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Auteur : Charles Zorgbibe
Date de saisie : 18/09/2009
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-87706-690-7
GENCOD : 9782877066907
Sorti le : 09/09/2009
«Son regard bleu et bienveillant tromperait Dieu lui-même.» Le mot est de Stendhal.
Metternich, le reconstructeur de l'ordre européen après les guerre napoléoniennes, fut un séducteur. Séducteur et Européen jusque dans ses amours : trois épouses autrichiennes, trois maîtresses russes, trois maîtresses françaises. Avec l'avantage d'une bonne conscience absolue : «Je n'ai jamais été infidèle. La femme que j'aime est, chaque fois, la seule au monde.»
Une séduction brouillée par une fatuité presque naïve : le chancelier est convaincu de détenir la vérité. Il se décrit en Messie à travers l'Europe, sollicité par les différents monarques qui recherchent ses conseils et l'érigent en arbitre du monde.
Pour ses contemporains, la cause est entendue : il est un menteur. Le secrétaire au Foreign Office, Canning, l'affirme : «C'est le plus grand menteur de l'Europe, et peut-être du monde civilisé.» Napoléon le confirme : «C'est le plus grand menteur du siècle.» Talleyrand n'est pas tendre pour son jumeau en diplomatie : Metternich «ment toujours mais ne trompe personne», au contraire de Mazarin «qui trompait, mais ne mentait pas».
Metternich faisait confiance à la postérité : «Elle me jugera... tout autrement que tous ceux qui ont affaire avec moi aujourd'hui.» Quel regard porter sur Metternich, près de deux siècles après ce Congrès de Vienne qui fit danser toute l'Europe ?
Charles Zorgbibe, professeur de droit public à la Sorbonne, dissèque et analyse les trois rôles que Metternich a assumés : le vainqueur de Napoléon, le praticien de la diplomatie, le fondateur d'un nouvel ordre international.
Dans ses dernières années, Metternich se considérait comme «un vieux médecin dans le grand hôpital du monde». Sa principale médication ? L'art de gouverner ne consiste pas à châtier mais à intégrer. Une médication à succès, puisqu'elle assurera un siècle de paix à l'Europe...
UNE PRINCIPAUTÉ SUR LE RHIN
Le futur chancelier d'Autriche, l'homme qui, pour des générations d'Européens, incarnera l'Autriche, est un Autrichien de l'extérieur : il naît en Rhénanie, étudie à Strasbourg et à Mayence, vit à Bruxelles. Il ne foule pour la première fois un sol relevant directement de la couronne d'Autriche qu'à l'âge de treize ans, lorsque son père l'emmène visiter son domaine de Königswart, dans la forêt de Bohême. Il ne s'établit à Vienne et ne découvre réellement le coeur battant de l'Autriche qu'à l'âge de vingt-deux ans. L'éloignement géographique renforcerait-il le sentiment national - ou d'appartenance à un Empire multinational, dans le cas de l'Autriche ? Certains l'ont pensé : Gobineau, dans ses Pléiades, met en scène un jeune Anglais d'Egypte qui surévalue sa lointaine patrie à travers le prisme déformant de la distance.
Metternich semble naître à contretemps de son époque, dans ces années du XVIIIe siècle qui précèdent la Révolution et dont Talleyrand disait que ceux qui ne les ont pas vécues n'ont pas connu la douceur de vivre. Et au sein de cette noblesse de Rhénanie qui va être rapidement menacée, dans ses titres, ses possessions, son pouvoir, par les armées de la Révolution et de l'Empire napoléonien. De fait, Metternich sera passionnément attaché aux valeurs de l'Ancien Régime européen, celles de son milieu, de son éducation, de ses penchants personnels ; il sera l'adversaire irréductible de la Révolution. «Les Jacobins m'ont inspiré une répulsion que l'âge et l'expérience n'ont fait qu'augmenter», confesse-t-il dans ses Mémoires, et cette répulsion, qu'il étendra à toutes les révolutions européennes, deviendra effectivement caricaturale avec l'âge - après qu'il aura ménagé la France, en 1815, au nom de l'équilibre européen.
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