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_ BW

Couverture du livre BW

Auteur : Lydie Salvayre

Date de saisie : 18/09/2009

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction & Cie

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-02-099711-9

GENCOD : 9782020997119

Sorti le : 20/08/2009

A la question du fameux questionnaire de Proust «Quel serait votre plus grand malheur ?» un ami écrivain répondait : perdre la vue. C'est ce qui arrive à B.W. fondateur des Editions Verticales, compagnon de Lydie Salvayre. Dans ce livre à double respiration, l'auteur, non sans humour et avec beaucoup de tendresse, met en mots la vie secrète de son homme, doué d'une énergie féroce, la littérature entre les dents. On le suit en voyage, on le découvre grimpeur (toujours la verticalité), on le retrouve dans de lointaines contrées, en limite de l'extrême (il fait tout avec un trop devant) dans la même exaltation sans compromis qu'il a pour la Littérature, on le perd, hélas, du monde de l'édition qu'il préfère déserter «par fidélité aux principes, à l'idéal, à la grandeur, oui la grandeur, de sa vision du métier d'éditeur». Le portrait sans fioriture d'un homme curieux de tout, intranquille, parfois agaçant mais rare, si rare.


BW craint de perdre la vue. Poussé par une impérieuse nécessité il raconte à Lydie Salvayre ce qu'il a gardé secret durant leurs années de vie commune.
J'avoue que j'abordais ce livre avec une certaine appréhension : le panégyrique d'un éditeur, compagnon de l'auteur ? Bof ! Mais dès la, première page j'ai été happé, embarqué dans cette traversée de la vie de BW.
La forme est originale : c'est BW qui parle, de temps en temps interrompu par l'auteur qui, la nuit, met en forme, compose. La vie de BW est riche. Il ne reste pas en place : "J'ai toujours eu le feu au cul et à l'âme». Il n'a aucun sens de la mesure : "S'il boit, c'est trop. S'il rompt, c'est à jamais. S'il souffre, c'est à mort. S'il aime, c'est corps et âme". Fugues, frasques, voyages, soif de liberté. Mais sa véritable passion c'est la littérature. Il hait la tiédeur, surtout la tiédeur littéraire et enrage de constater que "les grosses structures littéraires sacrifient la qualité (qui est l'avenir de la littérature et sa raison d'être) sur l'autel de la finance (qui est sa raison de crever)". Devant ces moeurs éditoriales qu'il abhorre il décidera de quitter l'édition par "fidélité à l'édition". Mais il lui reste la lecture, le "plaisir pur, inentamée de la lecture". Plaisir qui se retrouve tout au long de ce beau livre, écrit à vif, où des pages superbes sur l'Inde et le Liban, entre autres, côtoient une permanente déclaration d'amour à la littérature.


Peut-on être le scribe de la personne dont on partage la vie ? Lydie Salvayre s'essaye à ce jeu dangereux, et c'est plutôt réussi.
Bien fou serait celui qui chercherait dans cette mise en abyme - ce que Lydie Salvayre nous dit de ce que BW lui a dit - une autre vérité que littéraire : c'est d'un personnage de roman qu'il s'agit et peu importe peut-être qu'il existe vraiment. Et pourtant il est là avec ses passions, ses colères, ses cauchemars, il fait désormais partie des figures qui nous habitent.
On glosera ailleurs certainement sur ses démêlés avec le monde de l'édition, ses voyages himalayens, ses amours : la machine médiatique a besoin de ces clés pour se donner l'illusion de comprendre. Ce qui nous importe plus que tout ça, c'est l'exploit discret de Lydie Salvayre : nous faire, avec beaucoup de sourires et ce qu'il faut de belle gravité, partager son attachement pour cet homme - finalement bien loin de n'être que de papier...


  • Les présentations des éditeurs : 13/09/2009

Le 15 mai 2008, celui que dans le livre j'appelle BW perd brutalement l'usage de ses yeux.
Dans l'urgence de parler pour tenir tête au désarroi, BW me livre alors tout ce qu'il a gardé secret durant nos années de vie commune : ses fugues, ses frasques, ses trekkings dans l'Himalaya, sa fulgurante carrière de coureur à pied, les souvenirs obsédants d'un Liban déchiré par la guerre, autant d'expériences, autant de détours qui l'ont conduit, il y a trente ans, à travailler dans l'édition.
Car BW est éditeur, et la littérature, sa vie.
Avec une ironie désenchantée, il me parle, le jour, de ses quinze existences passées, de son métier déraisonnablement aimé et de sa décision, mûrie dans le noir, de tirer sa révérence devant des moeurs éditoriales qui lui sont peu à peu devenues étrangères.
Je compose, la nuit, le texte dont il est le centre, avec le sentiment que son geste de quitter ce que d'autres s'acharnent à rejoindre revêt aujourd'hui un sens qu'il faut, à tout prix, soutenir.
Tous deux nous nous sentons poussés comme jamais par une nécessité impérieuse. Pour lui, celle de dire ou de sombrer. Pour moi, celle d'écrire ces mots-là, et aucun autre.
Ce livre, écrit à vif, est le roman de cette traversée.



  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 17 septembre 2009

Excessif, généreux, c'est un guerrier tyrannique et tendre capable de tout pour ce qu'il aime plus que tout, la littérature. Il quittera l'édition «avant qu'elle ne le quitte», car partir est ce que, de toujours, il fait le mieux. On dit parfois sans y penser de quelqu'un qu'il est «trop». Une phrase faite sur mesure pour BW, ce livre nous l'apprendra.


  • La revue de presse Jean-Claude Raspiengeas - La Croix du 9 septembre 2009

Craignant de devenir aveugle, Bernard Wallet, le fondateur des éditions Verticales, raconte à sa compagne tout ce qu'il a gardé secret jusque-là...
Lydie Salvayre truffe cette confession sans concession de jugements enjoués, de circonstances atténuantes, d'une douceur attendrie, capable de décrire le pire et le meilleur de ce personnage insaisissable qui emplit sa propre vie d'une énergie de damné. «Il a des chagrins lents et des joies foudroyantes», écrit-elle joliment, dans une formule qui laisse deviner les fureurs et les retraits de cet homme entier, pour qui la sérénité demeure une chimère...
BW, ce livre insolite, commandé par son propre personnage, est aussi un magnifique geste d'amour. Lydie Salvayre a inventé une forme littéraire qui épouse le désir de son personnage : rendre justice de sa singularité irréductible, de son caractère d'irrégulier, de la tendresse de sa radicalité et dévoiler, à la pointe fine, les repentirs du tableau, sans altérer la puissance de l'ensemble.


  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 3 septembre 2009

BW» est l'autoportrait d'un irréductible orgueilleux, d'un homme en colère menacé par l'aigreur, d'un écorché vif, d'un Mohican qui a connu la prison, regretté les harems, gravi l'Himalaya, envié la rumination des vaches, braqué une armurerie, dévalisé un ossuaire, cherché les pays «où vivre valait la peine de braver la mort», vomi les «gendelettres», travaillé à se perdre et n'a aimé, de Sade à Debord, que les livres où il se brûlait. Les autres, il les exècre : «J'appelle désastre ce phénomène qui organise nationalement ou mondialement le plébiscite d'un livre en s'appuyant sur sa médiocrité.» S'oubliant pour mieux soustraire son compagnon au silence et à l'obscurité, renouant avec les vertus que la médecine lui a enseignées, trouvant le ton juste entre l'écrit et le parlé, Lydie Salvayre réussit à nous faire oublier le regret que l'on a de ne pas lire, sur le mode lapidaire de «Paysage avec palmiers», la confession de Bernard Wallet au seuil de laquelle il eût sans doute placé, empruntée à Borges, cette devise: «Réussir à chuter vers le haut.»


  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express du 3 septembre 2009

Amoureuse, sans perdre son sens acéré de l'ironie, Lydie Salvayre a trouvé le ton pour raconter BW l'excessif. Les incursions dans le passé de ce fils de famille modeste de Clermont-Ferrand alternent avec les bulletins de santé de l'année 2008, le récit des pérégrinations en Asie centrale du rebelle d'hier interrompt la fureur de l'éditeur d'aujourd'hui, et les désirs de fuite succèdent aux... désirs de fuite...
«C'est pas mon genre de réussir», écrit Céline. Une assertion que BW reprend à son compte. Lydie Salvayre, elle, a bel et bien réussi ce beau portrait d'homme en colère.


  • La revue de presse Philippe Delaroche - Lire, septembre 2009

Lydie Salvayre raconte sans complaisance la maladie de BW, son compagnon...
En s'offrant à recueillir et à stimuler sa confession avec une tendresse et une ironie rivales des siennes, Lydie Salvayre ne raconte pas que mille et une péripéties, elle montre de quel absolu se chauffe ce BW. Hautain ou prophète, celui qui redoute «que l'édition ne survive aux livres»... Humain ou mystique, celui qui se demande s'il n'a pas toujours travaillé à effacer une lointaine imposture irréfléchie. Franchira-t-il en tête la ligne d'arrivée ? Il lève le pied pour s'effacer devant le poursuivant: «Gagner m'a paru trop facile.» Sous l'orgueil, il est possible que transpire une action de grâce inavouée, de celles qui faisaient dire à Catherine de Gênes: «Je ne voudrais pas que jamais on m'attribuât un seul acte méritoire...»


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