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A l'affût des reflets argentés de la Truite fario, Jean Rodier nous distille le bonheur d'être, sur la rive des ruisseaux en Aubrac et Margeride. Une invitation à se perdre dans les méandres humides de terres encore intactes, peut-être y percevoir l'ombre, discret salmonidae à l'odeur de thym, au milieu des callunes, jonquilles et autres enchantements des sens. Quel plaisir de suivre le cours de ces pages sensibles, propices à la rêverie et musarder sans la ligne droite du temps et des hommes «dans le renoncement à tout dominer, asservir, retailler, redresser...».
Une très belle leçon de choses et de vie !
Récits de départ de bon matin pour trouver la truite dans un ruisseau perdu au fond d'une combe. Fabuleux, précis d'une connaissance poétique du monde à la façon des anciens, savouré comme l'on ne prend plus guère le temps de savourer. Les fleurs, les poissons, les oiseaux, les arbres, les collines et les ruisseaux sont nommés, comme dans les légendes de jadis. Et l'on foule du pied botté les herbes fraîches et odorantes, la canne à pêche à l'épaule.
C'est une fenêtre ouverte, par laquelle nous respirons un air de montagne, vivifiant, d'où nous parvient la rumeur désaltérante d'une eau fraîche et bruissante.
Les présentations des éditeurs : 06/02/2010
"C'est une promenade de pêcheur mais ce n'est pas un livre de pêche, c'est une description des cours d'eau mais ce n'est pas un guide, plutôt un vagabondage dans le Haut Gévaudan, l'histoire d'un enchantement devant ses monts, ses vallées, sa flore, sa faune, ses eaux vives - le tout émaillé de souvenirs, de "rêveries", de quelques agacements, avec, en contrepoint, des citations d'auteurs anciens ou modernes... "
Ce livre illustre ce que nous espérons, au plus haut, de la littérature : le point de rencontre du visible et de l'invisible, de la réalité et du rêve, du dessus et du dessous... Les pages où le pêcheur est à l'affût, les sens tendus vers la «mouche», sont réellement des merveilles d'équilibre et de précision, tout en s'inscrivant dans le vertige de la littérature.
La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 4 février 2010
Car la pêche à la truite et au chevesne n'est ici qu'un prétexte. Elle offre à Jean Rodier, en remontant d'innombrables cours d'eau du Haut Gévaudan, de décrire amoureusement la faune, la flore, le relief, les chants et les cris de ces lieux inviolés. Et elle nous offre d'être du voyage, de suivre à la trace ce rôdeur à l'affût plein de Lucrèce et de Bachelard qui chasse aussi le cèpe et l'airelle. Sa prose à la fois hautaine et sauvage est admirable de précision, d'invention et de délicatesse. D'une rivière, la Truyère, il écrit qu'«elle revient sur ses pas, éprise d'elle-même comme la fleur qu'elle irrigue». De l'eau du Bès, «retroussée par les bourrasques», qu'elle «est illisible». D'une combe, qu'elle est «charbonnée d'aulnes». Et de la pêche, que c'est «une discipline pour se soustraire au discursif». Jean Rodier ferre le fario, et c'est le lecteur qu'il attrape. Quel bonheur, ce livre !