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Auteur : Nadeem Aslam
Traducteur : Claude Demanuelli
Date de saisie : 10/12/2009
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-02-096480-7
GENCOD : 9782020964807
Sorti le : 20/08/2009
«Il ne serait guère surprenant qu'un jour les arbres et les vignes d'Afghanistan cessent de pousser, de peur que leurs racines en continuant de croître entrent en contact avec une mine enfouie à proximité.»
Afghanistan, 2005. Près de la frontière pakistanaise.
Marcus Caldwell, docteur anglais installé là depuis 40 ans, croise Lara Petrovna, une jeune femme russe à la recherche de son frère, Benedikt, disparu pendant l'invasion communiste, David Town, un ex-agent de la CIA et enfin Casa, jeune orphelin afghan au service du djihad.
L'Amérique, l'Europe et l'Asie, dans un pays ravagé, déchiré par la guerre.
Nadeem Aslam allie brillamment puissance et lyrisme dans ce roman saisissant. Il tisse à merveille les liens qui unissent ses personnages, évoluant dans un chaos ambiant qu'il sait tempérer par leur simple présence. Un évènement littéraire.
Afghanistan, 2005, à l'ombre des monts de Tora Bora.
Dans une maison aux murs ornés de fresques, aux plafonds recouverts de livres cloués, avec sa fabrique où l'on distillait autrefois des parfums, le vieux médecin anglais Marcus Caldwell pleure sa femme Qatrina et sa fille Zameen disparues, et désespère de retrouver son petit-fils Bihzad. Vers ce lieu, où l'amour régnait sous toutes ses formes, où les sens sont tous sollicités, convergent des êtres esseulés.
La Russe Lara à la recherche de son frère, soldat de l'armée soviétique; l'Américain David, ancien agent de la CIA, sur les pas de Zameen et de son fils; Casa, jeune orphelin endoctriné par les talibans. Dans ce roman qui jette une lumière crue sur une région brutalisée, à travers les trajectoires de personnages aux destins liés qui apprennent à s'aimer et à faire revivre les êtres aimés, tout s'emboîte de façon inéluctable.
A peine s'est-on réfugié dans la maison de Marcus que la sauvagerie du monde extérieur nous agresse. Nadeem Aslam met dans la balance la fragilité des liens humains, de la raison, de l'art, face à la domination de l'ignorance et de la cruauté étayées par une doctrine suffocante. La langue est chargée de parfums et de couleurs, la narration alterne sans répit entre passé et présent. Ce livre poignant et à niveau d'homme restera en mémoire par sa maîtrise impressionnante et l'émotion qu'il génère.
On le referme le c ?ur battant.
Nadeem Aslam est est né en 1966 au Pakistan.
Sa famille se réfugie dans le nord de l'Angleterre lorsqu'il a 14 ans. L'auteur confirme ici le talent déjà remarqué dans son premier roman traduit en français, La Cité des amants perdus. Claude Demanuelli, agrégée d'anglais, traduit depuis une vingtaine d'années les ouvrages, entre autres, de John Lanchester, Susan Minot, Zadie Smith, Muriel Spark, Rose Tremain, John Updike, Virginia Woolf, ainsi que nombre d'auteurs anglophones du sous-continent indien, parmi lesquels Arundhati Roy, Hari Kunzru, Shashi Tharoor, Nadeem Aslam et Kiran Desai.
La Vaine Attente mêle les époques, révèle toute l'absurdité du conflit actuel, au cours duquel les États-Unis combattent, aujourd'hui, ceux qu'hier ils armaient. Nadeem Aslam procède par de fréquents retours en arrière, traite l'histoire de manière oblique, à partir de portraits humains fouillés, chaque camp ayant sa rhétorique, et remonte, au fil des généalogies, jusqu'à l'Afghanistan préislamique. Cette fresque riche d'informations et de fables toujours à hauteur d'homme, dans laquelle la nature exceptionnelle du territoire n'est jamais oubliée, restitue fidèlement la complexité d'enjeux terribles, tout en soulignant le paradoxe qui existe entre un passé supposé enchanté et un présent de cauchemar. En guise d'exemple de l'écriture imagée, pratiquée par l'auteur, on peut citer le petit conte suivant : «Les hommes s'étant plaints à Allah de ce que l'éclat de la lune était trop fort, l'archange Jibraeel fut chargé de voiler de ses ailes l'éclat de l'astre. Les traces grises sur le disque d'un blanc rayonnant sont les marques laissées par les plumes de l'archange.»
Nadeem Aslam remonte l'histoire tragique d'un Afghanistan meurtri par les invasions successives, déroulant un hommage poétique à la richesse de la culture perse. Les noces de l'Orient et de l'Occident seront-elles un jour possibles ? Voilà la question que semble poser le Britannique d'origine pakistanaise Nadeem Aslam en filigrane de ce magnifique deuxième roman traduit en français. En 2004, publiant La Cité des amants perdus (qui forçait déjà tout autant l'admiration, histoire à ramifications d'une famille de musulmans traditionalistes au sein d'une communauté pakistanaise du nord de l'Angleterre), le jeune écrivain semblait interroger de même, la délicatesse de son ton tranchant avec la violence prête à jaillir de derrière les murs des maisons. Avec une intrigue tout aussi aboutie et un art narratif très maîtrisé, mêlant poésie et action, beauté et effroi, parfums et images, Nadeem Aslam conjugue à nouveau les notions complexes d'histoire, de politique, de culture et de religion, dans un Afghanistan ravagé par les occupations successives, celles des Soviétiques, des Talibans, et des Américains. «Le monde entier semblait être venu combattre dans ce pays, y avait multiplié les erreurs, et il ne savait plus à qui en faire porter la responsabilité.»
Au contact de David, qui le prend sous son aile (peut-être voit-il en lui son fils perdu ?), et aussi de Marcus et de Lara, le garçon, las d'un chemin de vie sans fin, sans identité, se trouble et vacille. Comme du reste chacun des personnages, pris dans les incertitudes de l'attente, dans ce temps figé et incertain où s'immiscent les fantômes du passé et avec eux les doutes, les mensonges et la culpabilité. C'est là précisément, dans ce vacillement du temps - entre les splendeurs passées et les ténèbres présentes, entre la saveur des légendes et des contes de cette contrée et les visions de carnages et d'apocalypse - mais aussi dans l'ébranlement des consciences, que réside toute la force de ce roman. Et surtout le talent de Nadeem Aslam pour déployer une fresque intimiste, riche, complexe, terriblement humaine. Et laisser entrevoir, dans le tremblé d'une attente, un espoir fragile, ténu.
Tous ces personnages n'en finissent pas de se croiser. Ils dessinent de l'Afghanistan une fresque ample où l'on devine l'histoire ancienne de ce pays qui vit passer Alexandre (dont le nom apparaît encore dans celui de la ville de Kandahar) et Bouddha. Depuis trente ans, peut-on imaginer l'Afghanistan heureux ? Nadeem Aslam n'a pas choisi la linéarité pour mener son histoire. Il se joue de la chronologie. URSS, talibans, Américains, pour les Afghans c'est le même malheur puisque c'est toujours la guerre, le chaos, les morts. D'une plume magistrale et poétique, il entrecroise les époques qui virent s'épanouir le cynisme des hommes et le chagrin des femmes.
Avec ses vergers légendaires et ses forêts de mûriers où se pavanait le fantôme d'Alexandre le Grand, l'Afghanistan fut jadis l'éden de l'Orient. Il n'est plus aujourd'hui qu'un gigantesque charnier. D'un côté, des images exquises, comme des rêves échappés d'une miniature persane. De l'autre, des visions d'apocalypse, sur les décombres d'une des guerres les plus dévastatrices de notre époque. Entre les deux, entre l'enchantement du passé et la sauvagerie du présent, un écrivain : Nadeem Aslam, et un roman : La Vaine Attente...
Construit avec des légendes qui avaient la saveur des Mille et Une Nuits, l'Afghanistan est désormais l'empire du chaos. A cette débâcle le romancier oppose les vers de Marina Tsvetaïeva, le message fraternel de saint Paul, les gestes ancestraux des vieux calligraphes, le langage secret des parfums de santal, la douceur d'une étoffe «tissée dans la brise», et cette goutte d'eau immaculée qui scintille sur une feuille de capucine comme si la lumière pouvait encore avoir raison des ténèbres... Confrontant la beauté à la barbarie et les victimes à leurs bourreaux, La Vaine Attente est un roman implacable, désespérément lucide : un voyage au bout de la nuit, cette nuit qui n'en finit pas d'étendre son funeste linceul sur une terre brûlée.
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