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_ Nous voilà

Couverture du livre Nous voilà

Auteur : Jean-Marie Laclavetine

Date de saisie : 15/05/2009

Genre : Histoire

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-07-012197-7

GENCOD : 9782070121977

Sorti le : 26/03/2009

Lena est pour la Révolution ; Paul n'est pas contre, mais il est surtout pour Lena. Salvador Martinez, dit Salva, en bon anarchiste espagnol, est contre tout, sauf l'eau-de-vie de prune, le chorizo, Garcia Lorca, les jolies filles et les demis sifflés au comptoir du Caminito avec son ami Paul. C'est le temps du patchouli, de Tubular Bells, des tracts ronéotés et des manifs pour (ou contre ?) le Larzac. Au 34 de la rue du Chevaleret, repaire de chevelus trotskistes et maoïstes, on prépare l'avènement d'un nouveau monde - mais d'autres militants au crâne rasé tentent au contraire de restaurer l'ordre ancien (baptisé d'ailleurs Ordre Nouveau), et n'hésitent pas à enrôler sous leur bannière la dépouille du Vieux Maréchal qui reposait tranquillement à l'Ile d'Yeu - Las ! Lena se retrouve avec un bébé sur les bras, Paul et Salva dans une estafette contenant le cercueil du vainqueur de Verdun !

Cela aurait pu s'appeler Nous nous sommes tant aimés. Car si le précédent opus de Jean-Marie Laclavetine, Matins bleus, avait un petit côté altmanien - entrechats de destins croisés sous l'oeil omniscient d'une verrière de gare - Nous voilà évoque plutôt les belles années de la comédie italienne, celle des Scola, Risi, Gazman et autres Manfredi, où la grandeur côtoyait le grotesque, où la dérision était tendre et la tendresse féroce. Après une première partie endiablée, dont l'escapade des restes du Maréchal, de la Vendée au Larzac en passant par les berges de la Seine, constitue le délirant fil d'Ariane, le rythme du récit s'accélère encore : et ce sont trente années d'Histoire qui défilent et clignotent tel un kaléidoscope psychédélique ou un trip au L.S.D., sans que jamais le lecteur ne perde de vue l'essentiel, c'est-à-dire les personnages. Jean-Marie Laclavetine pose sur la génération des post-soixante-huitards un regard impitoyable : la scène finale du roman, véritable bal du Temps retrouvé où «l'ancien guérillero fraternisait avec le député libéral» et où se croisent «politiciens, traîneurs de berges interlopes, psychanalystes à la coule, ministres à la godille, humanitaires reconvertis dans le story-telling, brasseurs d ?opinion, avocats de renom, escrocs aux dents blanches dont les mains levées pour saluer les amis faisaient gicler dans l ?air les éclats scintillants de leurs montres comme la boule du Balajo» fera grincer quelques dents au Quartier Latin - peut-être même à portée de mégaphone du bureau que l'auteur occupe rue Sébastien-Bottin. Mais si l'on s'est délecté de ce brillant jeu de massacre, on n'oubliera pas non plus des moments de pure grâce : un barbouze qui, pour quelques secondes, se laisse conquérir par la poésie de Lorca ; un grand-père, un père et un fils communiant en silence devant le bassin à poissons d'un pavillon de banlieue. Des «valeurs» émergent du tourbillon - non pas celles, abstraites ou frelatées, des missels politiques, mais d'autres, plus simples et plus profondes à la fois : la fidélité de l'amitié, l'amour comme un combat, le pouvoir salvateur de la littérature. Oui, nous voilà, nous les vivants, munis pour tout viatique de cette citation de Gombrowicz que Jean-Marie Laclavetine a mis en exergue : «Je n'idolâtrais pas la poésie, je n'étais pas excessivement progressiste ni moderne, je n'étais pas un intellectuel typique, je n'étais ni nationaliste, ni catholique, ni communiste, ni homme de droite, je ne vénérais ni la science, ni l'art, ni Marx - Qui étais-je donc ?»


  • Les présentations des éditeurs : 08/06/2009

1973. Le cercueil du maréchal Pétain est arraché à sa sépulture de l'île d'Yeu par un commando de fidèles. Ils projettent de l'ensevelir à Douaumont, parmi les pioupious. Mais Paul Destrem et Salvador Martinez, deux trublions indépendants, interceptent par hasard l'illustre dépouille. Ils vont dès lors veiller sur ce trésor de guerre, ardemment convoité par diverses factions.

Nous voilà ne raconte pas seulement les tribulations d'un Maréchal en rupture de tombe à travers trois décennies. C'est aussi la chronique ravageuse d'une époque et d'une génération parcourues par les répliques du séisme soixante-huitard, de 1973 à 2007. On y croisera quelques brebis échappées du Larzac, des forts en thème et des forts en gueule, une Islandaise aux yeux de banquise et un Argentin désargenté, des apôtres du président Mao devenus champions de l'Occident chrétien, des enfileuses de perles en plastique et des fumeurs de joints, des idéaux en berne et des idées en l'air, des renégats, des missionnaires, quelques gardes mobiles et un garde-barrière, et aussi une femme qui rit. On y rencontre Samuel, enfant perdu, et ses parents Paul et Lena, couple central du roman, qui essaient d'inventer un amour résistant aux maladies du siècle.



  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 14 mai 2009

Le titre du roman de Jean-Marie Laclavetine est un emprunt partiel au tristement célèbre «Maréchal nous voilà» du régime de Vichy. Ce qui ne doit rien au hasard. D'abord parce qu'il y est effectivement question du chef de la collaboration. Ensuite parce que l'auteur s'attache à mettre en évidence le parallélisme entre la phraséologie de cette époque et un certain discours actuel. Non pas à la façon rigoureuse de l'historien ou du linguiste, mais en prenant le parti de la drôlerie et du burlesque. On sent ici parfois souffler l'esprit de Boris Vian. Avec un côté impertinent et iconoclaste, une loufoquerie des situations et une joyeuseté du ton, qui apportent au récit sa causticité...
L'art de Jean-Marie Laclavetine tient en effet dans sa manière d'associer une aventure digne des Pieds Nickelés à une constante mise en perspective historique. Avec un sens de l'humour et une acuité critique qui jamais ne se démentent. L'auteur excelle dans la restitution souriante des réunions enfumées de l'après-mai 1968, comme dans l'évocation de la grande manifestation bigarrée sur le plateau du Larzac en août 1973, ou celle de la charge policière dans la cuvette de Creys-Malville en 1977. C'est en fait la chronique d'une génération qu'il tient ici, avec la distance et la liberté de ton que permet le regard rétrospectif.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 22 avril 2009

C'est la chronique d'une fin de siècle. Trente-cinq ans de vie française entre Pompidou et Sarkozy, entre les rêves post-soixante-huitards et la réalité bling-bling. Mais Jean-Marie Laclavetine est d'abord romancier, et si la réalité sociale l'intéresse, il marque une préférence pour des personnages légèrement à la marge de l'histoire...
Laclavetine ne leur passe rien, mais il décrit leurs désengagements avec humour, préférant l'anecdote au discours, la complicité à la colère, citant en exergue cette belle phrase de Gustave Flaubert, qu'il convient de méditer encore : «Nous allons entrer dans une ère stupide. On sera utilitaire, militaire, américain et catholique.


  • La revue de presse Baptiste Liger - L'Express du 2 avril 2009

Sur fond de rocambolesque vol du cercueil du Maréchal, Jean-Marie Laclavetine brosse le portrait de la génération soixante-huitarde. Féroce...
C'est le point de départ d'une fresque s'étendant sur près de trente ans, de l'ère pompidolienne au 11 septembre 2001, à travers laquelle Laclavetine analyse avec férocité les renoncements (les trahisons ?) et les erreurs d'une génération prétendument libertaire. S'il montre que l'Hexagone est toujours gangrené par une certaine forme de collaboration, l'auteur - et éditeur chez Gallimard de Muriel Barbery, Tristan Garcia... - peaufine aussi ses intrigues secondaires.


  • La revue de presse Patrick Grainville - Le Figaro du 19 mars 2009

La fresque ose l'amalgame acrobatique entre L'Éducation sentimentale, volontairement parodiée, Les Années d'Annie Ernaux pour le bilan d'une génération engagée et Le Corniaud de Gérard Oury, côté farce et sarabande !...
Bizarrement, ce cocktail improbable de reportage chez les extrémistes des deux bords et de cascades macabres, passe la rampe. L'amour désespéré que Paul voue à Léna, militante à tous crins, fugueuse intrépide, plus insaisissable encore que le Maréchal, accède à une vraie profondeur. Et c'est peut-être le meilleur du roman que cette passion menacée, travaillée par toutes les pulsions contradictoires de l'époque, qui s'étire dans le temps comme chez Flaubert, avec ses intermittences, ses difficiles retrouvailles, sa survie mystérieuse.


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