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Auteur : Antoine Choplin
Date de saisie : 16/03/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Rouergue, Arles, France
Collection : La Brune
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 9782812600913
GENCOD : 9782812600913
Sorti le : 11/01/2010
Le Nord, une usine menacée de fermeture, des ouvriers en grève,... et un père et son fils ou plutôt un fils et son père, ils travaillent dans la même usine. Le père est militant syndical, le fils est fou de jazz et a monté un groupe avec des amis. Ils ne se comprennent pas, ils se parlent peu, entre les deux il y a la vie, les vies et surtout la mort de la femme - la mère.
Antoine Choplin raconte une usine, une ville qui meurt. C'est un livre qui sent la pluie, les nuages bas qui pèsent sur les destinés humaines, un livre qui raconte la mer à marée basse.
Extrait : "Quand tu venais t'asseoir sans bruit dans le fauteuil, les soirs, derrière elle. Tu faisais semblant de lire et moi, je voyais bien que tu tournais jamais les pages de ton livre. Je voyais bien ton regard dans le vague. Tu l'écoutais sa musique à elle. Tu la considérais. Ça, j'en suis sûr que tu la considérais. C'est ça que je comprends pas." [p69]
Léo et son père font partie des ouvriers de l'usine en grève depuis plus de quinze jours après l'annonce de sa fermeture. Ils appartiennent au même monde, ont le même environnement, le même univers, mais vivent-ils réellement le même quotidien ? Les rêves et ambitions les éloignent. Cette dernière lutte est emblématique de leurs différences. Le père, vieux militant syndical, est ancré dans Son usine. Le fils est ailleurs, trompettiste, il rêve de Thelonious Monk et du prochain concert qu'il donnera avec ses amis. Il n'existe plus que des individualités qui se côtoient et même s'entraident mais dont les espoirs et rêves isolent. Un monde s'éteint, un autre se cherche. La nouvelle partition d'Antoine Choplin joue avec retenue et respect, sans jugement ferme et définitif, deux mondes qui se croisent et représentés surtout par le désarroi de leurs acteurs.
C'est avec une écriture très dépouillée, qu'Antoine Choplin nous narre la difficile épreuve que vont vivre ce père et son fils, confrontés à la fermeture de leur usine dans le Nord.
L'un, le père, fervent syndicaliste défenseur du droit du travail ; de l'autre, le fils, trompettiste, qui le soir rejoint ses copains afin de se consacrer à leur passion : le jazz !
Les mots sonnent justes. Les phrases sont claires. Malgré la difficulté du sujet traité, la sensibilité de l'auteur pointe pour nous exprimer toute la souffrance de ces hommes, tant au travers de leur action que dans leur relation !
A lire et à faire découvrir !
Retour sur les années 80 pour ce face à face entre un père, meneur de grève dans une usine du Nord, et son fils ouvrier comme lui et trompettiste à ses heures. Entre ces deux générations qui cohabitent sous le même toit il y a l'épaisseur des silences, un mal-être qui, plus qu'une incompréhension entre deux hommes, raconte celle d'une époque aux horizons mal définis. Dès lors, il faut compter avec les compromis sociaux, la fin des idéaux communautaires et des solidarités de classe. Dans ce contexte de crise des valeurs politiques, quel sens donner à l'engagement syndical et surtout que reste-t-il à transmettre ?
Il ne faudrait pas voir dans cet ouvrage une sorte de manifeste, ni même un constat. Ce court roman ne dénonce ni ne démontre. Il apporte un témoignage d'un temps de détresse qui, au-delà de l'époque où elle s'inscrit, raconte nos égarements, nos peines et nos difficultés à marquer d'une empreinte quelconque notre quotidien, quel qu'il soit et à quelque époque qu'il appartienne.
Autour d'un double portrait d'un père et de son fils, de ses variations et de ses dissonances, Antoine Choplin compose une mélodie sensible.
Au moyen d'une écriture délestée du superflu, il frappe juste et bien. Plus qu'un roman social sur la fin d'un certain monde ouvrier, Cour Nord est un roman plein d'émotion retenue pour le désarroi et les mystères de ses personnages.
L'usine du Nord où travaillent Léo et son père va fermer. En grève depuis dix-sept jours, les ouvriers attendent une ultime négociation avec la direction. Père et fils vivent ensemble dans une petite maison, mais partagent-ils autre chose ? Car si le père est un de ces vieux ouvriers attaché à son usine, syndicaliste militant, Léo, trompettiste, passe ses soirées à répéter avec des copains. Ils ont monté un quartet de jazz et préparent leur premier vrai concert, à Lille. Le père incarne les derniers combats, les dernières défaites d'une classe ouvrière, fière d'ellemême, attachée viscéralement à ses usines, quand le fils ne participe même pas aux votes des grévistes. Après l'échec des négociations, le père s'engage en désespoir de cause dans une grève de la faim solitaire et s'installe sur un matelas dans la Cour Nord, tandis que Léo prend la tangente. Il ne tient même pas sa promesse de passer voir son père chaque jour, et s'échappe de l'usine pour suivre dans le ciel les avions s'envolant vers New York, où son copain Gasp est allé récemment assister aux funérailles du pianiste de jazz Thelonious Monk. Il passe du temps au bistro «Chez Fanny» où il retrouve une ouvrière de l'usine, Nadine, qu'il ne drague même pas ou si peu. Chacun rêve d'un ailleurs, Nadine d'ouvrir une oisellerie à la frontière belge, Ahmed, un copain d'atelier, de revoir la mer, Vincent, un membre du quartet, d'installer des pistes de ski sur le grand terril de Noeux-les-Mines...
Structuré musicalement en quatre mouvements (exposition du thème, double variation et reprise), Cour Nord explore, avec le minimum d'effets, une communauté humaine confrontée à la fin d'un certain monde et cherchant à s'inventer un avenir. La 'petite musique' de Choplin tourne autour de ses personnages, de leur désarroi et de leurs contradictions, avec lucidité et respect.
Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l'écriture et l'action culturelle. Il est l'auteur d'une dizaine de romans, récits et recueils de poésie, dont Radeau (La Fosse aux Ours, 2003), qui a connu un vrai succès populaire, et Apnées publié à l'automne dernier chez le même éditeur. La brune l'accueille pour la première fois.
Cour Nord, dixième livre d'Antoine Choplin, d'une écriture tendue, comme essorée de tout pathos, nous fait emboîter les pas lourds de Léo et de son père, nous entraîne dans un monde qui se dilue, où règne l'incertain, où se noient des valeurs d'un autre temps - avoir un travail, un toit, connaître la solidarité, ne pas se soumettre à l'arbitraire, rester dignes...
Il éclaire père et fils d'une lumière d'orage, en variant les tempos, doux ou rageurs. Il raconte leur lassitude, leur désarroi, leurs contradictions, leurs pauvres utopies, raconte cette grisaille de plomb qui les fait se courber, cette espèce de noblesse de classe qui les fait se redresser, et tenir debout, malgré tout.
Depuis le début de la grève, on va à l'usine ensemble avec mon père. Ça dure depuis plus de deux semaines maintenant, sans compter les débrayages de septembre.
Ce matin encore, il est debout avant moi, vers les cinq heures et demi. Depuis mon lit, je l'entends quitter sa chambre, faire couler l'eau au lavabo du palier, s'asperger longuement le visage. Après, il frappe les deux coups secs à ma porte et descend à la cuisine. Il prépare le café et aussi quelque chose à mettre dans nos gamelles pour midi.
Quand je le rejoins, nous nous saluons d'un regard. Je soulève le couvercle des casseroles où cuisent des oeufs et des lentilles au lard. J'expose mes paumes à la bonne chaleur du feu.
Je demande à mon père s'il n'a pas eu trop froid durant la nuit, surtout avec ses douleurs aux articulations. Il ne répond rien.
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