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Auteur : Gérard Donovan
Traducteur : Georges-Michel Sarotte
Date de saisie : 14/05/2009
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-02-095913-1
GENCOD : 9782020959131
Sorti le : 05/02/2009
Un homme sensible, épris de nature sauvage et de littérature, vit seul dans un chalet hérité de son père au coeur de la forêt du Maine. Contrairement aux hommes de la région, il ne chasse pas. Mais le jour où il découvrira son chien mort par balle, il ne restera pas sans réagir... Superbe !
Un ouvrage magnifique et émouvant comme il y en a peu. La faille, la fêlure, le grain de sable qui vient enrayer la routine calme et reposante d'une vie reculée et bouscule tout transformant un homme sain et sage un être assoiffé de vengeance. Ce déclic peut paraître anodin pourtant : le chien du héros se fait tuer par des chasseurs. Dès lors quelque chose se brise en Julius qui ne pense plus qu'à une chose : retrouver les assassins. Des sentiments poussés à leurs paroxysmes dans le calme et la tranquillité des bois enneigés. L'auteur sonde comme peu d'écrivain l'âme humaine avec habilité. Un roman original qui mérite vraiment d'être découvert.
Le décor est celui du Maine, au Nord des Etats-Unis, près de la frontière canadienne, dans ces forêts belles et âpres où les longs hivers trempent le caractère des habitants. Julius Winsome vit seul dans un chalet aux murs tapissés de livres où ont vieilli et sont morts son grand-père, qui a fait la guerre en France et en a ramené un fusil, et son père qui lui a appris à s'en servir. Il n'y a pas beaucoup de place pour les femmes dans ce pays, dans cette histoire. Pourtant un jour Claire arrive au chalet de Julius, et le temps d'un été ce sera comme un peu plus de soleil dans sa vie, Claire et Hobbes, le chien qu'elle lui a fait acheter avant de rejoindre le cours grisâtre de sa vie en ville, où l'attend son policier de mari.
Voilà qu'un matin Hobbes est tué, par un chasseur probablement, Julius croit se souvenir, en se repassant inlassablement le film de ces heures-là, avoir entendu un coup de feu. Les annonces qu'il pose pour demander des indices qui lui permettraient de démasquer le coupable sont recouvertes de grossièretés. Alors inexorablement et - c'est la force de ce livre - naturellement, Julius va mettre en oeuvre sa vengeance. Il décroche le fusil et s'enfonce dans les bois à la recherche de chasseurs. Derrière lui les morts se multiplient. Dans le décor glacé de la forêt, magnifiquement décrit, il avance, glacé lui aussi, vers un dénouement qu'il sait tragique.
Julius Winsome est un vrai roman noir, sa progression implacable nous amène aux frontières de la folie sans qu'il ne soit jamais question de porter un jugement moral : «Aucun motif logique, aucun rêve ne m'avait poussé à agir où n'avait fait naître un autre homme en moi. J'étais seul responsable de tous mes actes (...) Il était mon ami et je l'aimais. Un point c'est tout.»
Julius Winsome, quinquagénaire, vit solitaire dans un chalet au coeur de la forêt du Maine. Fils et petit-fils d'anciens combattants qui lui ont transmis leur horreur de la violence, Julius ne chasse pas, contrairement aux hommes virils de la région. Il préfère chérir ce que son père aimant lui a légué : les milliers de livres qui tapissent son chalet et le Lee-Enfield, ce fusil rapporté par son grand-père anglais des tranchées de la Première Guerre mondiale. Son unique compagnon est son chien Hobbes. La mort de ce dernier, abattu par un chasseur, déclenche chez cet homme doux une fureur meurtrière. Les balles crépitent alors dans la forêt enneigée. Julius Winsome est l'histoire tendue et émouvante d'un «étranger» à la fois hypersensible et détaché, amoureux de la langue et misanthrope. Avatar du Meursault de Camus, qui tuait «à cause du soleil», Julius Winsome tue à cause de la neige, symbole de pureté et de deuil.
Écrit dans un style puissant et poétique, ce récit d'amour, de vengeance et de mort est à l'image du paysage, âpre, froid, cinglant. C'est aussi un hymne à la nature et à ses créatures sauvages.
«Petit chef-d'oeuvre» a écrit Colum McCann à propos de ce roman foudroyant, signé par un Irlandais aujourd'hui installé aux Etats-Unis...
Barbarie et pureté, lumière et ténèbres, sauvagerie des hommes et sérénité des paysages immuables, tout cela se télescope dans ce roman magnifique, tendu, envoûtant. Et qui fait mouche, comme si le maître du genre - Cormac McCarthy - appuyait sur la gâchette.
En 50 courts chapitres écrits à la première personne par Julius, l'écrivain nous fait partager sa douleur et accepter sa folie meurtrière. Armé du vieux fusil de guerre de son grand-père, Julius exécute ses victimes en leur citant des vers de Shakespeare. Les fantômes de son père et de son chien l'accompagnent. Les livres le protègent. La nature l'inspire. Il observe la lune «chair rouge et froide, blessure par balle accrochée à la paroi de la nuit.» Plus loin : «Pour les bois je n'étais sans doute qu'une blessure vivant dans une clairière, une plaie infectée.» La chanson triste de ce Donovan-là va nous hanter longtemps.
Comme son héros, Julius Winsome, Gerard Donovan vit seul avec son chien, "non dans le Maine, que j'ai donné pour cadre à mon roman, précise-t-il, mais dans un coin assez désert de Long Island"...
Et la grande réussite de Gerard Donovan, dans un style poétique, est de mettre le lecteur totalement du côté de Julius, de lui faire partager sa déambulation dans cette région dont il décrit si bien la beauté et l'âpreté. Comme lui, le lecteur a des doutes sur la personne de Claire, sur son petit ami policier. Et comprend l'indifférence de Julius devant ceux qu'il a probablement "injustement occis", comme son amour pour Shakespeare - dont il emploie le langage en parlant à ses victimes mourantes, qui ne le comprennent pas. "Je voulais éprouver de la compassion, mais la compassion me filait entre les doigts", dit Julius Winsome. "Soudain, pour Julius, le langage des armes a pris le pas sur celui des livres, explique Gerard Donovan. Mais pour comprendre ce qui s'est passé au moment du premier meurtre, que je signale au milieu d'une phrase, comme en passant, il faut que le lecteur revienne en arrière, s'interroge, s'arrête. C'est ce qu'il faut faire pour apprécier vraiment un livre".
Les faits et gestes de Julius Winsome, lancé dans sa croisade sanglante, Gerard Donovan les expose sans chercher à analyser l'inquiétante logique qui les motive et les guide. Posant les éléments biographiques mais balayant d'un revers de plume la piste de l'explication psychologique ou psychiatrique. Epousant pourtant avec une évidence sidérante les raisonnements fous de l'assassin. Installant, vis-à-vis de lui, une troublante empathie. Offrant à sa douleur, à son désarroi, à ses résolutions démentes, l'écrin poétique et allégorique d'une nature austère et douce - drapée de neige et de silence, tout ensemble linceul et terre vierge à jamais.
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