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Auteur : Philip Roth
Traducteur : Marie-Claire Pasquier
Date de saisie : 31/10/2009
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Du monde entier
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-012016-1
GENCOD : 9782070120161
Sorti le : 01/10/2009
Un écrivain, Nathan Zuckerman, plus tout jeune, plus tellement en bonne santé, plus tellement viril...
Une mémoire quelque peu défaillante.
Un retour à new-York après onze années d'exil : bouleversement, fracas. Le monde n'est plus tel qu'il l'a laissé.
Dans sa retraite solitaire à la campagne, il avait oublié qu'il était un être de chair. A New-York, face à cette jeune femme de trente ans, il constate que sa chair est flétrie mais la vigueur du désir toujours intacte.
Partir ou rester ?
Rester dans cette ville, c'est faire partie à nouveau du monde mais c'est aussi pour Nathan Zuckerman la confrontation avec tout ce qu'il a été et qu'il n'est plus.
L'écriture reste son seul refuge pour se donner l'illusion qu'il est toujours désirable.
Un texte physique et sensible sur la difficulté à accepter la déflagration du corps, quand le coeur si longtemps mis en veilleuse est aux aguets pour partir vers de nouvelles aventures.
Nathan Zuckerman est de retour ! ! ! Pour notre plus grande joie. Il s'est retiré onze ans à la campagne, a eu un cancer de la prostate qui l'a laissé impuissant et incontinent. Pour subir une intervention il se rend à New-York où il croise Amy Belette, la dernière maîtresse, la muse de Lonoff, son mentor. Il décide alors de revenir dans le monde des "vivants" et d'échanger avec un jeune couple d'auteurs, sa maison de campagne contre un appartement à New-York. Un coup de foudre pour la jeune femme de ce couple, Jamie, ne fera que le renvoyer à sa déchéance. Tous les thèmes chers à Roth sont à nouveau réunis dans ce roman : la maladie, les juifs, l'écriture, les auteurs et un certain regard sur le monde actuel qui ne manque pas de piquant. Un vrai délice !
Après onze ans de réclusion volontaire dans la campagne du Massachusetts, Zuckerman remet les pieds à New York, pour une intervention bénigne mais qui le renvoie à sa déchéance physique.
Dans la ville accablée par la réélection inattendue de George W. Bush, trois rencontres vont bouleverser ses plans : Amy Bellette, vieillie et presque mourante, elle qui, dans l'éclat de sa jeunesse, fut la muse de E. I. Lonoff, son mentor ; Richard Kliman, jeune arriviste insupportable qui le harcèle parce qu'il veut révéler les secrets de Lonoff ; et puis, surtout, un jeune couple d'écrivains avec qui il envisage un échange de maisons.
Et voilà Zuckerman, qui se croyait immunisé, en proie à un dernier coup de foudre. Pour Jamie, la très charmante jeune femme du couple. Va-t-il passer à l'acte ? Ou se servir de ce dernier amour pour écrire encore - traduire dans une fiction les fantasmes qu'il lui inspire ?
«Exit le fantôme» est le roman cosmique d'un écrivain célèbre de 71 ans se nommant Nathan Zuckerman (chroniqueur dans «Pastorale américaine» et «La tache»)...
«Exit le fantôme» est le livre-testament que Philip Roth envoie au monde pour l'alerter de ce qui broie et nous éloigne de là où nous étions le plus nobles. Pour cela, il manie humour et désenchantement, il convoque sa famille américaine en littérature : Mailer, Hemingway, Faulkner, mais aussi Tchekhov, Strindberg, Conrad... Il défend bec et ongles des prédations éditoriales l'honneur de son ancien mentor auquel un jeune arriviste veut consacrer une biographie navrante. Jouant de l'écriture, Roth introduit en littérature la narration «idéalisée» : ce qu'il aurait aimé qu'il advienne plutôt que la narration «vraie» de ce qui fut vécu.
Voici, pour la fin du monde, le livre le plus noir des dix dernières années. Un monument de cendres post-11 Septembre, fait de vieillesse et de peur de la mort, mais dont le sujet n'est pas seulement l'incontinence ou l'impuissance de Nathan Zuckerman, le narrateur. C'est une cathédrale détruite, dont le choeur est l'humiliation...
À la mystique communion des saints, eux-mêmes docteurs en humiliations, correspond, sur la terre ferme du présent le plus actuel, du présent incessamment actualisé, et comme en négatif, une communion des hommes par la déchéance. L'incapacité de s'élever devient l'ennemi ultime - et comme l'explique Roth dans le beau film que lui consacre François Busnel, on est contraint à se situer, dès lors, hors du monde. C'est une ascèse que de se battre contre le désespoir. C'en est une, aussi, que de le décrire aussi magistralement que Roth. Tous les romans de Roth sont, désormais, des adieux progressifs à ce qu'il a au moins autant aimé que l'acte d'écrire : l'acte de vivre.
Qu'y a-t-il donc de si dérangeant pour le conformisme contemporain dans Exit le fantôme ? En tout premier lieu - comme pour illustrer les propos de Roth sur la fin de l'ère littéraire - un art de la fiction qu'on ne comprend plus : "Dès que l'on entre dans les simplifications idéologiques et dans le réductionnisme biographique du journalisme, écrit-il, l'essence de l'oeuvre d'art disparaît." Car Exit le fantôme n'est pas un témoignage sur les ravages du cancer de la prostate - Nathan Zuckerman en est atteint - ni sur la situation politique américaine - George Bush réélu en 2004 après quatre ans désastreux. C'est un grand roman sur la dégradation, le délitement des corps et des esprits, qui prend place auprès des plus beaux textes de Roth, La Contrevie, Opération Shylock, Le Théâtre de Sabbath.
Avec ce neuvième (et sans doute dernier) tome des aventures de Nathan Zuckerman, Philip Roth clôt un cycle débuté en 1979. Son personnage, un écrivain comme lui, lassé de jouer la comédie sociale qu'exige son statut, exaspéré que l'on fouille sa vie pour l'exhiber, s'est retiré pour préserver, intacte, l'essence de son art - écrire. Aux yeux de tous et de lui-même, il n'est plus qu'un fantôme. Homme de toutes les passions, il s'est assagi et regarde le monde en spectateur désabusé, obnubilé par ses limites. En quelques pages crépusculaires, de la couleur d'un automne irrémédiable qui nimbe ce roman des adieux, Philip Roth se libère aussi d'une rage accumulée contre la vacuité des critiques, dans la presse, qui dégradent la littérature et la précipitent vers son déclin. Dans une société accrochée à ses téléphones portables, hypnotisée par la télévision, qui a congédié le silence et s'entoure de tout un fourbi technologique pour se distraire ad nauseam.
C'est un livre sur la colère qu'inspirent la vieillesse et la mort, une sorte d'apparition et de salut masqué de l'écrivain fuyant de partout, de la cervelle, de la rate, de l'urètre, qui entre et sort de scène, mi-lion mi-chouette, en tonitruant : mais pourquoi, comment est-ce possible ?...
Le créateur et son double ont passé leur temps à écrire leurs fantasmes, à en expliquer le processus et les réactions qu'ils provoquent : c'est le kit complet du parfait grand romancier. A bord d'Exit le fantôme, il y a donc un peu de tout : les êtres que Roth imagine, les amis dont Zuckerman se souvient, un George Plimpton qui meurt tandis que Roth écrit, des livres qu'il a lus ou qu'il est en train de lire, et vogue le navire.
Cela peut se lire comme une funèbre comédie new-yorkaise. Ou, avec un peu d'attention, comme un génial roman postmoderne, où Roth emballe dans un même texte, outre un récit à la première personne, l'esthétique ayant présidé à sa rédaction, une éthique du commentaire littéraire et des saynètes dialoguées où Zuckerman relate ses fantasmes de séduction...
Mais Roth nous met en garde : «Dès qu'on entre dans les simplifications idéologiques et le réductionnisme biographique du journalisme, l'essence de l'oeuvre d'art disparaît.» L'auteur réclame une critique purement littéraire. Alors reconnaissons-lui le choix d'un thème difficile, sur lequel d'autres, pas moins doués, se sont spectaculairement ratés.
Dans ce livre, il pose plusieurs questions : comment négocier avec son désir quand l'âge vous met hors jeu ? Comment encaisser, sans rage, l'arrogance des corps jeunes et intacts ? Comment tromper le temps et les terroristes d'Al-Qaeda qui veulent également en finir avec le monde d'hier ? Comment écrire un roman vrai sans tricher ? Et : comment empêcher les biographes de débusquer les secrets qui entourent (protègent, magnifient...) une vie d'homme ? Sur cette partition de base, Roth digresse, jongle, joue, s'amuse. C'est funèbre. Très puissant...
Sa prose n'a jamais été plus drôlement macabre. Plus sèche. N'écoutez pas les blasés qui vont se croire malins en prétendant que l'auteur de «La tache» et d'«Opération Shylock» se répète. Ils ne savent pas ce qu'ils disent. Ils ne comprennent pas que Roth, plus shakespearien que jamais, a désormais besoin de rajouter magnifiquement, lucidement, du noir au noir.
Si Nathan Zuckerman, ce jour de l'automne 2004, est de retour à Manhattan, c'est poussé par une nécessité bien triviale : suivre un traitement médical susceptible d'améliorer son problème d'incontinence - à défaut de régler l'autre conséquence pénible de son cancer de la prostate, l'impuissance. Brusquement projeté dans le monde dont il s'était soustrait, le voici contraint d'affronter tout ce qu'il avait fui : les autres, et avec eux les rapports de force, le retour du désir, la tyrannie des passions...
De toutes ces figures, et de leurs relations - réelles ou fantasmées - avec Zuckerman, Philip Roth nourrit un roman tout ensemble efficace et profond. Mélancolique et moqueur. Ancré dans le réel et méditatif. Au coeur duquel se déploie l'aveu nu d'une passion folle pour la littérature, pour la capacité que possède «le non-vécu, l'hypothétique, exposé en détail sur le papier» à être «la forme de vie dont le sens en vient à compter plus que tout».
Dans Exit le fantôme, son personnage fétiche, Nathan Zuckerman, diminué, retrouve la ville de tous les possibles. Après cinquante ans d'écriture, le géant des lettres américaines est, lui, au mieux de sa forme...
Le voilà donc de retour à New York, pour la première fois depuis une décennie. Nous sommes en 2004. La ville a terriblement changé. Le 11 septembre est passé par là (depuis sa retraite volontaire, Zuckerman en a à peine entendu parler), George W. Bush s'apprête à être réélu. Et voilà que cet homme diminué, ce revenant, cède à l'illusion d'un nouveau départ. Tout simplement parce qu'une ville - New York, certes - exerce sur lui une attraction similaire à celle d'un univers en expansion...
Toute biographie n'est-elle que travestissement ? C'est l'une des questions que pose ce magnifique roman. Philip Roth met en garde contre cette tentation de la transparence qui ébranle nos sociétés depuis quelques années : la course aux révélations restaure peut-être la réputation de l'écrivain, mais ruine celle de l'homme... Le biographe, trop souvent, n'est plein que de ses propres objectifs. Il enquête pour authentifier ses intuitions ou ses convictions; il interprète, donc, de travers. Roth, via Nathan Zuckerman, lance cet avertissement : un artiste est une énigme, n'essayez pas de la percer à jour ! L'adresse est profonde. Elle vise, une fois de plus, l'un des nouveaux tabous de la tribu : cette prétention à ne voir la vie d'un homme qu'en établissant le compte de ce qu'on peut lui reprocher, qu'à travers les lentilles du scandale.
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