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Auteur : Yves Navarre
Préface : Sylvie Lannegrand
Date de saisie : 04/06/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : H & O, Béziers, France
Collection : H & O poche, n° 20
Prix : 6.90 € / 45.26 F
ISBN : 978-2-84547-191-7
GENCOD : 9782845471917
Sorti le : 06/12/2009
«Ce n'est pas ici l'histoire d'une mort mais celle de notre vie, une histoire comme toutes les autres histoires, jamais la même, toujours la même, histoire d'amour et de son cours, flux et flonflons. Il y avait du régal dans mon regard et dans le sien, également, à égalité, quand agrippé à la rampe il a difficilement emprunté l'escalier. Autrefois il aurait dit, en arrivant en bas, comme une meneuse de revue couverte de strass, «l'ai-je bien descendu ?» Là, il vient de plonger dans mes bras, était-ce un cri ou un rire, que voulait-il dire ?, un mot s'était bloqué dans sa gorge. Il a répété, «ça va, laisse-moi». Petit à petit il s'est détaché de moi, assurant chacun de ses pas, levant douloureusement les bras pour l'équilibre du funambule. La musique le tenait debout.»
S'il est ici question de perte, de maladie et de mort, Ce sont amis que vent emporte ne peut être réduit à cette seule dimension, tant la force de l'amour et le pouvoir de l'art y occupent aussi une place de choix. Ce clair-obscur inattendu dans un texte consacré à la mort fait de ce roman l'un des plus beaux et certainement l'un des plus émouvants qu'Yves Navarre ait écrits.
Yves Navarre est né à Condom, dans le Gers, en 1940. Il est mort à Paris le 24 janvier 1994. On lui doit de nombreux romans et pièces de théâtre, dont Le petit galopin de nos corps, Le jardin d'acclimatation (Prix Goncourt 1980) ou Kurwenal ou la part des êtres, tous trois récemment réédités par H&O.
Premier jour
Il dort, les yeux ouverts, le regard rivé au plafond, je l'aime comme au premier instant. Nous vivons ensemble depuis vingt ans. Il s'appelle David, il est danseur. Je m'appelle Roch, je suis sculpteur. L'hiver fut rude. Il n'y a pas eu de printemps. L'été est tombé sur Montréal brutalement. David, le premier jour de grande chaleur, était-ce l'odeur des bourgeons ?, a décidé de ne plus suivre son traitement de D.D.I., irréversible atteinte aux membres inférieurs, «je veux m'en aller en douceur, fais-moi rêver s'il te plaît». Chaque jour je change les draps. Nous dormons côte à côte, main dans la main nous sommes en chemin et, quand ses doigts s'abandonnent dans les miens, je sais qu'en rêve il rejoint des souvenirs d'enfance qui seront à tout jamais le secret de ce qui s'est passé avant notre rencontre. Chaque matin je le porte dans son bain. Le plus difficile est de l'allonger dans l'eau sans faire déborder la baignoire. Je sais désormais le niveau exact pour ne pas faire trop clapoter et la température qu'il supporte. Je m'agenouille, et avec une éponge je frotte son corps tout du long, ses pieds qui le portèrent un temps, jetés battus, sauts de l'ange genoux repliés, mon bondissant, mon météore, je tords l'éponge au-dessus de sa tête, son visage dégouline, il sourit et souffle «encore», ou bien «merci».
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