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_ La femme de midi

Couverture du livre La femme de midi

Auteur : Julia Franck

Traducteur : Elisabeth Landes

Date de saisie : 24/09/2009

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-08-121373-9

GENCOD : 9782081213739

Sorti le : 02/09/2009

Allemagne, 1944. L'armée rouge vient d'envahir la ville de Stettin. Alice emmène à la gare son fils de sept ans, Peter... et l'abandonne sur le quai. Pour comprendre un geste aussi radical, il faut lire, patiemment et avidement à la fois, les 371 pages de ce roman dont l'écriture se tend peu à peu comme les fils du destin. Revivre l'enfance d'Alice - alias Hélène - entre un père invalide de guerre et une mère dont l'étrange folie affecte la maisonnée entière. S'abandonner avec elle dans la relation trouble, sensuelle, qui l'unit à sa soeur aînée Martha. Puis se perdre dans le Berlin des Années Folles, période de tous les espoirs et de toutes les craintes, où elle connaîtra coup sur coup l'amour et le mariage... mais hélas pas avec le même homme.

La Femme de midi n'est certes pas le premier livre allemand à autopsier le cadavre du nazisme ni à évoquer la Shoah, mais la manière dont il le fait, allusive, dérangeante, insistante, et le style de Julia Franck - puissamment évocateur et pourtant toujours retenu - sont en revanche inédits. Cette traversée du siècle n'a rien d'une fresque pesante. Elle ne perd jamais de vue son sujet : de destin d'une femme qui, bien que ballottée par l'histoire, reste fidèle à elle-même jusque dans ses paradoxes. Musicale sans pathos, subtile sans affection l'écriture de Julia Franck éblouit.

Ce livre exigeant et ambitieux fut un best-seller en Allemagne. Quand on le compare au top ten des ventes en France, on ne peut que faire ce constat : nos voisins d'Outre-Rhin ont meilleur goût que nous...


Extrait :
"Rayonner de santé était le commandement suprême, et qui ne pouvait se bien porter et rayonner devait se dépêcher de mourir avant que le peuple allemand ne risque d'être contaminé ou souillé, sali par des descendants malades."

Ce roman, déjà vendu en Allemagne à plus de 500 000 exemplaires, force l'admiration en dépit (ou à cause d'un) style cahotique où le nom du personnage central, Hélène, revient sans cesse, comme une cicatrice que l'on voudrait frotter pour faire disparaître et qui ne fait qu'enfler davantage.
Hélène est une femme d'Allemagne, originaire de Saxe, dont la mère, tiraillée entre honte et fierté d'être juive, perd la raison en même temps que son époux, blessé à la Grande Guerre avant d'avoir eu le temps de combattre. Nature sensible et surdouée, Hélène grandit dans l'affection d'une soeur aînée qui dévoile bientôt ses penchants saphiques. Recueillies par une tante aux moeurs dissolues, les deux soeurs plongent dans l'univers interlope du Berlin de l'entre-deux guerres. Hélène y fait l'apprentissage de la liberté et découvre la philosophie et la poésie. Mais le monde aussitôt ouvert à ses yeux se referme, plombé par la crise d'abord et les premières mesures discriminatoires ensuite. Hélène, qui s'était rêvée en femme libre, n'est plus Hélène, elle devient Alice, avec un passeport généalogique en bonne et due forme. Alice l'épouse docile, cantonnée à son foyer, prisonnière des liens du mariage et finalement élevant seul un enfant qui, comme elle jadis, est livré à la morsure de cet animal qu'est la solitude, peu à peu privé, jusqu'à l'abandon pur et simple, d'une affection qui s'est tarie dans l'épuisement d'avoir survécu à la guerre. Car être mère, c'est encore être liée, soumise, contrainte. Hélène, c'est le destin d'une femme d'Allemagne bâillonnée jusqu'à l'asphyxie, aux origines inavouables, à l'identité incertaine et qui peu à peu se détache des siens pour gagner une liberté sans retour.

Etonnant portrait de femme que celui que nous dévoile ici Julia Franck. Ses personnages, fouillés à l'extrême, nous racontent avec une certaine économie de moyens quelque chose d'essentiel sur cette Allemagne qui ne cesse d'interroger l'entendement de ses survivants que nous sommes tous à des degrés divers. Rarement roman contemporain aura réussi avec autant de finesse à brosser sa toile de fond historique. Ne subsiste dans son tableau de l'Allemagne de la première moitié du vingtième siècle que des ombres ténues, de légers reflets, d'imperceptibles frémissements, mais aussi, parfois, la violence d'un trait. Comme le prologue et l'épilogue de ce récit, dont le tragique aspire le lecteur dans la spirale d'évènements funestes sur lesquels l'intervalle apporte de l'humanité et de la chaleur. Le roman de Julia Franck oscille entre lumière et ténèbre dans un fondu remarquable qui ne laisse pas d'être troublant.


  • Les présentations des éditeurs : 05/09/2009

En 1945, Stettin est occupée par l'Armée Rouge. Parmi les fugitifs dans une petite gare allemande se trouvent Alice et son fils de sept ans, Peter. Quelques instants plus tard, Alice abandonne son enfant sur le quai pour ne plus revenir...



  • La revue de presse Françoise Dargent - Le Figaro du 24 septembre 2009

La Femme de midi a été le grand roman de l'année 2007 en Allemagne, une sorte de séance de psychothérapie littéraire à grande échelle qui a touché un demi-million de lecteurs. La déroute de 14-18, l'échec de la République de Weimar, la victoire du nazisme puis le choc de la guerre : à travers le destin d'une femme, Julia Franck a mis à nu, décade après décade, les traumatismes d'une nation. À ce titre, son roman est exemplaire. Il l'est d'autant plus que l'auteur est née bien après la guerre, en 1970, à Berlin-Est, une Allemagne qu'elle fuira en compagnie de sa mère pour rejoindre l'Ouest. L'inévitable souffrance de la petite fille qu'elle fut a certainement contribué à nourrir son évocation minutieuse de la vie tourmentée d'une femme allemande au XXe siècle. Elle l'a enrichie en puisant dans l'histoire de sa grand-mère et de son propre père...
Derrière le roman, la figure tangible d'une génération sacrifiée.


  • La revue de presse Odile Benyahia-Kouider - Le Nouvel Observateur du 3 septembre 2009

L'étrangeté du roman vient de son statut hybride. Ce n'est ni une monographie familiale ni une pure fiction, puisque Julia Franck y intègre des éléments de l'enquête autobiographique qu'elle a menée. Son père, mort d'un cancer en 1986, ne lui a jamais vraiment raconté son histoire; il avait juste évoqué son abandon au détour d'une phrase...
Faute de témoignages directs, Julia Franck a tenté de trouver dans l'Histoire avec un grand H les raisons de cet acte a priori inexplicable. Minutieuse à l'excès, son écriture, très étonnante, s'interdit toute psychologisation ou jugement moral. Julia Franck dépeint à merveille l'homosexualité féminine, la débauche des années folles, le mariage d'Alice avec un ingénieur nazi qui s'évertue à la sauver en l'«aryanisant» pour découvrir, après trois années de cour assidue, que la jeune femme n'est plus vierge.


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