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Auteur : Martin Winckler
Date de saisie : 26/05/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Fiction
Prix : 22.80 € / 149.56 F
ISBN : 978-2-84682-267-1
GENCOD : 9782846822671
Sorti le : 10/09/2009
Prévoyez du temps pour lire ce livre car, quand vous l'aurez commencé, vous ne pourrez plus le lâcher !
C'est bien un choeur de femmes que l'on entend, ces femmes qui défilent mais aussi qui travaillent au sein d'un service gynécologique d'un hôpital. Une voix domine, celle de Jean Atwood, interne.
Martin Winckler est aussi militant : il prône une médecine gynécologique respectueuse des femmes. Vous ne regarderez plus de la même façon votre gynécologue...
«Je m'appelle Jean Atwood, je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. J'ai choisi la chirurgie gynécologique. Je vise le poste de chef de clinique au CHU de Brennes, dans le meilleur service de France, mais pour de foutues raisons administratives, voilà qu'on m'envoie perdre mon temps à l'hôpital général de Tourmens-Nord, dans un département de " Médecine de La Femme " vétuste, démuni de tout ou presque, et dirigé par un médecin aussi pouilleux que les murs. Et ce type - qui n'est même pas gynéco, mais généraliste, vous vous rendez compte ? - s'imagine que je vais passer six mois à son service ! Pour qui est-ce qu'il me prend ? Je suis un chirurgien hors pair, je mérite mieux que de perdre mon temps avec de foutues bonnes femmes qui viennent lui montrer leur cul et lui raconter leur vie. Qu'est-ce qu'il croit, ce tocard ? Qu'il va m'apprendre mon métier» ?
Jean Atwood, interne des hôpitaux et quatre fois major de promotion, vise un poste de chef de clinique en chirurgie gynécologique. Mais au lieu de lui attribuer le poste convoité, on l'envoie passer son dernier semestre d'internat dans un service de médecine consacré à la médecine des femmes - avortement, contraception, violences conjugales, maternité des adolescentes, accompagnement des cancers gynécologiques en phase terminale.
Le Docteur Atwood veut faire de la chirurgie, et non passer son temps à écouter des femmes parler d'elles-mêmes à longueur de journée. Ni servir un chef de service à la personnalité controversée. Car le mystérieux Docteur Karma - surnommé " Barbe-Bleue " - séduit sans vergogne, paraît-il, patientes et infirmières et maltraite sans pitié, dit-on, les internes placés sous ses ordres. Pour Jean Atwood, interne à la forte personnalité et qui brûle d'exercer son métier dans un environnement prestigieux, le conflit ouvert avec ce chef de service autoritaire semble inévitable.
Mais la réalité n'est jamais ce que l'on anticipe, et la rencontre entre les deux médecins ne va pas se dérouler comme l'interne l'imagine.
Le Choeur des femmes est un roman de formation : il raconte l'histoire d'un jeune médecin déjà modelé par la faculté et par sa spécialité d'élection et qui doit brusquement réviser ses préjugés devant une réalité qui lui avait échappé jusqu'ici : ce ne sont pas ses maîtres qui lui apprendront son métier, mais les patientes.
C'est un roman documentaire qui décrit la médecine des femmes, ses gestes, ses particularités, ses écueils, ses interrogations éthiques, comme aucun roman, ne l'a fait à ce jour, du moins en langue française.
C'est un roman choral (comme son nom l'indique) dont la structure s'inspire de celle de la comédie musicale : au fil de son itinéraire (un récitatif à la première personne) dans ce microcosme qu'est l'unité 77, le Docteur Atwood croise des femmes qui racontent (et parfois, chantent) leur vie, leurs amours et leur mort, en solo ou dans un ensemble assourdissant.
C'est aussi un roman d'énigme : comme toutes les patientes qu'ils sont amenés à soigner, Jean Atwood et Franz Karma ont chacun un secret qui les anime, les oppose et, étrangement, les rapproche - le secret originel de leur identité en tant que soignant et en tant qu'être humain.
A travers son expérience de praticien et les nombreux échanges avec les internautes qui visitent son site Internet, Martin Winckler a glané une foule d'histoires et de détails sur ce qui se dit ou ne se dit pas dans le huis clos de la consultation. La plupart de ces situations témoignent éloquemment du vécu, des attentes et du poids qui pèsent sur les femmes, de génération en génération. Ils disent aussi l'inaptitude de la plupart des médecins à y répondre. Prolongeant cette riche matière humaine, Martin Winckler défend une autre médecine où le respect de l'individu est une vertu cardinale. "On ne peut pas soigner les hommes et les femmes en partant du principe qu'ils mentent !", s'emporte le docteur Karma. On ne peut que souscrire à son combat.
Depuis la Maladie de Sachs, la grande réussite de Winckler, de ce point de vue, n'est pas d'avoir raconté la médecine en littérature (le thème est vieux) mais d'avoir révélé le romanesque de la parole souffrante. Comme le dit le héros du Choeur des femmes,«on ne peut pas soigner les hommes et les femmes en partant du principe qu'ils mentent». Le corps n'est pas un fait, mais une histoire, et si le patient ne ment pas, en revanche il fictionne, comme le médecin, ce qu'on peut rappeler à l'un et à l'autre...
Choeur des femmes est une mine de renseignement sur le corps féminin, la contraception et, plus encore, sur l'écoute des patients. Il milite aussi contre la «normalisation chirurgicale» des bébés intersexués, c'est-à-dire «dont les organes génitaux ne sont pas "conformes" aux canons médicaux».
C'est un livre écrit à mille mains, fruit de centaines de rencontres, de témoignages, de conversations, vibrant de mille peurs et autant d'espoirs. Un livre où résonnent des dizaines et des dizaines de voix, de femmes pour la plupart, presque toujours inquiètes, souvent désespérées...
Mais Le Choeur des femmes est d'abord un formidable roman qui assume avec panache son choix du feuilleton - la fin totalement rocambolesque est tout de même un peu difficile à avaler, sauf à être lue au second degré. On dévore les pages, les innombrables histoires qui la composent, les mille et un rebondissements qui en rendent la lecture addictive. On en savoure surtout la langue et les dialogues, le travail sur l'oralité, la justesse du ton et des voix, la singulière vitalité d'une prose qui parle, pleure, chante, s'enflamme, crie et passe sans crier gare par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Composé façon comédie musicale, avec solos, duos, polyphonies et même quelques textes de chansons, ce Choeur des femmes en a incontestablement le charme et l'allant.
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