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Auteur : Brian Evenson
Traducteur : Héloïse Esquié
Date de saisie : 21/04/2010
Genre : Policiers
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Lot49
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782749115818
GENCOD : 9782749115818
Sorti le : 07/01/2010
«Lorsque je l'ai rencontré, Eldon Fochs était un comptable de trente-huit ans, exerçant également la fonction de doyen laïc au sein de la Corporation du Sang de l'Agneau (les Sanguistes), secte religieuse fortement conservatrice.» Ainsi parle Alexandre Feshtig. Feshtig est psychothérapeute, Fochs vient le consulter car il est atteint de trouble du sommeil et de «pensées perturbantes» comme il les appelle, des pensées, ou rêves, qui impliquent des sévices (de toutes sortes) sur enfants. «Les pensées, affirmait-il, il ne pouvait pas les arrêter ou les contrôler, même si une fois qu'il en avait suivi une jusqu'au bout, il était «tranquille» pour un petit moment.» Feshtig fait rapidement un diagnostic de trouble dissociatif NS, avec axe II : parasomie. Ça, c'est le début des entretiens, mais Feshig va devenir plus complexe que prévu et une affaire de viol et d'assassinat d'enfant combinée à des pressions de l'Église, vont pousser Feshtig à bouger.
«J'ai rédigé une réponse agressive. C'est peut-être une erreur - ça pourrait me coûter mon appartenance à l'Église. Mais si on commence à céder, on ne peut plus jamais s'arrêter.»
Écrit en 1998, beaucoup plus classique que le superbe «La confrérie des mutilés» (chez le même éditeur), «Père des mensonges» brille tout autant par son ambiance et, il n'y a pas à dire, Brian Evenson brille à les poser. Entrant d'emblée dans le vif du sujet, il marque les pressions de l'Église pour ensuite vous plonger dans la tête d'Eldon Fochs, ce qui n'est pas des plus tranquille. C'est fort et troublant, on y voit le poids de l'Église et ses manipulations (de tristes faits divers sont régulièrement sous les feux de l'actualité), on regrette juste une fin un peu trop basique.
Atteint de troubles du sommeil et de rêves perturbants, Eldon Fochs, respectable homme d'Église, décide de consulter un psychothérapeute, Alexandre Feshtig. Bientôt, il lui confesse une attirance coupable pour les jeunes enfants. Lorsqu'une petite fille de la communauté est violée puis assassinée, Feshtig, qui soupçonne Fochs d'être passé à l'acte, prévient les autorités religieuses qui vont tout faire pour discréditer le psychothérapeute et éviter le scandale qui se profile.
Après Inversion et La Confrérie des mutilés, Brian Evenson poursuit avec Père des mensonges son analyse critique du fait religieux et de la violence spirituelle, psychologique et sociale, que celui-ci peut susciter. À l'image d'Edgar Poe, il place le lecteur au coeur même d'une folie à l'origine et à l'issue aussi complexes et ambiguës l'une que l'autre.
Encore une fois, le dernier roman traduit en français de Brian Evenson tient sur le fil de son indéniable talent pour l'horreur. A l'instar de ses précédents textes, l'erreur serait cependant de n'y voir qu'une représentation complaisante de l'épouvantable. En effet, à la différence de genres littéraires codifiés qui s'amusent de la répulsion du lecteur, Brian Evenson est un explorateur presque scientifique des formes du discours d'autorité autant que des techniques de la mise en scène romanesque. Ses romans se lisent comme des livres ouverts qui fascinent autant qu'ils intriguent, entretenant constamment un phénomène de double lecture immédiate et différée. Le lecteur ne peut s'empêcher de suivre docilement le cours d'un récit qu'il remet perpétuellement en question.
D'accord, pas..
Quelques années avant Inversion, peut-être le plus réussi et le plus virtuose des romans de Brian Evenson (Le Cherche Midi, 2007), Père des mensonges démontre tout son talent sur un registre plus épuré, plus radical et sans doute aussi plus romanesque. A ce titre, il est une réussite autant qu'une invitation. La confirmation d'une originalité monstrueuse.
Il construit sa fiction en multipliant les angles et les voix, mêlant la structure du polar (crime-enquête-résolution) à la réflexion psychologique et sociale. Habilement, il alterne chapitres narratifs, scènes dialoguées, échanges de lettres. L'édition de ses oeuvres n'est pas chronologique et ce Père des mensonges, son premier roman, paraît après Inversion, Contagion et La Confrérie des mutilés.
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