date-frontière à atteindre pour s'accorder le droit de quitter la vie.
Sa mort m'apaise. Comme si je contemplais la boucle parfaite d'une vie qui a pris sens au fur et à mesure des difficultés vaincues, des épouvantes traversées, des buts dépassés. La vie d'une femme. Une pleine vie d'homme.
Line Meller
Née au tournant des XIXe et XXe siècles dans une famille juive établie à Radomsk, en Pologne, Léa, subjuguée dès l'enfance par les légendes bibliques, et soutenue par l'idéal d'un mouvement de jeunesse, poursuit avec entêtement le projet d'un départ vers la Palestine de l'époque. En 1924, contre la volonté de sa famille, elle s'embarque pour rejoindre son fiancé Abraham sur la terre ancestrale. Le récit la suivra jusqu'à sa mort, en 1975, à travers les bouleversements et les crises de cette région du monde avant et après la création de l'Etat d'Israël. Sa famille entière sera victime de la barbarie qui s'abat sur l'Europe. Léa consacrera son temps aux rescapés des camps d'extermination et ira jusqu'au bout de ses forces pour que vivent les rêves de sa jeunesse.
«Je vais t'expliquer quelque chose, ma fille, et il faudra que tu t'en souviennes -.parce qu'il a vu, il faut qu'il parle, pour lui, pour moi et pour tous. Le silence tue ceux qui ne savent pas. Ils doivent savoir. Ils doivent écouter. Et recommencer à écouter, et toujours écouter. Pour que la tombe ne se referme pas sur ces morts atroces. Parce que, alors, elle se refermerait aussi sur celui qui n'écoute plus. Après tant d'années de silence, il faut que les gens parlent parce que, en dedans, ils sont morts, eux aussi. Quand ils commencent à parler, alors seulement, ils redeviennent des vivants.»
Line Meller est née Saïd, à Blida - Algérie.
Cela ne sera pas un rêve est son cinquième livre.
Préface de Benjamin Stora.
Le shtetl en filigrane
Préambule
Si les tableaux de Chagall vous ont entraîné vers les soleils et les ombres fantastiques d'une réalité d'autrefois, si les récits de Cholem Aleichem, d'Isaac Bashevis Singer, d'Élie Wiesel et de tant d'autres vous ont empoigné, alors vous comprendrez pourquoi j'ai troqué pour un temps le bled de mon pays natal et sa faconde méditerranéenne pour le shtetl polonais au savoureux accent yiddish.
De l'art pictural ou littéraire peut aussi sourdre la nostalgie d'une terre perdue qui n'était pas forcément la vôtre.
Dans le patrimoine spirituel de Michel, mon mari, dans les souvenirs des membres de ma famille par alliance, j'ai puisé des récits légers ou déchirants, et je me suis faite raconteuse d'histoires.
Ici est retracée l'histoire rude du cheminement acharné de Léa, meurtrie par la découverte des horreurs de la Shoah qui feront de son désespoir le creuset d'une énergie farouche tendue vers la concrétisation de son idéal.
Un monde sans juifs, un univers révolu mais qui ne doit pas mourir, ses traces, d'autant plus douloureuses qu'elles charrient avec elles de tendres souvenirs, ont marqué à jamais la mémoire juive.
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