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.. Des hommes

Couverture du livre Des hommes

Auteur : Laurent Mauvignier

Date de saisie : 21/11/2009

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Minuit, Paris, France

Prix : 17.50 €

ISBN : 978-2-7073-2075-9

GENCOD : 9782707320759

Sorti le : 03/09/2009

Le style de Mauvignier fait merveille, tout en empêchement, tout en en retenue, pour nous raconter l'histoire de ces anciens d'Algérie, de Feu de Bois et de Rabut, de leur vie après...
Le livre commence d'ailleurs comme ça, une fête d'anniversaire racontée par Rabut qui observe, de loin, son cousin, anciennement Bernard et aujourd'hui Feu de Bois à cause de l'odeur qui ne le quitte plus. Un cadeau trop précieux, une agression et les souvenirs s'enchaînent, Rabut replonge.
Et brusquement, le récit change : presque en milieu de paragraphe, on passe des ressassements de Rabut à l'histoire de Bernard.
Alors, c'est le départ en train de ce jeune Bernard, le missel en poche, vers Marseille et l'embarquement pour l'Algérie. Le récit bute, hésite, se reprend, revient. C'est le ciel d'Algérie, l'ennui mais aussi la peur, la vie aussi. C'est le camp, les permissions et les questions qu'immanquablement ils finissent par se poser.
Le roman de Mauvignier est âpre et en même temps légèrement distancié, un peu comme ont tenté de l'être ceux qui retrouvaient un quotidien inchangé en revenant, le travail dans lequel ils se jetaient, pour ne plus penser, et les nuits agitées de souvenirs impossibles à oublier.


Laurent Mauvignier a fait resurgir d'autres formes de larmes. De celles que nous souhaiterions oublier. Du passé qui ne disparaît pas mais nous envahit chaque nuit dans nos angoisses et nos souffrances. De ces images de guerre qui semblent irréelles et qui nous renvoient à notre passivité. Car il s'agit de cela, passivité et abandon. Nous sommes spectateurs et ce qui est terrible, c'est que les personnages semblent aussi spectateurs de leur vie, de leurs actes. J'ai entendu leurs cris. Dire "j'ai mal du dedans" Bardamu n'est pas loin... Et cette guerre, celle de l'Algérie nous renvoie à nos incompréhensions, de la différence, de l'appellation de l'autre, de nos réactions ou non et encore une fois : qu'aurais-je fait ? pourquoi ?
Nous ne sommes pas dans l'explication simplement dans le fait d'être là et de le porter seul avec sa conscience......
Il n'y a pas de règlements de compte, simplement des vies brisées portées par une écriture juste, poignante et souvent vacillante comme peut l'être un coeur en souffrance. "Des hommes" Editions de Minuit


Dès la première page, par son écriture, par ses descriptions, par ses dialogues, par ses personnages, Laurent Mauvignier capte le lecteur et ne le lâche plus. Né en 1967, Laurent Mauvignier n'a pas vécu la guerre d'Algérie ; longtemps les combattants de base ont gardé le silence à leur retour. Mais un jour pas comme les autres, le besoin est là, cracher le venin qui les infecte depuis 1962 par une confession sans retenue. Dans une petite ville française où tout le monde se connaît, Solange fête ses soixante ans dans la salle des fêtes du village. Les invités voient débouler son frère Bernard qu'on appelle maintenant Feu-de-Bois eu égard à l'odeur qui l'accompagne. Bernard vit à l'écart, seul, souvent saoul et sans le sou. Il offre à sa soeur une superbe broche et aussitôt la tension monte : où a-t-il trouvé l'argent ? Les vieilles affaires familiales ressurgissent... Bousculade, insulte, insulte raciste, coup de sang... Une enquête est déclenchée, déclic pour son cousin Rabut présent sur les lieux qui a vécu avec Bernard la guerre d'Algérie et n'en peut plus de son mutisme. Sa longue confession revient sur son passé terrible et inoubliable qui terrifie toutes ses longues nuits. Laurent Mauvignier fait preuve d'une grande maîtrise dans cette évocation d'une histoire récente et encore brûlante où il ne s'agit jamais de juger, de choisir un camp, mais bien au contraire, où il s'agit des hommes et de leur capacité infinie d'(auto-)destruction. Il démontre encore une fois la puissance mais peut-être aussi la dangerosité du roman. Gros coup de coeur.


Extrait :
"Plus le temps passe, plus il se répète, sans pouvoir se raisonner, que lui, s'il était Algérien, sans doute il serait fellaga. Il ne sait pas pourquoi il a cette idée qu'il voudrait chasser très vite, dès qu'il pense au corps du médecin dans la poussière. Quels sont les hommes qui peuvent faire ça. Pas des hommes qui font ça. Et pourtant. Des hommes."

"Il se dit pourtant parfois que lui ce serait un fellaga. Parce que les paysans qui ne peuvent pas travailler leur terre. Parce que la pauvreté. Même si certains lui disent qu'on est là pour eux. On vient donner la paix et la civilisation. Oui. Mais il pense à sa mère et aux vaches dans leurs champs, il pense aux nuages épais et lourds dont les ombres tombent sur le dos des bêtes et dans le ruisseau, sur les peupliers. Il pense à son père et à sa mère qui mettaient leurs mains devant leurs bouches de bébés, lui a-t-on répété, à lui et à ses frères et soeurs aussi, lorsque tout le hameau abandonnait les fermes pour se cacher dans des trous creusés par les obus et qu'on entendait le pas des Allemands tout près. Il pense à ce qu'on lui a dit de l'Occupation, il a beau faire, il ne peut pas s'empêcher d'y penser, de se dire qu'ici on est comme les Allemands, et qu'on ne vaut pas mieux."

" Peut-être que ça n'a aucune importance, tout ça, cette histoire, qu'on ne sait pas que c'est qu'une histoire tant qu'on n'a pas soulevé celles qui sont dessous et qui sont les seules à compter, comme les fantômes, nos fantômes qui s'accumulent et forment les pierres d'une drôle de maison dans laquelle on s'enferme tout seul, chacun sa maison, et quelles fenêtres, combien de fenêtres ? "

Avec ce style qui procède par tâtonnement, qui ne craint pas la répétition, l'entêtement pour poser les idées les unes à côté des autres comme on élève un mur de briques, Mauvignier construit une dramaturgie d'une extrême rigueur. De ce qui est dit, de ce qui est raconté, rien ne peut être retranché, car chaque mot, même martelé a sa nécessité dans ce récit qui procède par juxtaposition. A la fois précise et imprécise comme la mémoire qui est le personnage central de ce récit, l'histoire progresse par accumulation, impressions, souvenirs et réflexions mêlés. Passé et présent se répondent en écho pour finir en fondu enchaîné, remarquable de densité.
Le propos ? Des appelés du contingent ont été arrachés au destin immuable des fils de ferme pour se retrouver dans la poussière et le sang d'une guerre qui n'avait pas dit son nom. Quarante ans plus tard la guerre silencieuse traque les esprits et grignote les mémoires. Ce qui semblait clos, achevé, balayé par le vent de l'Histoire se révèle être une plaie béante, un trou, trou de mémoire, trou à combler avec les errances du présent. Le présent comme une défaite du passé.
Laurent Mauvignier nous laisse ébahis, nous lecteurs, car ses mots dans leur simplicité même, qui s'évertue à fouiller, à creuser dans les replis obscurs de l'âme, sont d'une rare émotion. Ces hommes-là, qu'il nous fait découvrir peu à peu, se dévoilent dans leurs contradictions les plus extrêmes ; ils sont hommes et cette étrange beauté qui vient du texte répond de manière quasi symétrique à l'immense désarroi qui fait leur existence. Toute existence ?


François Busnel lit une sélection de choix de libraire


  • Les présentations des éditeurs : 12/09/2009

Ils ont été appelés en Algérie au moment des «événements», en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies.
Mais parfois il suffit de presque rien, d"une journée d'anniversaire en hiver, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.



  • La revue de presse Valérie Trierweiler - Paris-Match du 24 septembre 2009

Un Mauvignier est désormais synonyme d'événement. Avec ce septième roman, l'écrivain réaffirme la puissance de sa plume...
C'est en cela que Mauvignier est un véritable écrivain. Il habite des personnages autres que lui. Il visite des âmes autres que la sienne. Il explore des sentiments jamais connus par lui. On ne peut que saluer la justesse de ce travail. Ce très grand talent.


  • La revue de presse Patrick Grainville - Le Figaro du 17 septembre 2009

Mauvignier a démarré en littérature sur un roman individualiste, court, brut et sauvage, oui rimbaldien. Il a évolué vers des machines littéraires de plus en plus romanesques et collectives. Des drames sociologiques. Des mélodrames parfois, où la cuillère plantée tient toute seule dans l'épaisse trame de la fresque. Cette fois, en deux rounds contrastés, le voilà de plain-pied avec la puissance de l'universel : le temps, les gâchis de l'amour, l'horreur humaine, l'échec, l'absurde, notre néant hagard.


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, septembre 2009

Comme dans son précédent roman (Dans la foule, évocation du drame du Heysel), Laurent Mauvignier s'intéresse à des individus réunis par l'horreur de l'Histoire. Mais jamais il n'abandonne les singularités de ses personnages au profit d'une thèse, laissant parler son écriture intimiste, qui contraste judicieusement avec l'ambition de son sujet. Si le conflit algérien est au coeur de Des hommes, il est ici aussi question de regrets, de culpabilité, de rachat, d'amour. S'il fallait réduire cette tragédie en quatre actes à un seul terme, ce serait le "silence". Les héros de Mauvignier, ni bons ni mauvais, sont des taiseux; on dissimule les vérités, petites ou grandes; les phrases s'interrompent brutalement, comme s'il appartenait au lecteur de les terminer. Les réponses comptent ici moins que les questions comme celle-ci, récurrente : "Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez vu un Arabe ? " Ou cette autre interrogation : "Où ils sont, les hommes ? " Rarement, ces dernières années, un écrivain français - n'ayant, de surcroît, pas vécu les événements - aura su si bien raconter toutes les angoisses de l'homme en armes, et l'implacable machine à détruire les êtres, bien après le conflit. Mauvignier n'aurait-il pas signé l'équivalent littéraire d'un Voyage au bout de l'enfer ?


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 3 septembre 2009

La guerre sans nom porte bien le sien, puisqu'elle fut la honte et le secret de ceux qui l'ont faite malgré eux. Sa première vérité fut celle de l'humiliation. Ensuite, longtemps, «l'Algérie, on n'en a jamais parlé. Sauf que tous on savait à quoi on pensait lorsqu'on disait nous aussi on est comme les autres, et les animaux valent mieux que nous, parce qu'ils se foutent pas mal du bon côté». Ces mots sont dits après deux cents pages par Février, un personnage du sixième roman de Laurent Mauvignier, Des hommes. Non pas : de l'homme, comme aurait dit La Bruyère. Mais bien, des hommes : chacun d'eux...
L'histoire se décompose et se recompose peu à peu, difficilement, comme dans certains romans de Faulkner. Les événements viennent du dedans. Ils remontent à la surface en état second, déformés par la souffrance de ceux qui les ont vécus : par à-coups, répétitions, interruptions, variations, arbitrairement ou circulairement. Le récit qu'en font les protagonistes les recherche, les ralentit. Les événements sont des soubresauts et des arrêts du coeur. On met du temps à les comprendre, à les avoir vécus. On ne les comprend jamais tout à fait.


  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 3 septembre 2009

Laurent Mauvignier multiplie les images hallucinantes de cette «nuit» algérienne. Verdun est cité, pour l'ampleur du traumatisme. Contre un discours dominant qui veut encore minimiser l'impact de cette guerre, alors que Bernard en est revenu définitivement perturbé. Si le cousin Rabut n'en laisse pour sa part rien paraître, il n'en est pas davantage sorti indemne. Chaque nuit ces ténèbres s'emparent de nouveau de lui, l'empêchant de «commencer à vivre». Laurent Mauvignier dit ici magistralement cette fissure. Ce passé qui ne passe décidément pas.


  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 2 septembre 2009

Au commencement de Des hommes, il y a aussi le verbe, la langue magnifique de Laurent Mauvignier par laquelle naissent la force, l'émotion, l'authenticité de l'histoire saisissante qu'elle véhicule. Une maîtrise impressionnante des mots et de la phrase, chaque signe s'agençant avec fluidité et précision, que les lecteurs de l'écrivain connaissent depuis son premier roman, Loin d'eux. Ceux-là retrouveront ici certains de ses thèmes (la dislocation de la famille, l'incommunicabilité, la dignité des plus humbles) et sa construction narrative à plusieurs voix, monologues intérieurs et dialogues tressant de concert le récit. Au centre de ce choeur, le cri muet d'un homme pour qui d'autres vont parler...
Du vin couleur de sang éclusé de comptoir en comptoir, pour oublier d'autres sangs. L'extrait du Funambule de Jean Genet que Laurent Mauvignier a choisi de placer en exergue de son livre dit ce poids mort de la faute : «Je me demande où réside, où se cache la blessure secrète où tout homme court se réfugier si l'on attente à son orgueil.»...
Ce miroir gravé du double reflet des bourreaux et des victimes, ils ne pourront jamais le briser ni le détourner de leur propre visage, figés dans l'incompréhension, la douleur et la peur de leur propre violence. Une part d'eux-mêmes est restée dans ces villages algériens si semblables au leur, et dont des photographies, prises par Rabut, parlent mieux qu'eux. Laurent Mauvignier, dont le grand-père a connu l'Algérie et lui a montré ses propres photos, a-t-il seulement écrit un livre sur cette guerre et ses traces indélébiles ?


  • La revue de presse Minh Tran Huy - Le Magazine Littéraire, septembre 2009

Laurent Mauvignier sait donner corps à l'absence, au blanc, comme à ce qui se tient tapi dans l'ombre, ce fatum menaçant, pareil à ces rebelles introuvables village après village, et ne laissant d'autre trace que l'image d'un cadavre sauvagement torturé avec cette inscription : «Soldats français, vos familles pensent à vous, retournez chez vous.» Mais il sait tout autant nous plonger au coeur des choses, nous faire partager le quotidien d'une troupe, «le vacarme des appels crachés des haut-parleurs, les ricanements, jérémiades, engueulades, et ces affreux lits superposés où grouillent des punaises, des puces, des morpions aussi [...]», et nous donner à voir une horreur vécue, tout au long de saynètes incarnant très concrètement les inextricables noeuds d'un combat où tous sont à la fois victimes et bourreaux, innocents et coupables, pris dans un engrenage que rien ne peut arrêter, jusqu'à l'acmé que nous ne dévoilerons pas et qui plane sur l'ensemble du roman comme un point d'orgue, un trou noir où est né Feu-de-Bois et où est mort Bernard. L'auteur de Dans la foule aime à suivre chacune des ramifications d'un traumatisme, qu'il soit amoureux ou familial, intime ou collectif. Ses conséquences immédiates, parfois spectaculaires, et puis les autres, qui couvent sous la cendre, pareilles à des braises qu'un simple coup de vent peut transformer en incendie. Auscultant chacune des émotions et des contradictions de ses personnages, Laurent Mauvignier se glisse dans leur coeur et leur esprit en sismologue des âmes blessées, suivant l'onde de choc de ce qui les a meurtries non tant pour leur apporter un impossible apaisement que pour mettre au jour le fil à même de nous guider dans le labyrinthe de leurs pensées, de leurs souffrances, de leurs regrets - en un mot, de leur humanité.


  • La revue de presse Alexandre Fillon - Lire, septembre 2009

Lors d'un repas bien arrosé, les langues se délient et les souvenirs surgissent. Dans ce très grand roman, Laurent Mauvignier évoque la guerre d'Algérie et ses traumatismes...
La langue puissante et juste de Laurent Mauvignier emporte tout sur son passage. L'auteur de Seuls (Minuit, 2004) parvient à décrire les êtres et les lieux, à peindre une province taiseuse avec ses non-dits, ses malaises et sa mémoire impossible à effacer. Au loin, il y a les cendres encore chaudes de la guerre d'Algérie. Cette convocation de vingt-huit mois qui envoya Bernard, Rabut et les autres près d'Oran. Là où ils touchèrent du doigt le bruit et la fureur, la violence et la folie des hommes...
«Je pense n'avoir jamais retravaillé un livre comme je l'ai fait pour celui-ci, conclut Laurent Mauvignier, parce qu'il fallait un rythme, une densité très particulière et forte, il fallait qu'on ne lâche pas le livre dès qu'on l'a en main, et j'ai travaillé dans ce sens.» Mission accomplie.


  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 27 août 2009

Jeunes paysans, ils sont partis en 1960 se battre en Algérie et sont revenus brisés pour toujours. Ils parlent dans ce livre polyphonique et magistral...
«Des hommes», magnifique et bouleversant lamento collectif, n'est pas un roman sur la guerre d'Algérie, c'est un livre où parlent tous ceux qui ne trouveront jamais la paix. C'est un livre sur la guerre qui continue après la guerre. Aussi violente, sanglante, et injuste, elle est désormais intérieure, comme une hémorragie interne dont on ne guérit pas. Même si Laurent Mauvignier raconte, avec une force et une précision incroyables, les derniers combats entre l'armée française et le Flin, le traumatisme qu'il décrit est le même que celui dont ont souffert, à en devenir fous, à en mourir, les rescapés du Chemin des Dames ou les vétérans du Vietnam....
C'est le septième livre de Laurent Mauvignier. Le plus accompli, le plus torrentiel, le plus étourdissant, celui qui les rassemble tous...
Sa prose, étonnante, organique et polyphonique, mêle les récits de tous ces anonymes pour n'en faire qu'un.


  • La revue de presse Robert Solé - Le Monde du 28 août 2009

Laurent Mauvignier n'a pas son pareil pour faire danser les fantômes, traquer la souffrance des uns qui se confond avec celle des autres...
Laurent Mauvignier ne fait pas le procès de la guerre d'Algérie, où même les bourreaux apparaissent comme des victimes. Seule l'occupe la douleur - une douleur indicible, enfouie dans les marécages de la mémoire, mais qui finit par remonter à la surface. "Tous ces mariages, ces naissances, ces communions et ces gueuletons avec les anciens d'Afrique du Nord, les méchouis, la nostalgie de quelque chose perdu (...). C'est bon aussi de savoir qu'on n'est pas tout seul à être allé là-bas, et, de temps en temps, pouvoir rire avec d'autres, quand la nuit c'est seul qu'il faut avoir les mains moites et affronter les fantômes."


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 26 août 2009

Avec ce récit nerveux et ravageur sur fond de guerre d'Algérie, Laurent Mauvignier continue d'explorer les silences, les non-dits. Poignant. Voilà trois ans, Laurent Mau­vignier signait Dans la foule, un roman en forme de ola déchaînée, une oeuvre sismique sur la tragédie du Heysel, qui frappait par son style déferlant, ses phrases longues et noueuses, son art de l'apnée vorace. Il revient aujourd'hui avec la même endurance à l'estomac, pour explorer une zone trouble, quasi opaque, de l'histoire de France : la guerre d'Algérie, ce «séjour au club bled» que les appelés français ne purent jamais raconter aux leurs, parce que «oui, bon, c'est pas Verdun», alors il ne reste qu'à «continuer, reprendre, il faut avancer, ne pas remuer», et se relever la nuit avec une ques­tion lancinante : «Qu'est-ce qui m'a échappé ? Qu'est-ce que je n'ai pas compris ? Il faut bien que quelque chose soit passé tout près de moi, que j'ai vu, vécu, je ne sais pas, et que je n'ai pas compris.»


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