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Auteur : Claude Pujade-Renaud
Date de saisie : 14/06/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782742788491
GENCOD : 9782742788491
Sorti le : 06/01/2010
Les poètes anglais sont en vogue. Dans l'éblouissant "Bright Star", film de Jane Campion, c'est John Keats (1795-1821) qui est en scène : son amour platonique avec sa voisine Fanny Brawne, leur séparation lorsqu'il va tenter de soigner sa tuberculose à Rome, sa mort dans la ville éternelle à 25 ans.
Un siècle et demi plus tard, toujours en Angleterre, c'est la rencontre, la passion et le destin tragique de poètes anglais que Claude Pujade-Renaud raconte brillamment, en profondeur.
Cambridge, 1956. Sylvia Plath, jeune poétesse américaine rencontre Ted Hughes, poète prometteur. Ils sont beaux, jeunes, pleins d'énergie et de projets. Vite ils vivent une passion érotique et créatrice qui les emporte. Mariage, naissances, installation à la campagne. Sylvia célèbre "l'équilibre enfin atteint dans le tissage de la création et de la vie familiale". Tout semble leur réussir. Mais l'écriture ne guérit pas Sylvia de ses maux profonds et Ted n'est pas assez solide pour faire face aux angoisses de Sylvia, l'aider à les métamorphoser par la création. Par ailleurs, Ted, séducteur convoité, ne résiste pas à «braconner» sur les terres des autres. Leur rencontre avec un autre couple de poètes, Assia et David Wevill, entraînera le lent mais irrésistible délitement d'un des couples les plus séduisants de la littérature.
Sur cette trame historique, Claude Pujade-Renaud bâtit son roman en donnant la parole aux principaux protagonistes - à l'exception de Ted Hughes - ainsi qu'aux membres de leur famille, à leurs voisins, à leurs médecins,... Chaque intervenant donne sa propre version du récit, le colore. Le roman est ainsi composé de chapitres courts - de 1 à 6 pages au plus - qui forment une mosaïque rythmée qui laisse au lecteur une marge d'interprétation.
Le premier et le dernier mot du roman est «zoo». À Londres les deux couples de poètes habitent non loin du zoo. Dans les poèmes de Ted et de Sylvia, les désirs, pulsions et fantasmes sont souvent incarnés par des animaux. Le croisement entre l'animalité et la maîtrise du langage, entre mots et animaux, a été - a reconnu l'auteur - essentiel lors de la construction de son roman.
C'est un formidable roman, remarquablement bien écrit et construit, qui emporte le lecteur : comment ne pas être fasciné par la passion violente qui transporte Sylvia et Ted, leur désir ardent de réussir leur vie de couple et leur vie de poètes, leur échec, la mort tragique de plusieurs des protagonistes ? Il y a là une matière follement romanesque que Claude Pujade-Renaud a pétrie avec bonheur et talent.
Les femmes du braconnier est un livre aux lectures multiples. Si l'on en croit la quatrième de couverture, il s'agit d'une biographie romancée de la poétesse Sylvia Plath pendant la brève période que fut son mariage avec le poète Ted Hugues, au terme duquel elle se suicidera.
Mais ce livre est plus que cela : d'une part, si l'on se contente de rester à la surface des choses, c'est un beau roman, récit d'une vie trop tôt interrompue, que l'on peut lire en s'arrêtant à cette histoire tragique et puis passer à autre chose...
Mais ce portrait de femme, raconté par de multiples personnages, doté d'autant de facettes qu'il y a de narrateurs, est celui d'une femme vivante, aimante, physique.
Sylvia Plath est présentée comme n'existant qu'au travers de sa chair, du sexe, du sang, de la nourriture et de la gestation. Le personnage semble fuir tout ce qui n'est pas d'une réalité physique immédiate, comme si Sylvia Plath refoulait férocement la possibilité d'une défaillance psychique. Seules quelques allusions sont glissées dans le texte : allusions aux thèmes des poèmes de Sylvia Plath, mais aussi réactions de la mère de Sylvia à ceux-ci.
Et le suicide !
La tension du roman se place dans ce hiatus que l'auteur entretient avec talent. Le récit lui-même n'a rien de sombre, les personnages vivent de grands moments de bonheur mais ce livre est une tragédie. L'effet n'arrive qu'une la dernière page tournée, lorsque l'on se rend compte que ce roman a été lu à côté de son réel sujet, et ceci même si le titre était là pour nous indiquer la voie. Ce roman n'est pas une biographie de Sylvia Plath. C'est le portrait en creux, en négatif, de son mari, le poète Ted Hughes. S'il n'est jamais le sujet principal, ce livre n'en raconte pas moins son histoire.
Mais bizarrement, c'est la poésie de Sylvia Plath que l'on a envie de connaître tout au long du livre.
Extrait : "Il faut être des fanatiques de James Joyce, ou prétendre défier les dieux, pour choisir de convoler le jour où on commémore un roman judéo-gréco-irlandais mettant en scène, entre autres aventures picaresques, le désastre grassement vaudevillesque, tragicomique d'un couple usé." [p58]
Un livre échevelé, touffu, à la narration complexe, mais superbe tout en nuance et en demi teinte. La force de Claude Pujade-Renaud c'est de nous donner envie d'aller plus loin... de découvrir ou de redécouvrir des textes ou des auteurs. Vous fermez un de ces livres et vous brulez d'en ouvrir deux, trois autres dont elle vient de vous parler.
Après Racine («Le désert de la Grâce", Actes Sud, 2006), voici l'heure de Sylvia Plath, Assia Wevill et Ted Hughes poètes de la deuxième moitié du XXe siècle.
Les poètes anglais sont en vogue. Dans l'éblouissant "Bright Star", film de Jane Campion, c'est John Keats (1795-1821) qui est en scène : son amour platonique avec sa voisine Fanny Brawne, leur séparation lorsqu'il va tenter de soigner sa tuberculose à Rome, sa mort dans la ville éternelle à 25 ans.
Un siècle et demi plus tard, toujours en Angleterre, c'est la rencontre, la passion et le destin tragique de poètes anglais que Claude Pujade-Renaud raconte brillamment, en profondeur.
Cambridge, 1956. Sylvia Plath, jeune poétesse américaine rencontre Ted Hughes, poète prometteur. Ils sont beaux, jeunes, plein d'énergie. Vite ils vivent une passion érotique et créatrice qui les emporte. Mariage, naissances, installation à la campagne. Sylvia célèbre "l'équilibre enfin atteint dans le tissage de la création et de la vie familiale". Tout semble leur réussir. Mais l'écriture ne guérit pas Sylvia de ses maux profonds et Ted n'est "pas assez solide pour faire face aux angoisses de Sylvia, l'aider à les métamorphoser par la création". Par ailleurs, Ted, séducteur convoité, ne résiste pas à aller «braconner» sur les terres des autres. Leur rencontre avec un autre couple de poètes, Assia et David Wevill, entraînera le lent mais irrésistible délitement d'un des couples les plus séduisants de la littérature. Cette même Assia qui avait murmuré à David : «J'aime tes poèmes. Et je t'aime»...
Sur cette trame historique, Claude Pujade-Renaud construit son roman en donnant la parole aux principaux protagonistes, à part Ted Hughes, mais aussi aux membres de leur famille, à leurs voisins, à leurs médecins,... Chaque intervenant donne sa propre version du récit, le colore. Le roman est ainsi composé de chapitres courts - de 1 à 6 pages au plus - qui forment une mosaïque rythmée à partir de laquelle le lecteur peut aussi interpréter.
Le premier et le dernier mot du roman est «zoo». À Londres les deux couples de poètes habitent non loin du zoo. Dans les poèmes de Ted et de Sylvia, les désirs, pulsions et fantasmes sont souvent incarnés par des animaux. Le croisement entre l'animalité et la maîtrise du langage, entre mots et animaux, a été - a reconnu l'auteur - essentiel lors de la construction de son roman.
C'est un formidable roman, remarquablement bien écrit et construit, qui emporte le lecteur : comment ne pas être fasciné par la passion violente qui transporte Sylvia et Ted, leur désir ardent de réussir leur vie de couple et leur vie de poètes, leur échec, la mort tragique de plusieurs des protagonistes - Il y a là une matière follement romanesque que Claude Pujade-Renaud a pétri avec bonheur et talent.
1956, Sylvia Plath et Ted Hughes (tous les 2 poètes) vivent une passion. Ils ont 2 enfants. Mais Ted est un séducteur, un "chasseur" ; il aime les femmes et Sylvia est débordée par ses pulsions "mourir est un art, comme tout le reste. Je m'y révèle exceptionnellement douée".
L'auteur invente, reconstruit un triangle amoureux, propose plusieurs points de vue de cette union et laisse au lecteur la liberté de choisir sa version.
Des destins semblent si extraordinaires que l'on se demande s'ils n'ont pas été écrits par un scénariste divin à l'inspiration cruelle. Comment ne pas le penser en tout cas, en lisant le merveilleux roman de Claude Pujade-Renaud, les femmes du braconnier ?
En 1956, lors d'une fête étudiante à Cambridge, deux futures étoiles du monde littéraire se rencontrent. Sylvia Plath et Ted Hughes sont tout de suite attirés l'un par l'autre, et la quasi «sauvagerie animale» de Ted arrive dans un premier temps à sortir Sylvia de sa nuit dépressive ? Les années passent, les deux poètes s'installent dans une vie conjugale qui semble bien rodée, la venue rapprochée de deux enfants ne les empêchant pas de multiplier les poèmes et les succès. Mais peu à peu, Sylvia semble «glisser» à nouveau dans sa torpeur et Ted la quitte pour une autre poétesse, Assia Wevill. Simple passion amoureuse qui se termine et qui est remplacée par une autre ? Certes, non ! Trois êtres aussi intenses dans leur force intérieure, aussi bien créatrice que destructrice, ne peuvent que produire des fins terribles aux histoires les plus banales ?
Alternant les voix des différents protagonistes de cette histoire, Claude Pujade-Renaud avance peu à peu dans son récit par des chapitres courts et percutants qui se dévorent avec délice. Malgré son côté noir et sombre, Sylvia Plath illumine ce roman de son génie et de ses élans passionnés. Une fois «les femmes du braconnier» fini, le lecteur n'a plus qu'une envie, se plonger immédiatement dans les écrits de cette poétesse aux multiples facettes.
A paraître tout début janvier 2010 ce magnifique roman de Claude Pujade-Renaud. Un diamant vraiment, noir aussi. Les notes se succèdent au fil des pages, les phrases soulignées, reprises, relues, l'immersion est totale dans cette superbe histoire d'une famille éclatée par delà les frontières, les religions, les époques, les langues aussi, mais au sein de laquelle la poésie est le média choisi pour tisser tous ces fils disparates en une longue élégie.
C'est l'histoire de Sylvia et Ted, tous deux poètes, l'une américaine l'autre anglais, leur rencontre à Cambridge, leurs amours fulgurantes et tenaces et terribles, leurs enfants, leurs maisons, leurs amis, la poésie encore et encore pour transposer la vie, la magnifier aussi, l'exorciser toujours.
Sylvia est un oxymore vivant, aux paradoxes alliant onirisme et réalité, faits de vide et de plein, où "l'être cloîtré à l'intérieur de la dépression" qu'elle se devine au fond d'elle-même cherche un ancrage fort dans l'appétit de vivre.
Alors lire ces chapitres rythmés, s'attacher à Sylvia et à tous les personnages, les faire siens, s'immerger dans cette vie riche et belle et terrible aussi.
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu'il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l'histoire s'achève avec le suicide de l'infortunée Sylvia.
Attentive à la rémanence des faits et des comportements, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard. Réinventant les voix multiples des témoins - parents et amis, médecins, proches ou simples voisins -, elle nous invite à traverser les apparences, à découvrir les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, à déchiffrer la fascination réciproque et morbide qu'elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète.
L'ombre portée des oeuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale - deuils, exils, Holocauste, dont elles portent les stigmates -, donnent aux destins en miroir des "femmes du braconnier" un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime.
Nouvelliste et romancière, Claude Pujade-Renaud a reçu le grand prix de la Société des gens de lettres en 2004. Elle a publié la quasi-totalité de son amure chez Actes Sud. Derniers titres parus : Le Jardin forteresse (2003 ; Babel n°646), Chers disparus (2004 ; Babel n° 757), Le Désert de la grâce (2007; Babel n° 959).
Simultanément, Actes Sud publie un premier volume des oeuvres - romans et nouvelles - de Claude Pujade-Renaud dans la collection "Thésaurus".
Les féministes américaines ont fait de Sylvia Plath le symbole du génie féminin asphyxié par la vie conjugale et par la domination masculine. Certes, ce braconnier «de gibier de mots, de femmes» qu'était Ted l'a trompée et délaissée. Mais Claude Pujade-Renaud dépeint aussi une Sylvia-Eurydice qu'un Ted-Orphée tente en vain d'arracher aux enfers. La partie la plus stupéfiante du livre est celle qui suit la disparition de Sylvia. Car, morte, elle est plus vive encore. Et sa fantomatique omniprésence finit par détruire Assia Wevill, la maîtresse de Ted, qui se suicide six ans après elle. Particulièrement inspirée par ces fauves littéraires, Claude Pujade-Renaud met en lumière le caractère instinctuel et prédateur de tout créateur.
Après sa mort consécutive à un suicide, les féministes et l'opinion anglo-saxonne en général firent volontiers de la poétesse Sylvia Plath-Hughes une victime des hommes. L'un en particulier se détachait, Ted Hughes, son mari, qui l'avait laissée avec ses deux enfants en bas âge pour une autre femme. Ils avaient pourtant tout pour être heureux : jeune, beau, brillant et follement amoureux, le couple Plath-Hughes alimenta la chronique littéraire londonienne des années soixante avant de fasciner les amateurs de «gossips». Claude Pujade-Renaud, qui les fait revivre dans son roman Les Femmes du braconnier, n'a rien retenu de ces interprétations posthumes. Elle restitue avec une clairvoyance remarquable toute la complexité de cette relation, offrant un relief insoupçonné à ce qui pourrait n'être qu'une folle passion destructrice...
Claude Pujade-Renaud appréhende avec une justesse qui jamais ne faillit les tumultes intérieurs des deux êtres.
C'est une composition romanesque particulièrement remarquable, et foisonnante de sens, que nous propose Claude Pujade-Renaud. Ainsi qu'à l'accoutumée, elle tente une fiction sur une histoire vraie dont elle s'attache à dénouer la trame complexe. Faisant parler des silences, débusquant des rapports souterrains, démasquant ce qui voudrait se donner pour insignifiant. Donnant en somme à lire un ordre sous les apparences du chaos...
Dans l'intime viennent à la fois cogner et se répondre le vacarme du monde et les chocs silencieux de la vie. Chacun à sa manière, Sylvia et Ted
les saisirent dans leur écriture. Comme aujourd'hui Claude Pujade-Renaud.
ZOO
Londres, octobre 1955
Le zoo de Regent's Park est en émoi. L'homme aux allures de bûcheron, toujours vêtu de noir, quitte la plonge de la buvette. Sa journée de travail est terminée. Il allonge le pas, fauve sortant enfin de sa cage. Avant la fermeture - dans une demi-heure - il accomplit rituellement le tour des enclos. Et la rumeur frémit, grossit. Le zébu le dit à l'émeu, et l'émeu au gypaète, et le gypaète à la girafe, qui transmet au buffle, qui transmet au boa : Attention, c'est un prédateur ! Amplifiées par les perroquets, les criailleries se faufilent entre les barreaux, sous les feuillages, dans le bassin des otaries, dans l'odeur rauque de la fauverie.
L'homme s'arrête devant le jaguar. Qui n'a pas peur. Ils se regardent, longuement. S'estiment. Une coulée dense. Une verticalité puissante. L'homme se détourne, s'assoit sur un banc, tournant le dos à la bête tachetée. Il sort un carnet de sa poche (à gauche elle est déformée par un morceau de cheddar et un quart de brandy ; à droite par un galet, un couteau et un tome de Shakespeare). Le jaguar bâille. Avant de partir, l'homme relit ce qu'il vient d'écrire : Les poèmes sont des animaux qu'il faut traquer et capturer.
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