Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Auteur : Joseph Coulson
Traducteur : Judith Roze
Date de saisie : 26/04/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : S. Wespieser éditeur, Paris, France
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 9782848050805
GENCOD : 9782848050805
Sorti le : 04/03/2010
La carrière de guitariste de jazz de Coleman Moore s'est brutalement interrompue lorsque ses mains, brisées au cours d'une rixe, ne purent plus jouer les accords voulus. Pour survivre il est chauffeur-livreur de bière, pale caricature de son grand-père Havelock Moore - H.M. - qui, durant la Prohibition, naviguait la nuit sur les eaux noires du lac Huron, la cale chargée d'alcool. Ce même Havelock qui critiquait vivement le bateau en fibre de verre, le «Pequod» - clin doeil à «Moby Dick» - de son fils Dorian. Pour lui, seul comptait le bois, un bateau en plastique était une «baleine blanche»...
Havelock et Dorian mourront dans des conditions dramatiques.
Les doigts perclus et rigides de Coleman lui causent parfois une intense douleur. Bien rude châtiment pour ses fautes de conduite. Il donne raison à H.M. qui disait : «Dieu est injuste. Il n'a aucun sens de la mesure».
Les souvenirs affluent. Sa rencontre avec une légende, le musicien noir Otis Young. Les leçons de guitare qu'il paie en tondant la pelouse d'Otis ce qui lui vaut des raclées des garçons blancs de sa classe. Les longues heures de travail entre les leçons, la certitude qu'apprendre la musique fera de lui quelqu'un de meilleur. Ses plus belles années lorsque avec Brian, un bassiste qui s'avérera être un ami très généreux, et Tom, un batteur, ils formaient le trio CBT, célébré dans les clubs de Chicago. Né Jason, censé devenir un marin comme son père, il avait changé son prénom en Coleman sur la suggestion du directeur d'un club de Detroit, pour faire plus afro-américain. Son enthousiasme pour la musique est authentique, son ambition immense. Sommé de choisir il préférera la musique et perdra Jennifer, son unique et véritable amour.
Sa seule joie, désormais, ce sont les visites que sa fille Heather, très mature et raisonnable pour ses dix-sept ans, lui rend sur le «Pequod», en cale sèche, où il vient régulièrement respirer l'odeur de la toile et boire. Divorcé, il essaie d'être un bon père mais, un jour, il s'emporte brutalement contre un ami de Heather ; s'en suit une mauvaise passe dans ses relations avec sa fille.
Bien qu'affaibli par l'alcool, morose mais parfois drôle - entre autres lorsqu'il évoque sa propriétaire sexy et bigote - Coleman qui se souvient que son grand-père disait qu'«Un Moore ne coule jamais» est déterminé à surmonter sa douleur et à exorciser ses démons.
Avec Joseph Coulson le temps est fluide et circulaire : l'auteur passe du présent au passé sans avertissement, au rythme des allers et retours de la mémoire de Coleman. Ses souvenirs familiaux se tressent subtilement avec ceux de sa carrière musicale. Le roman entier est imprégné de jazz ; les personnages rentrent et sortent de la ligne narrative comme des musiciens venant jouer leurs solos de basse ou de batterie.
Un superbe roman riche, ample, construit avec virtuosité qui entrelace les changements sociaux de la seconde moitié du vingtième siècle avec l'histoire prenante de trois générations de Moore.
Marlène Brocail, Librairie La Galerne au Havre
Coleman Moore passe le plus clair de son temps dans le cockpit de son bateau, en cale sèche dans une marina du Michigan. À cause de ses mains brisées, il a abandonné son métier de guitariste de jazz. Cet homme, dont la seule attache au mitan de sa vie est sa fille Heather, convoque au fil de ses méditations nocturnes et alcoolisées les fantômes du passé, comme pour conjurer son désarroi. Son père, marin expérimenté, est mort noyé dans le lac Huron après avoir laissé péricliter son commerce de matériel de navigation.
C'est aussi dans la cabine de son ketch, qui lui servait à passer en contrebande de l'alcool canadien pendant la Prohibition, que son grand-père Havelock se tira une balle dans la tête plutôt que de rendre les armes devant la maladie. Jeune homme, celui qui devait s'inscrire dans cette lignée de navigateurs - son père l'avait prénommé Jason - avait pourtant tourné le dos aux bateaux. Tout sourit au brillant musicien qu'il était devenu : Coleman, le nom de scène qu'il adopte dès son premier concert, va de succès en succès avec son trio, et vit avec la femme qu'il aime. Comment il n'a eu de cesse de se saborder lui-même, c'est bien ce qu'évoque cette somptueuse dérive glissant des grands lacs aux boîtes enfumées. Tout au long de ce roman construit comme un morceau de jazz, les thèmes s'amplifient, les couleurs s'affermissent. Du noir et blanc des caves de Chicago et de l'éclat métallique de l'eau des lacs, on passe à la couleur d'un avenir que Coleman va finir par reconstruire. Joseph Coulson, dans une langue fluide et inspirée, dit avec ampleur les espoirs et les rêves brisés d'une Amérique ordinaire.
Dans Le Déclin de la lune (Sabine Wespieser, 2005), Joseph Coulson évoquait le destin, sur trois générations déjà, d'une famille ouvrière américaine. Ici, le romancier, poète et dramaturge américain - il est né à Detroit en 1957 - s'attache à dépeindre un homme brisé qui, alors que le temps stagne ou, au contraire, file comme de l'eau, évoque les rêves fatigués et la gloire enfouie. La force de ce très beau roman tient autant à la musique prégnante et poignante qui s'y fait entendre, qu'au va-et-vient permanent entre passé et présent, à cette marée de souvenirs qui conte la douloureuse dérive d'un homme.
L'écriture est physique et poétique, une atmosphère flamboyante et mortifère s'installe...
Doté d'un souffle inextinguible, planant et rocailleux comme un concert de jazz, ce deuxième roman de Joseph Coulson lévite dans les béances de son puissant personnage. Il chante les vertus curatives de la rêverie, capable d'embellir la plus sombre des existences...
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2010 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia