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Auteur : Jacques Roubaud | Gonçalo M. Tavares
Illustrateur : Rachel Caiano
Traducteur : Dominique Nédellec
Date de saisie : 11/03/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Viviane Hamy, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-87858-300-7
GENCOD : 9782878583007
Sorti le : 16/09/2009
«Calvino, parfois pendant toute une semaine, se déplaçait à travers la ville en emportant avec lui un ballon bien gonflé. Pour autant, il ne changeait en rien ses activités quotidiennes, qui suivaient leur cours normal : le trajet du matin, les gestes nécessaires à son office, les horaires et la ponctualité conformes à sa rigueur coutumière, la discrétion de ses vêtements et de son sourire. [...] Accorder une attention inhabituelle à un objet comme celui-là était un exercice fondamental qui lui permettait d'aiguiser son regard sur les choses du monde. Dans le fond, le ballon était un moyen simple de désigner le Néant. [...] Sans cette enveloppe colorée, cet air, à présent souligné et se distinguant du reste de l'atmosphère, passerait complètement inaperçu. Choisir la couleur revenait à attribuer une couleur à l'insignifiant.»
Gonçalo M. Tavares, né en 1970, est considéré comme l'un des écrivains les plus importants de la littérature portugaise contemporaine. Monsieur Calvino fait partie de l'ensemble O Bairro, quartier peuplé de personnages portant des noms d'artistes célèbres, dont on pénètre le quotidien par le biais de courtes saynètes.
La promenade nous mène chez Monsieur Valéry qui fait des bonds pour se grandir, Monsieur Kraus qui rédige des chroniques satiriques (tous deux publiés aux éd. Viviane Hamy), puis chez Monsieur Henri M., Madame Woolf, Monsieur Duchamp, Madame Pina Bausch, Monsieur Breton... Pour l'auteur, le Bairro constitue «un lieu où l'on tente de résister à l'entrée de la barbarie».
Un talent particulier pour marier légèreté et profondeur, fantaisie et exactitude, le souci de renouveler les formes d'écriture, une manière amicale et amusée d'intégrer le lecteur - ou la lectrice - à ses récits, autant de traits qui ont rendu Italo Calvino (1923-1985) irremplaçable. L'écrivain portugais Gonçalo M. Tavares fait partie de ses admirateurs. A tel point que le fait de se replonger dans Le Baron perché, Cosmicomics ou Les Villes invisibles ne lui suffisait manifestement pas. Il a donc pris le parti de faire de M. Calvino un des personnages de son bairro, un quartier peuplé d'artistes (pour la plupart écrivains) célèbres. Un lieu, selon sa propre expression, semblable au "village d'Astérix, où l'on tente de résister à l'entrée de la barbarie", et où l'on peut croiser, entre autres, MM. Valéry, Kraus, Duchamp, Mmes Woolf et Pina Bausch...
Un espace où voisinent, selon le goût de ce lecteur idéal qu'est Tavares, ces vrais vivants qui aident à vivre. De tels lieux existent, on les appelle habituellement des bibliothèques. Mais dans le quartier-bibliothèque du Bairro, ils continuent à vivre, sous la plume de cet écrivain hors normes...
Poussant jusqu'au bout la logique de l'écrivain italien, Monsieur Calvino affronte le monde avec une ingénuité de stratège obsessionnel. L'homme, qui arrive à nouer ses lacets et sa cravate en tombant par la fenêtre, n'est pas étonné d'être le seul humain parvenu au lieu où les parallèles se rencontrent. Que fait Monsieur Calvino après avoir atteint l'infini ? Il note l'adresse.
PREMIER RÊVE DE CALVINO
Du haut de plus de trente étages, quelqu'un lance par la fenêtre les chaussures de Calvino et sa cravate. Calvino n'a pas le temps de tergiverser, il est en retard : il se jette par la fenêtre, comme à leur poursuite. En l'air, il rattrape ses chaussures. D'abord, la droite : il l'enfile ; ensuite, la gauche. Tandis qu'il continue sa chute, il tâche de trouver la meilleure position pour nouer ses lacets. Avec la chaussure gauche, il échoue une première fois mais essaie à nouveau et réussit. Il regarde vers le bas, aperçoit déjà le sol. Avant, pourtant : la cravate. Calvino a la tête à l'envers, mais, au prix d'un violent effort, sa main droite parvient à la saisir dans les airs. Ensuite, de ses doigts empressés mais précis, il accomplit les gestes nécessaires pour faire le noeud : la cravate est mise. Nouveau coup d'oeil à ses chaussures : les lacets sont bien attachés. Il rajuste une dernière fois sa cravate, juste à temps, c'est le moment : il arrive au sol, impeccable.
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