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Auteur : Jean-Marc Parisis
Date de saisie : 09/11/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 978-2-234-05995-5
GENCOD : 9782234059955
Sorti le : 19/08/2009
Rarement on aura fait aussi émouvant avec si peu d'effets. A moins justement que ce ne soit cette retenue, cette pudeur, qui soit le ferment de l'émotion.
Ava vient de mourir. Pour le narrateur (appelons-le Jean-Marc Parisis, tellement il lui ressemble) elle a été «[s]a femme dans être [s]a femme, puis [s]a soeur sans être [s]a soeur». Entendez qu'il y eut tout d'abord la rencontre sur les bancs de la fac, une passion incandescente, puis une longue amitié, aussi sûre que farouche. Deux aimants qui toute leur vie se sont attirés et repoussés. Car Ava (ce prénom est voué à entrer au panthéon des hautes figures féminines de la littérature, aux côtés de Nadja), Ava est avant tout une femme libre ?et de la plus belle façon : libérée de tous les codes, toute à son présent, toute à elle-même au présent. Alors comment imaginer son absence ? Si sa disparition est impossible, son existence a-t-elle été rêvée ? «La vie est un rêve dont on se réveille mort».
Reste le pouvoir des mots, pas bien grand mais réel. La force de l'écriture comme la vivait Ava : «Seule sur la plage, elle lançait des boules de neige à la mer et elle remontait le niveau des eaux».
«Ava était-elle si exceptionnelle ? N'ai-je pas croisé pendant toutes ces années d'autres femmes comme elle, essentiellement disposées à la beauté, à la vérité ? Je ne le pense pas, Ava était vraiment incomparable. Mais, admettons. Il faut alors croire que j'aurai tenu ces autres femmes à distance. Car ce n'était plus l'heure : j'avais déjà rencontré Ava, j'étais dans son orbite. Toute vie est soumise aux lois de l'attraction. Ava aura polarisé la mienne très tôt, à un âge où certains corps sont très sensibles à la lumière. Ma vie avec elle, en sa présence, fut ma jeunesse, puis ma vie d'homme, jusqu'à maintenant. Elle m'a grandi. Comme nous avions le même âge et que l'attirance était réciproque, il se peut aussi qu'elle ait tiré quelque force de moi pour se maintenir à l'altitude qui était la sienne. Aujourd'hui le ciel est vide. J'aurais aimé raconter une autre histoire, mais c'est tout ce qu'il m'en reste, et je n'en reviens pas.»
Jean-Marc Parisis a notamment publié Depuis toute la vie (2000), Physique (2005) et Avant, pendant, après (prix Roger-Nimier 2007).
Jean-Marc Parisis fait partie de ces écrivains surdoués qui ne se fatiguent pas. Cela donne le pire et, parfois, le meilleur. Les Aimants, roman bref et incisif, fait partie de la seconde catégorie...
C'est tout le mérite du roman de Jean-Marc Parisis : il met le doigt sur le grand paradoxe de notre temps, ce désir contradictoire de vouloir aimer tout en restant libre. Or aimer, c'est se donner à l'autre ; être libre, c'est rester maître de sa vie. Comment aimer sans tyranniser l'autre ? Comment aimer sans devenir un mendiant ? La réponse fuse : "On se foutait la paix avec l'amour. Je me demande même si l'on savait qu'on s'aimait.
L'auteur d'«Avant, pendant, après» retrouve ici ses vieux démons - le temps qui passe et les rapports amoureux - en compagnie d'un nouveau fantôme : son roman est tout entier hanté par le souvenir d'Ava, une jeune femme décédée. Avec beaucoup de recul et de lyrisme, le narrateur reconstitue leur histoire avortée...
De la douceur à la douleur, il n'y a que quelques pages mimant la gradation de cette histoire, où la grâce et la poésie des débuts côtoient brutalement le chagrin, la révolte. Cette violence contenue n'entache pas pour autant le magnifique portrait d'une femme regrettée, rayonnante et solaire : l'éprouvante opération de la mémoire, sans se perdre en lamentations ni mièvrerie, lui offre le romantisme fané d'une photo jaunie. Amants un jour, «Aimants» toujours : le roman, lui aussi, est magnétique.
Les Aimants, de Jean-Marc Parisis, n'est pas seulement le chef-d'oeuvre de la «rentrée», ce qui n'aurait aucun sens. Un chef-d'oeuvre ne dépend pas des saisons. Les Aimants est donc un chef-d'oeuvre tout court, si j'ose dire...
Rien de sophistiqué, de truqué, de maniéré : mais une maîtrise de la langue, de ses reliefs, de ses nuances, de ses possibilités, de ses facettes, de ses pièges, qui donne le vertige. La langue classique recèle encore, et toujours, en voici la preuve magistrale, une fraîcheur et une jeunesse inouïes...
Si vous êtes un être humain et que vous croyez à l'amour, il vous faudra désormais compter avec ce livre, qui n'est pas un roman de plus parmi des centaines, mais un roman d'amour comme il y en a un ou deux, grand maximum, par décennie.
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