1) Qui êtes-vous ?
Bonne question. Sur ma carte d'identité, il est écrit : Dubois Félicie née à Paris. J'y ai grandi. Je suis une femme de langue française.
2) Quel est le thème central de votre livre ?
L'enquête d'identité avec la mémoire pour indice.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Ici, elle sait enfin qui elle est : personne, nullipare."
4) Si votre livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un tango d'Astor Piazzolla.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'aimerais les faire passer, avec moi, du vertige existentiel à la sensation d'être vivant ici et maintenant. C'est dire.
Les présentations des éditeurs : 04/06/2010
Cette histoire se passe en Argentine, à la fin du siècle dernier : de décembre 1999 à février 2000. Je l'ai écrite maintes fois. Ce livre, Estela Weissberg et Alberto Belloni l'ont lu - au fur et à mesure de mes inquiétudes - jusqu'à ce qu'Alberto quitte cette Terre. Alors, le texte s'est figé. Définitivement.
Estela et Alberto ont été contraints de quitter Buenos Aires précipitamment en 1977. Pas même le temps de passer chez eux pour prendre une brosse à dents. Leur crime ? Il était un «intellectuel» qui avait osé commettre des «écrits révolutionnaires» ; elle était son élève, sa disciple.
Alberto s'est éteint en exil sans jamais avoir pu (voulu ?) revenir sur sa terre natale. Je me souviendrai toujours de ses discours enflammés, cette façon qu'il avait de se mettre en colère contre les injustices - d'où qu'elles viennent ; cet espoir qu'il mettait dans les hommes de bonne volonté - quels qu'ils soient.
Son incinération, au cimetière du Père-Lachaise, est un des jours les plus tristes de ma vie. Pourtant Alberto était la gaieté même. Un homme qui est parti tout droit, sans jamais se renier.
Permettez-moi de convoquer ici Paul Valery :
Il est dur comme un ange, Monsieur. Il ne se rend pas compte de sa force : il a des paroles inattendues qui sont trop vraies, qui vous anéantissent les gens, les réveillent en pleine sottise, face à eux-mêmes, tout attrapés d'être ce qu'ils sont, et de vivre si naturellement de niaiseries (...) Nous ne pensons jamais que ce que nous pensons nous cache ce que nous sommes. J'espère bien, Monsieur, que nous valons mieux que toutes nos pensées, et que notre plus grand mérite devant Dieu sera d'avoir essayé de nous arrêter sur quelque chose de plus solide que les babillages, même admirables, de notre esprit avec soi-même.