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.. L'écuyer mirobolant

Couverture du livre L'écuyer mirobolant

Auteur : Jérôme Garcin

Date de saisie : 12/05/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 15.90 € / 104.30 F

ISBN : 978-2-07-012182-3

GENCOD : 9782070121823

Sorti le : 04/02/2010

Comme son titre l'indique il s'agit bien d'une histoire de cheval ; elle va ravir les amateurs. Mais vous, les autres, qui n'éprouvez pas la passion de l'auteur pour le cheval, ne vous détournez pas, faîtes-moi confiance, lancez-vous dans la lecture de ce roman, vous ne le regretterez pas ; tout d'abord parce que, comme toujours avec ce grand styliste qu'est Jérôme Garcin, vous allez être subjugué par la beauté de l'écriture et ensuite vite fasciné par le personnage hors du commun dont il est ici question.
Dax, 16 janvier 1949. Un enterrement, celui du capitaine Étienne Beudant, écuyer à la renommée internationale, mort à 86 ans. Driss, un Marocain en gandoura blanche, tenant en main un cheval bai, lira à voix basse deux sourates : «Le démon n'ose pas entrer dans une tente gardée par un pur sang» et «Le cheval est un cadeau de Dieu à l'homme».
Étienne entre à Saumur à l'âge de 24 ans. C'est son rêve car il est persuadé que "l'armée seule lui donnerait l'occasion d'exprimer, sans qu'on la voie, sa passion inavouée pour les chevaux." Une passion ancienne : "à l'école il n'avait que des camarades. Il s'était déjà choisi ses amis pour la vie, ce serait les chevaux". Né sans fortune ni particule ronflante il sait que pour monter en grade il ne peut compte que sur son opiniâtreté. Ses supérieurs lui promettent une belle carrière. Il prend peur : pas question de sacrifier l'amour des chevaux à l'ambition et aux médailles. Il démissionne. En 1892, il part pour le Montana : l'ivresse des espaces illimités, la sauvagerie des broncos, les rodéos, l'étonnant confort des selles western, la rencontre avec Buffalo Bill et Calamity Jane, alors âgée de 40 ans qui "sentait le chacal mouillé et la sueur acide des éthyliques", à qui, après le spectacle, un grand barnum sans intérêt, il propose de prendre un verre. Ce qu'elle accepte...
Au retour des États-Unis on lui propose d'administrer une commune mixte du Tell algérien et de le réintégrer dans l'armée avec le grade de capitaine. Très vite, chez lui, maintenant c'est ici. Il parle couramment l'arabe, le berbère et même le touareg et s'initie à la religion musulmane. Malgré les rigueurs intraitables du métier il n'est jamais fatigué. C'est un charmeur, nulle arrogance chez lui et jamais de brutalité. Parfois, dans son lit, vient se glisser une femme qu'il ne reverra plus, "rencontrée la veille, au coin d'une ruelle obscure ou à la sortie humide du hammam. Car son plaisir préférait le hasard à la nécessité".
Quelle vie ! Et je ne vous ai raconté que les grandes lignes des premières quarante pages de ce livre qui caracole à fière allure.
Étienne Beudant, cet "écuyer mirobolant" - dixit le général Decarpentry - qui a "su développer les aptitudes naturelles des chevaux, aussi bien en haute école qu'en extérieur, et porter leurs facultés au sommet" - comme l'écrira Théodore Monod - mais aussi cet homme persévérant, patient, généreux qui s'est construit un destin hors norme, a enfin trouvé son biographe.
Ne ratez pas cette rencontre.


  • Les présentations des éditeurs : 15/04/2010

" En équitation comme dans l'armée, Etienne savait combien c'eût été vain de vouloir casser les rebelles, soumettre les acariâtres, et qu'il était impossible d'atteindre la légèreté par la force, le brillant parla colère.
Même les étalons les plus impérieux, il ne les avait pas combattus. Au contraire, il n'avait eu de cesse de vouloir les comprendre pour mieux s'en faire des alliés. Quel que fût le cheval, il n'aspirait qu'à se passer des aides. Il rêvait en effet de régner sans poids ni appuis, par le seul souffle de la botte, la caresse du cuir et la profondeur de l'assiette. Monter n'était plus alors une activité physique, c'était une pensée pure, un acte de foi ".

Jérôme Garcin est notamment l'auteur, aux Editions Gallimard, de La chute de cheval, Bartabas, roman et Cavalier seul.



  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 12 mai 2010

Le goût pour l'équitation a ceci de spécial qu'il ne saurait être tiède : c'est de passion qu'il s'agit, toujours, et même d'éthique, de religion, de mystique, dans le cas du capitaine Etienne Beudant (1863-1949). Le dernier roman de Jérôme Garcin en fait une évocation tout ensemble réaliste et rêvée - un de ces portraits ciselés, admiratifs, songeurs, délicatement mélancoliques dans lesquels l'écrivain excelle.


  • La revue de presse Jean-Claude Raspiengeas - La Croix du 17 mars 2010

Mais comment fait-il pour nous captiver ? Nous : des bipèdes qui redoutent l'approche d'un cheval et tremblent sur leurs chétifs jarrets à l'idée qu'ils pourraient se retrouver, juchés en déséquilibre, ballottés à plein galop sans rien contrôler, loin de l'ivresse du centaure. Comment fait Jérôme Garcin (La Chute de cheval ; Bartabas, roman ; Cavalier seul) pour nous entraîner, à sa suite, sans renoncer aux termes techniques de cet art équestre dont, sans lui, nous ne connaîtrions pas la patience d'orfèvre, les figures de style et les caracoles vertigineuses ?...
Jérôme Garcin distille une prose précise, au service d'une connaissance historique et d'une sensualité géographique pour décrire les reliefs et les senteurs de cette Afrique du Nord où s'est épanoui son prodigieux héros, vêtu de modestie. Il nous initie surtout aux secrets d'un monde où monter n'est plus une activité physique, mais «une pensée pure, un acte de foi».


  • La revue de presse Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 12 mars 2010

Fou de chevaux, l'écrivain et journaliste (au Nouvel Observateur) fait entrer dans son texte quantité de mots liés à l'équitation, certains très connus, d'autres, très énigmatiques, pour qui ne fréquente pas les paddocks. Un choix qui n'a rien d'ornemental ou de gratuit : loin d'alourdir le récit, ce registre le soulève et lui donne une partie de son charme. A travers lui, dans ses rugosités comme dans ses silences, se dessine le profil d'un homme singulier, dont l'auteur ébauche l'histoire avec délicatesse et un peu de mélancolie...
Avec beaucoup de douceur, l'écrivain décrit des paysages, des lumières, le corps des chevaux, la manière de les soigner, sans jamais trahir le mystère de l'homme qui l'a inspiré.


  • La revue de presse Etienne de Montety - Le Figaro du 18 février 2010

Parlant de l'humanité, Oscar Wilde ne lui reconnaissait que deux mystères : la mort et la vulgarité. Jérôme Garcin a fait son art de tourner le dos à l'une comme à l'autre. De la mort, son expérience est saisissante...
Après Perspectives cavalières ou le très beau Cavalier seul, L'Écuyer mirobolant est une nouvelle variation autour de l'art équestre mais ne saurait être réduit à un nouvel hommage à cet animal extraordinaire qui, après lui avoir tout pris, lui a tout donné. Qu'il séduise les cavaliers, c'est chose certaine. Mais ceux qui ne le sont pas, on peut le leur pardonner, trouveront dans ce livre une formidable leçon d'humanité.


  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 4 février 2010

Les vrais cavaliers sont volontiers de grands taiseux qui pratiquent leur art en solitaire, et préfèrent la sagesse muette des chevaux au bavardage humain...
Ainsi Etienne Beudant (1863-1949), cet «écuyer mirobolant» qui, comme les poètes et les musiciens, a voué son existence à la recherche de la légèreté et de l'équilibre...
Bien placé pour savoir qu'une distance pudique n'exclut pas les sentiments profonds, Jérôme Garcin romance cette destinée exemplaire avec des grâces de peintre orientaliste, une prose parfaitement cadencée, et l'admiration du disciple soucieux de faire connaître un maître.


  • Les courts extraits de livres : 20/04/2010

Dax, 16 janvier 1949

On aurait dit que, venu pour l'occasion du désert africain, un dromadaire blatérait derrière le mur et faisait l'intéressant mais ce n'était que l'ébrouement rauque d'un cheval de trait sonné par l'hiver gascon. Les grandes roues du corbillard, tiré par un frison noir charbon à la crinière bien tressée et à la démarche avantageuse, crissèrent alors sur le gravier blond du cimetière. C'était un jour de brume froide et de lassitude. Dans l'air cotonneux se jouait un mystérieux ballet d'ombres où brillaient, d'un éclat incongru, les ors de quelques uniformes.
Les Dacquois ne s'étaient pas déplacés. On eût dit qu'on enterrait un étranger. Le mort n'était pas d'ici. Il ne serait pas visité. Inutile de l'accompagner. Paru la veille dans le journal, dont les gros titres annonçaient l'ouverture du procès de Victor Kravchenko et le remplacement de Henri Queuille par Maurice Petsche au ministère des Finances et des Affaires économiques, un entrefilet avait découragé jusqu'aux retraités de la ville, qui assistaient pourtant à toutes les funérailles comme ils s'abonnaient à la saison culturelle du théâtre municipal : pour occuper le temps et sortir de la naphtaline leurs habits du dimanche.


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