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Un homme se souvient de son enfance marocaine, tout entière captive de l'amour inquiet et jaloux qu'il voue à sa mère - elle-même séparée de son fils par ses rêves mélancoliques, ses attentes vides, et plus tard les secrets de l'adolescent.
Désir, effroi, tendresse et provocation peuplent moins leurs paroles que leurs silences, car rien de ce qui constitue leur jeu, dans ce qu'il pourrait avoir de trouble et de cruel, ne saurait passer par le langage.
Mais - complicité des enfances qui ignorent l'espace et les générations - c'est auprès de la fillette que fut sa mère, dans les étés de La Geneytouse, qu'il trouve grâce et apaisement.
Le trajet amont dans le temps que le narrateur accomplit cette fois face à l'irréversible - sa mère vient de s'éteindre - opère paradoxalement en lui une métamorphose qui lui permet de dire je, tu - nous enfin réunis, confondus.
Après Julien Letrouvé colporteur, Pierre Silvain nous livre ici, dans une langue très maîtrisée, un récit construit sur une étrange et fascinante mise en abyme.
RÉCIT
La revue de presse Monique Petillon - Le Monde du 13 novembre 2009
Mort le 30 octobre à Paris, Pierre Silvain élaborait, dans la plus grande discrétion, une oeuvre exigeante et subtile...
Son dernier livre, publié très peu de temps avant sa disparition, est un récit vibrant sur son enfance au Maroc et sur le lien jaloux, inquiet, qui l'unissait à sa mère...
La tendresse si singulière et tourmentée entre cette mère et ce fils - ce jeu muet "de contrariétés et de raccommodements" - se mue en compassion, en fusion. "Comment te douterais-tu de l'obscur travail d'invention que je poursuis, de transformation et d'appropriation de toi qui es sans voix, sans souffle et sans regard ?" Et longtemps après la mort de la mère, l'image des étés disparus continuera à hanter les rêves du fils : cette femme assise, face à l'océan, les yeux fixés sur l'horizon. Et l'émotion fera place à une vision étincelante, dans "la lumière noire de l'éclipse".