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Auteur : Claudia Moatti | Michèle Riot-Sarcey
Date de saisie : 27/11/2009
Genre : Politique
Editeur : Payot, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-228-90473-5
GENCOD : 9782228904735
Sorti le : 14/10/2009
1) Qui êtes-vous ?
Nous sommes toutes deux historiennes, professeurs à l'Université Paris 8, les travaux de Claudia Moatti portent sur la Rome Antique, ceux de Michèle Riot-Sarcey sur le XIXe siècle.
2) Quel est le thème central de votre livre ?
En collaboration avec huit autres historiens, nous avons cherché à analyser, dans différents pays européens, les significations de la république en référence à la diversité des modèles républicains à l'oeuvre dans la construction idéelle et pratique des républiques, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. Notre livre n'est pas une histoire du concept de république, mais une réflexion collective sur l'historicité de l'idée de république, qui non seulement n'est pas l'équivalent de la démocratie, mais n'a ni le même sens ni les mêmes enjeux au cours des siècles.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Le travail de l'historien consiste précisément à déjouer les pièges des constructions unifiantes et univoques en en rendant au passé sa complexité et ses obscurités par un travail sur les mots et les modes de pensées toujours datés.» (p.13)
4) Si votre livre était une musique, quelle serait-elle ?
«Concerto pour violon et orchestre de Ligeti».
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'exigence du savoir et l'humilité de la connaissance.
Depuis deux siècles, l'idéal démocratique s'incarne en Europe dans un système de gouvernement qui a pour nom République et qui semble aller de soi. Pourtant, suffit-il de mener un combat en faveur de la laïcité ou au nom de l'égalité pour rendre à la république cette multitude de sens qui fit son histoire ?
En réalité, il est impossible d'en écrire le récit linéaire qui, d'une origine antique, mènerait au système représentatif contemporain, car l'idée et les pratiques " républicaines " diffèrent en fonction des enjeux et des époques et sont constamment repensées par les pouvoirs en place.
D'où le choix assumé par ce brillant essai collectif d'histoire intellectuelle de réfléchir à l'historicité du concept et des pratiques de chaque république, en un tour d'horizon chronologique et géographique qui va de la politeia grecque et de la res publica romaine aux Républiques françaises instaurées depuis la Révolution, en passant par le modèle communautaire italien du Moyen Age et les expériences modernes (Italie, Angleterre, Suisse, Provinces-Unies). Autant d'identités distinctes qui, pourtant, se construisent autour de références communes : le peuple, la liberté, la souveraineté, la légitimité, etc.
A l'heure où, en Europe, plusieurs modèles de gouvernement ont atteint leurs limites, ce livre salutaire et décapant réactive le débat d'idées autour d'un concept riche de sens et d'interprétations.
Pour cette polyphonie à dix voix, Claudia Moatti et Michèle Riot-Sarcey, toutes deux professeurs à l'université de Paris 8 - Vincennes-Saint Denis, dont les travaux font autorité en histoire ancienne pour l'une et en histoire contemporaine pour l'autre, ont réuni des historiens de périodes et d'aires géographiques différentes qui se retrouvent dans une réflexion convergente.
Extrait du prologue
POUR UNE HISTOIRE INTELLECTUELLE DE LA RÉPUBLIQUE
La république en question
La réflexion politique et le travail sur les concepts émergent le plus souvent en période de crise. Lorsque les idées ne font plus sens, les hommes, en quête de stabilité et de certitudes, s'attachent à des définitions porteuses de vérité pour reconstruire des significations valables pour tous. Le langage politique et l'histoire sont alors invoqués pour refonder la chose publique en vue de répondre à cette question fondamentale : que peut-on transmettre ? Quel patrimoine politique et intellectuel laisser aux futures générations ? Sur quelles expériences, sur quels fondements construire la communauté politique ?
Aujourd'hui, la crise de la république nous oblige à rendre compte des expériences du passé, à condition de les saisir dans leur historicité. Réflexion d'autant plus urgente que dans le débat public le mot lui-même n'est plus questionné. La république est, en effet, devenue une hypostase, séparée du mouvement de son histoire, dont l'orthodoxie républicaine n'assume plus l'héritage. Sa signification se lit sur le fronton des bâtiments publics, sous l'ombre portée de principes abstraits, et les références symboliques, figures de vérité, façonnent désormais le mythe républicain. Et pourtant suffit-il de mener un combat en faveur de la laïcité ou au nom de l'égalité pour rendre à la république cette constellation de sens qui fit son histoire ? Faut-il accepter la disparition de la différence entre démocratie et république, au nom du fait accompli ?
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