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_ La polka des bâtards

Couverture du livre La polka des bâtards

Auteur : Stephen Wright

Traducteur : Serge Chauvin

Date de saisie : 28/04/2010

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Du monde entier

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-07-078280-2

GENCOD : 9782070782802

Sorti le : 14/01/2010

Les parents du jeune Liberty Fish sont des abolitionnistes convaincus. Aussi, quand la guerre de Sécession éclate, c'est tout naturellement, et avec enthousiasme, qu'il s'engage dans les troupes nordistes. Mais le passé de sa mère l'obsède : originaire du Sud mais révolté par l'esclavage, Roxana a quitté toute jeune fille Redemption Hall, la plantation de son père. Les hasards de la guerre emmènent Liberty non loin du berceau de sa famille sudiste. Il ne peut résister à sa curiosité : il déserte et part à la rencontre de ses grands-parents ?

La polka des bâtards, commentaire cocasse et transgressif d'un épisode capital de l'histoire des États-Unis, ressemble à un Autant en emporte le vent revu et corrigé par Terry Gilliam. On y croise toute une armée de personnages baroques : boute-feu hallucinés, songe-creux pathétiques, bateleurs vindicatifs, dentistes Hâbleurs, charlatans philosophes, hérauts de l'abolitionnisme, ou bien héros tragi-comiques d'une guerre qui n'en finit pas de mobiliser les forces vives de l'Amérique en un grand pandémonium à la fois exaltant et absurde. Le mot «bâtard» a plus d'un sens dans le roman : il fait tout d'abord référence au grand-père maternel de Stephen, et à son rêve grotesque de métissage universel. Mais il évoque aussi ce grand creuset américain où s'entassent pêle-mêle - et s'interpénètrent - la grandeur et la bassesse, l'orgueil et la honte, la foi aveugle en un hypothétique avenir et l'attachement viscéral à des traditions désuètes, la Famille avec un F majuscule et la révolte inévitable qu'elle engendre, le bien et le mal, le beau et le laid, le noir et le blanc : à l'un de ses frères d'armes qui s'étonne de trouver des racistes dans les rangs yankees, Liberty rétorque : «C'est ça, l'Amérique. Les péquenots sont répartis équitablement.»

Certes, l'humanisme des abolitionnistes, auquel Liberty reste fidèle de bout en bout, triomphe à la fin. Mais il traîne derrière lui le rouleau compresseur de la modernité, de l'industrialisation sauvage, de la course aveugle au «progrès» inhumain : «Nous sommes devenus des esclaves, monsieur, dit un personnage, les esclaves d'une précipitation extravagante et destructrice pour le corps et pour l'âme.» Comme tous les romans, La polka des bâtards n'impose pas de morale simpliste : il reflète - et avec quel talent, quelle invention stylistique ! - les incohérentes d'un pays capable, aujourd'hui comme hier, du pire comme du meilleur, et dont l'originalité radicale réside justement dans cette contradiction. De retour chez lui, dans le Nord, Liberty se réveille en sursaut au beau milieu d'un cauchemar, «sans savoir où ni même qui il était. Et puis il se rappela. C'est l'Amérique, songea-t-il, et toi, qui que tu sois, tu ne risques rien. C'est l'Amérique, et tout finirait bien.»


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

Le jeune Liberty Fish a grandi dans l'Amérique dynamique mais inquiète des années 1850. Lorsque éclate la guerre de Sécession, il s'engage dans les troupes nordistes, conformément à l'idéal abolitionniste de ses parents. Mais si son père est un Yankee, sa mère est fille de planteur sudiste. Alors, las des horreurs du champ de bataille, il part en quête du domaine ancestral. Et ce qu'il y découvre excède ses pires hantises... Entre ironie et cauchemar, le plus rare des grands écrivains américains brosse ici un tableau puissant et visionnaire, intensément romanesque, d'une période troublée. Mais à travers la vigoureuse précision et la truculence verbale de l'évocation historique, il offre avant tout une vision sombre et lucide d'une Amérique encore vivace, dont l'idéalisme ravageur prend les formes les plus contradictoires, voire les plus monstrueuses. Et sa réflexion dérangeante sur l'héritage esclavagiste et ses obsessions raciales, sur le métissage, mais aussi sur l'esprit missionnaire et la tentation utopiste, résonne avec une pertinence plus actuelle que jamais.

S. C.

Stephen Wright, qui vit et enseigne à New York, est l'auteur de trois autres romans, dont Méditations en vert (Éditions Gallmeister), inspiré de son expérience au Viêt-nam, et États sauvages (Éditions Gallimard), accueilli comme un événement littéraire par des auteurs aussi divers que Robert Coover, Don DeLillo et Toni Morrison. Thomas Pynchon salue en lui l'un des meilleurs conteurs de l'Amérique et de ses promesses trahies.



  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 28 avril 2010

C'est toute l'Amérique qui se déploie dans ces pages sublimes : l'air qui enfle sous la chaleur dans les campagnes du Sud, l'industrie du Nord urbain qui déploie ses machines, l'espoir de quelques-uns en une nation réunie, la haine que d'autres éprouvent devant une civilisation dévorante qui bouscule leurs traditions...


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