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Auteur : Robert Neumann
Traducteur : Nicole Casanova
Date de saisie : 11/11/2009
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Liana Levi, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-86746-523-9
GENCOD : 9782867465239
Sorti le : 01/10/2009
Ces enfants de Vienne n'ont de l'enfance que l'âge ; ils ont connu la déportation, les camps, les brigades des Jeunesses hitlériennes, ils ont échappé au pire pour se retrouver, démunis de tout, affamés, dans les caves de la ville en ruines; livrés à eux-mêmes et à la merci d'un monde adulte en pleine confusion et volontiers pervers, ils s'inventent une vie de château et sont prêts à tout pour défendre leurs "privilèges", ces choses, ces objets que "même Staline" ne possède pas !
Ils sont six, pick-pocket, prostituée, trafiquants en tous genres; lorsqu'un aumônier de l'armée d'occupation américaine les découvre, il doit faire preuve de beaucoup de talent et d'obstination pour gagner leur confiance.
Il faut lire ce livre pour sa prose unique, une langue que seuls parlaient ces enfants d'origines diverses et qui donne au récit une saveur piquante et des couleurs (presque) gaies.
Courte lecture de Claire Lamarre
Vienne, 1946. Un groupe d'enfants démunis survit dans la cave d'une maison à demi détruite. Il y a Yid, 13 ans, juif allemand échappé d'un camp de concentration ; Goy, 16 ans, sorti d'un camp pour personnes déplacées ; la belle Eva, 15 ans ; son amie Ate, ancienne chef de section des jeunesses hitlériennes, une «machine à obéir» ; Curls, 9 ans, le fils du propriétaire ; et enfin une petite fille malade au ventre terriblement gonflé. Ensemble, ils subsistent tant bien que mal - larcins, petits trafics au marché noir... Ensemble, ils s'opposent aux membres du comité de quartier venus réquisitionner la maison. Un jour, un homme ivre vient chercher Eva qui se prostitue occasionnellement. Mais elle n'est pas là. Les enfants frappent l'homme et le dépouillent. Puis arrive le révérend noir américain Hosea Washington Smith. Il distribue aux enfants ce qu'il peut - des sandwiches, un peu de compassion - et propose même de les emmener en Suisse, vers une nouvelle vie... Mais sa tentative échoue et il est arrêté. Les enfants sont de nouveau livrés à eux-mêmes jusqu'à l'arrivée des Russes. Ate et Goy partiront avec eux. Quand un des Russes revient sur les lieux, il ne trouve dans la cave que le cadavre d'un ancien SS et celui de la petite fille malade. Plus personne d'autre.
Construit en trois parties, très dialogué, dans le même décor sordide, ce texte tient du drame en trois actes. C'est en même temps une parabole crue, oppressante, sur la déshumanisation et l'absurdité engendrées par la guerre. Tout ce qui reste dans ces ruines est ravagé, corrompu, y compris la langue.
Sur la présente édition
Les enfants de Vienne, d'abord écrit en anglais, est publié à Londres en 1946. À l'époque, Robert Neumann voulait avant tout alerter l'opinion européenne sur l'état de misère dans lequel se trouvaient ces enfants laissés pour compte - à Vienne ou «n'importe où au-delà du méridien du désespoir». Il y eut plusieurs traductions de cette version dont une française de Marcel Duhamel, parue chez Gallimard en 1968. En 1974, un an avant sa mort, Neumann décide de réécrire son texte en allemand, et le résultat est complètement différent d'un point de vue linguistique. Neumann invente une langue artificielle, composite de yiddish, d'argot de l'époque, de slang américain et de slang russe ; c'est la langue des «personnes déplacées», la langue que parlaient ces enfants, en ce temps-là, dans les caves de Vienne.
C'est cette version, la dernière rédigée par Robert Neumann (et publié dans la prestigieuse collection «L'autre bibliothèque» fondée par Hans Magnus Enzensberger), que les éditions Liana Levi publient pour la première fois en France.
L'auteur
Après des études de médecine où il suit les conférences de Sigmund Freud à Vienne, Robert Neumann (1897-1975) s'intéresse à la littérature et à la philosophie allemandes. Comptable dans une banque, il publie dès 1919, mais sa carrière ne prend son véritable essor qu'au début des années 1930. En 1933, après l'accession au pouvoir de Hitler, il figure sur la liste noire des auteurs dont les livres «méritent d'être brûlés». Il quitte Vienne pour Londres où Stefan Zweig lui offre son amitié et son aide. En 1938, il fonde en France le PEN club des auteurs autrichiens en exil. Il écrira au total huit livres en anglais et expliquera sa décision d'abandonner sa langue maternelle «pour protester contre des actes perpétrés par d'autres qui l'utilisent aussi». La victoire des Alliés ne mettra pas fin à son statut d'émigrant - il s'installe en Suisse en 1958 : comme pour beaucoup d'autres, revenir dans son pays d'origine était impensable, d'autant que dix-neuf membres de sa famille y avaient été assassinés. Il meurt à Munich en 1975.
Il fallait toute l'expérience, la connaissance intime de la langue allemande de la traductrice Nicole Casanova pour transcrire en français la construction idiomatique complexe imaginée par Neumann. Cela sans que soit altérée l'émotion dont est porteur ce beau roman. Une fiction dont son auteur souhaitait la portée universelle - dire l'enfance sacrifiée, en n'importe quel lieu situé «au-delà du méridien du désespoir».
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