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.. Retour à la nuit

Couverture du livre Retour à la nuit

Auteur : Éric Maneval

Date de saisie : 22/01/2011

Genre : Policiers

Editeur : Ecorce, Auriat, France

Collection : Noir, n° 1

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-9535417-0-0

GENCOD : 9782953541700

Sorti le : 26/11/2009

J'aimerai vous parler de ce court roman, court oui, mais intense ! Il raconte l'histoire d'Antoine, veilleur de nuit dans un foyer pour adolescents du côté de Limoges. Un soir il tombe sur une émission télévisée retraçant une enquête qui n'a pas aboutie concernant un tueur en série qui a pour caractéristique de "découper", ses victimes sont principalement de jeunes enfants. Et là, c'est le choc pour Antoine ! Il reconnaît dans le portrait robot du suspect celui qui des années auparavant l'aurait sauvé de la noyade, soigné et déposé à l'hôpital. Il ne comprend alors pas pourquoi cet homme, ce tueur, ce découpeur, ne l'a pas tué comme les autres enfants qu'il a rencontrés. Commence alors une "enquête" au plus profond de ses souvenirs pour ne laisser échapper aucun indice... C'est un polar noir à l'écriture incisive, coupante comme le découpeur et qui ne laisse pas indifférent... J'en suis encore retournée ! Alors allez-y, si vous n'avez pas peur de faire travailler votre cerveau, votre imagination et surtout si vous n'avez pas peur des nuits blanches !


Antoine est veilleur de nuit dans un foyer de jeunes enfants, près de Limoges. "Je suis censé rester éveillé toute la nuit. J'ai sous ma responsabilité une trentaine d'enfants. Les plus jeunes ont deux ou trois ans, le plus vieux en a dix-neuf." Son travail consiste à faire face à n'importe quelle situation, du chahut fait pas les plus durs des pensionnaires aux cauchemars des plus jeunes (comme ce jeune garçon persuadé qu'un chevalier le surveille dans un coin de sa chambre).
Pour ne pas s'endormir, Antoine regarde la télé, le plus souvent. Et ce soir-là, une information va retenir son attention : celle du procès d'un jeune homme accusé du meurtre d'un jeune enfant, mais qui a toujours clamé son innocence. Et lorsque le portrait-robot d'un suspect (une piste jamais explorée par les policiers) est montré, Antoine semble le reconnaître. N'est-ce pas cet homme qu'il a vu, dans son enfance, le jour où il a failli se noyer dans la rivière ? Son sauveur serait-il en réalité un assassin ? Antoine a cependant du mal à se souvenir de cet épisode, même si les cicatrices sont bien présentes sur tout son corps pour le lui rappeler.
Son témoignage pouvant aider à l'enquête, Antoine prend contact avec un ami journaliste. "Je lui raconte : l'émission sur l'affaire Firnbacher, le suspect en fourgon, mon rapport avec lui. Je lui montre même un début de cicatrice sous ma clavicule gauche. J'insiste. Ce n'est qu'un portrait-robot mais je l'ai immédiatement reconnu. Je lui explique qu'il faudrait peut-être que je parle à la police..." C'est l'inspecteur Teddy Romero qui viendra entendre son témoignage, accompagné de sa collaboratrice un peu étrange il lui semble. Arriveront-ils à lui faire retrouver ses souvenirs ? Trouveront-ils un lien entre ce portrait-robot et l'homme qui a "sauvé" Antoine lorsqu'il avait huit ans ?
Un démarrage au pas lent et rythmé d'Antoine, de la vie tranquille qu'il a choisi dans ce coin du Limousin. Mais un polar dont l'intensité monte en puissance au fur et à mesure de l'intrigue, au fur et à mesure des découvertes faites par Antoine sur son enfance. Les souvenirs qu'il a conservé de cette journée reflètent-ils la réalité ou son esprit (son imagination ?) a-t-il créé des images pour effacer un moment douloureux de son passé ?
Un polar noir où le lecteur découvre, grâce à une écriture précise et efficace, le passé trouble et troublé d'Antoine, son présent confronté aux enfants en difficultés qu'il aimerait aider à grandir (certains éducateurs ne sont pas dépeints sous leur meilleur jour !).


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

- Écoute-moi bien, Antoine. Tu as eu de la chance que je sois là. Tu comprends ? Ne parte pas, fais-moi oui ou non de la tête.
Oui
- Je t'ai sauvé la vie Regarde-moi dans les yeux : je t'ai sauvé la vie, Antoine Mais si tu veux te faire du mal, je peux te faire du mal. Je peux le faire à ta place. Tu comprends ?
Non.
- Tu as peur 7
Oui.
- Tu as peur de moi, mais tu n'as pas peur de plonger dans une rivière en crue ? T'es un drôle de numéro toi. Tu vois la bouteille que j'ai dans la main ? C'est de l'alcool à 90°. Je vais en mettre sur tes blessures. Ça va faire très mal. Ça va te brûler et tu vas hurler. C'est moi qui vais te faire mal. N'oublie pas ça, moi je peux te faire du mal. Tu t'en souviendras la prochaine fois que tu voudras mourir

Vingt-cinq ans plus tard, Antoine est veilleur de nuit dans un foyer à caractère social, près de Limoges II revient sur son histoire.
Depuis cette cascade située près de Treignac, jusqu'à l'affaire du Découpeur
Une nuit, dans le foyer, il montrera ses cicatrices à Ouria, fascinée, qui voudra les revoir ensuite.
Et les toucher.
La nuit, tournée vers la forêt, l'adolescente parle toute seule à sa fenêtre

Eric Maneval vit et travaille à Marseille Passionné de littérature noire et policière, bouquiniste et guitariste, il lit et écrit la nuit Retour à la nuit, qu'il qualifie de roman d'angoisse, est son deuxième recueil, après Eaux (éditions de l'Agly, 2000) Il est aussi auteur de nombreux textes courts


  • Les courts extraits de livres : 22/01/2011

En temps normal, la baignade était interdite. Il y avait les lâchers du barrage ; l'eau pouvait monter brusquement et, dans les endroits escarpés, des gens se retrouvaient parfois piégés. Mais avec mes copains Jean-Paul Delmas et Frédéric Lavialle, on faisait bien ce qu'on voulait. On adorait, à faible débit, s'allonger dans le dévers de la retenue et sentir l'eau nous masser les épaules. On pouvait même se mettre à l'horizontal, et la pression nous tannait la peau, nous écrasait les os ; on sortait de là complètement lessivés, hébétés, lavés de tout.

La veille, ce vendredi de la fin août, tous les trois, on avait pris nos vélos pour venir voir la rivière. C'était assourdissant. La nuit précédente, de violents orages avaient sévi sur toute la région. Des trombes d'eaux gorgeant les affluents de la Vézère et engorgeant les lacs de Viam et celui des Bariousses, obligeaient E.D.F. à lâcher le maximum de débit. Je n'avais jamais vu une telle hauteur d'eau. Elle était boueuse et exhalait une odeur de bois pourri, de terre emportée et d'humus. La Vézère était en crue.
En aval du barrage de Treignac, il y avait cette petite retenue et son canal d'irrigation. De la route, on ne voyait qu'une grosse vague, de l'écume, mais si on s'approchait, si on descendait le long du ravin, si on se plaçait au niveau de l'eau, alors là on pouvait ressentir la puissance de la rivière. Le tumulte grondait. La retenue créait une vague en rouleau qui devait faire un ou deux mètres de diamètre. Je voyais des bidons, des troncs et des branches d'arbres, des amoncellements de déchets divers, jonchés de plastique et de lambeaux de tissus multicolores. Tout ça venait se faire prendre dans le rouleau, restait quelques secondes invisible sous l'écume et s'expulsait quelques mètres plus loin dans un dénivelé de rochers où les moins solides de ces éléments se disloquaient, pour se reformer, s'agglomérer dans de puissants contre-courants.
J'étais en slip de bain, au bord de la rivière, une dizaine de mètres en contrebas de la route. Je tremblais, de peur, de froid, et j'étais fasciné.
Avec mes deux amis, on était sur la rive, à coté de notre petite retenue. On avait amené une chambre à air et un gonfleur à pied que j'avais pris dans le garage de mon père. J'avais terriblement envie de me jeter dans le courant. Il suffisait de bien s'accrocher à la bouée, ce n'était que de l'eau ; on serait certainement secoué, mais une dizaine de mètres en aval, la rivière se calmait. Je ne voyais aucun danger. Après le rouleau, il y avait des rochers, et tellement d'eau ; on passerait largement par dessus. Mais mes deux copains avaient la trouille. Pire, ils m'avaient refilé leur trouille.


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