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Auteur : Emmanuel Carrère
Date de saisie : 06/05/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Fiction
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-84682-250-3
GENCOD : 9782846822503
Sorti le : 05/03/2009
D'emblée, «D'autres vies que la mienne» nous conduit vers d'infinies douleurs, la perte accidentelle d'une enfant, l'inéluctable maladie d'une jeune femme, deux histoires d'un même prénom, inscrites dans un puissant cercle d'amour. Le récit prend toute sa dimension dans la seconde partie du livre, l'auteur s'efface et se fond avec délicatesse dans la vie des proches, un époux aimant, un ami boiteux rescapé, un partage de souvenirs de combats pour l'entraide et le droit. Une écriture fluide et vraie, un hymne bouleversant à la vie et à l'amour.
«Ce n'est pas avec des bons sentiments qu'on fait de la bonne littérature» c'est ce que pense André Gide et que contredit cet ouvrage.
Avec toute sa science de la construction et du rythme, avec toute sa conscience éclairée qui n'atteint pas cette fois le cynisme, avec tout son talent pour l'écriture, E. Carrère a bâti ce récit d'une humanité poignante.
Il y est question de vies et de morts, de combats et de souffrances, d'amour et de respect de l'autre à propos de deux événements dont il a été le spectateur plus que l'un des protagonistes.
Il se trouvait au Sri Lanka ce Noël 2004 au moment du tsunami, miraculeusement indemne lui et les siens, témoin de ce cataclysme. Témoin, il l'est aussi de la mort de sa belle-soeur Juliette, emportée par un cancer.
Alors, il enquête, rencontre les proches et notamment ce juge, collègue de Juliette, engagé comme elle dans la protection contre le surendettement.
Car l'écrivain se sent investit d'une mission, celle de nous réconcilier avec ce qui peut nous arriver de plus terrible : apprendre que l'on est condamné, perdre son compagnon ou son enfant. Tout au moins se faire le scribe le plus fidèle possible et, ainsi, apposer des mots sur l'innommable.
À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire ?
C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère). Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour.
Le récit que nous propose Emmanuel Carrère est assurément un grand texte. À l'écart des chemins de la fiction, sur le seul terrain du vécu, l'écrivain est en effet parvenu à cette hauteur où l'horizon d'un seul s'élargit à l'horizon de tous. L'intime, réfléchi par une écriture qui ne laisse rien se perdre du réel, se charge ici fortement de social. Conçue initialement comme un témoignage à propos de deux événements dramatiques, cette histoire a pris en cours de route une tout autre ampleur. Parce que ses protagonistes ont montré l'humain à son meilleur. Mais aussi parce que celui qui a recueilli leur parole a parfaitement su discerner et mettre en forme ce dont elle était porteuse.
A partir de drames vécus par deux couples, Emmanuel Carrère recueille les témoignages. Un très beau livre sur le sens de l'existence...
Catastrophe naturelle, maladie, pauvreté, troubles du corps, problèmes conjugaux : même Hector Malot n'aurait pas osé tout mêler. Pourtant, Emmanuel Carrère se colle frontalement à tous ces sujets qui se prêtent à tous les débordements lacrymaux, et transcende l'injustice en pure littérature...
Tout compte fait, Emmanuel Carrère livre un très beau roman d'amour, au sens chrétien du terme.
Du courage, mais surtout de la puissance et une formidable vitalité narrative. Car D'autres vies que la mienne est l'inverse d'un livre ennuyeux - c'est même une sorte de "page turner", comme disent les Anglais : un ouvrage qu'on ne peut lâcher avant le dernier mot, quelle que soit l'heure. Au fil de ses observations, de ses réflexions (sur la maladie et l'influence du psychisme, par exemple), de son affinité avec les sujets qu'il aborde et finalement de sa merveilleuse porosité, Emmanuel Carrère fait beaucoup plus que raconter. Il transforme le monde en littérature. Comme un excellent portraitiste, il restitue mieux que le reflet exact d'une personne ou d'une situation : son image vraie. "Il y a des trucs avec lesquels je ne suis absolument pas d'accord, mais je me garderais bien de te dire lesquels de peur que tu y touches, lui dit Etienne à la fin du livre. J'aime que ce soit ton livre et, globalement, j'aime aussi le type qui porte mon nom dans ton livre." La bonne littérature, c'est un poncif, ne se fait pas avec de bons sentiments. Pas plus qu'avec de la générosité. Mais pas non plus sans elle - pas complètement.
L'écrivain, qui livre D'autres vie que la mienne, n'a pas son pareil pour s'emparer de la vie des autres, témoigner de leurs drames, de leur vitalité. À la manière d'un romancier russe...
C'est énergique, droit. Il tend sa plume-micro, rechignant, lui le modeste scribe, à s'immiscer. Il est pourtant le premier spectateur de ce qu'il met en scène. Et au fil des pages, le miracle se produit. Dans ses pérégrinations privées et littéraires, Emmanuel Carrère a croisé la douleur et l'injustice. Il n'est pas impossible qu'il ait découvert ce qu'était l'amour et mieux encore, ce que c'était qu'aimer.
A l'heure où les ravages de la crise financière commencent à affecter chacun de nous, D'autres vies que la mienne semble paraître à point nommé. Ajustés façon «copier-coller», les thèmes porteurs de ce livre auraient pu servir de trame à une version papier d'Envoyé spécial ou de Zone interdite. Grâce à la force des sentiments, la justesse d'observation et la sobriété stylistique de cette «fiction de soi» marquent une nouvelle étape dans ces récits bruts de décoffrage, en prise directe avec le tissu sociétal, qu'affectionne notre époque. Le lecteur, lui, est emporté comme par une vague et déposé 300 pages plus loin, sonné, ému, changé...
Une chose est sûre : en noyant son narcissisme dans la vie des autres, Emmanuel Carrère, rescapé, lui aussi, de ses naufrages intérieurs, fait l'éloge des «hommes de bonne volonté», essaie d'en devenir un. Avec ce livre dramatique et serein, la non-fiction novel à la française a trouvé son maître.
Étonnant d'émotion et de pertinence, le nouveau livre d'Emmanuel Carrère est une réflexion sur l'amour conjugal, la transmission, la justice et la confrontation avec la mort. Le livre de toute vie. Pour raconter la vie, la peindre telle qu'elle est, âpre, joyeuse ou riche, et telle qu'elle n'est pas, fantasque, déchirante ou banale (et vice versa), pour la commenter, l'étirer, la renverser, Emmanuel Carrère a développé livre après livre un mode à lui, que d'aucuns nomment autofiction, d'autres biographie fictive. Quel que fût ce genre, Carrère le pulvérise ici, s'en tenant au récit seul, déplaçant la focale du «je» vers le «ils», en disant tout autant sur lui-même. Outre une forme de maturation littéraire, c'est une conversion qui semble s'opérer au long de ce livre bouleversant, un adieu aux armes qui sonne paradoxalement comme une victoire. Carrère ne s'est ni affadi ni amolli, mais densifié, complexifié comme écrivain en même temps qu'il avoue s'être pacifié comme homme...
Autant que de mort et de renaissance, c'est de transmission et de filiation qu'il est question ici
Emmanuel Carrère déroule les vies d'êtres meurtris. Une méditation intense sur l'ouverture aux autres...
D'autres vies que la mienne, ou la décision prise, par un écrivain non sans raison réputé narcissique, Emmanuel Carrère, de prêter littéralement sa plume à d'autres individus, des hommes, des femmes croisés sur son chemin ; le choix de se faire le modeste scribe de leurs existences marquées par la maladie, le handicap, la perte, le deuil...
Comme si se révélait à lui, tandis qu'il déroule avec une infinie dignité les vies et les épreuves de Juliette, Etienne, Patrice..., le fait que ces vies, qui a priori ne sont pas les siennes, le constituent pourtant bel et bien. Parce que, simplement, l'homme est fait de relations et de liens. Parce qu'à tout homme rien de ce qui est humain ne saurait être indifférent ou étranger.
«D'autres vies que la mienne», où il relate deux scandales éternels : la mort d'une enfant pour ses parents, et la mort d'une jeune femme pour ses parents, ses enfants, son mari, son ami, est aussi le récit d'une métamorphose. Romancier de la folie, autobiographe de la névrose, peintre de la noirceur, l'auteur de «la Moustache» et de «la Classe de neige» abdique ici, pour la première fois, ses défenses naturelles, ses mauvais sentiments, son égotisme, sa détestation de soi, son attirance pour les psychopathes et les jeux de massacre. Et il célèbre, avec quelques vies exemplaires, des vertus qui n'étaient pas dans son vocabulaire : le courage devant l'adversité, la dignité dans la maladie, la fidélité aux idéaux de gauche, la justice au service des plus pauvres, et l'amour fou. Celui que voue désormais Emmanuel à Hélène. Le récit commence par l'annonce, juste avant la vague monstrueuse, d'une prochaine séparation; il se termine par la promesse qu'ils se font, l'un et l'autre, de vieillir ensemble.
La force de D'autres vies tient à l'extraordinaire relief que Carrère donne peu à peu à une matière brute. Comme dans Un roman russe, l'auteur s'est attaché à ne raconter que des faits avérés, reposant d'une autre manière les questions en filigrane de L'Adversaire, consacré à la fameuse histoire de Jean-Claude Romand : Qu'est-ce que le réel, et qu'est-ce que la vérité en littérature ? Peut-on faire oeuvre artistique en racontant ce qui est ou a été, sans transposition, jeu, variation, mise en fiction, en somme ? Autant d'interrogations auxquelles un Truman Capote s'est confronté avec De sang-froid. Et auxquelles Carrère a répondu en tournant son documentaire Retour à Kotelnitch : tout tient au point de vue, au cadrage. Non aux choses, vraies ou non, mais au regard qu'on porte sur elles. Au-delà de la simple saisie d'une réalité, si terrible ou extraordinaire soit-elle, D'autres vies met au jour des coïncidences secrètes, profondes, qui lui donnent un sens.
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