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_ Sébastien

Couverture du livre Sébastien

Auteur : Jean-Pierre Spilmont

Date de saisie : 15/05/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : la Fosse aux ours, Lyon, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-35707-010-3

GENCOD : 9782357070103

Sorti le : 19/02/2010

Sébastien se retrouve à 13 ans à Paris dans un poste de police et raconte son histoire. Les chapitres de la vie de Sébastien alterne avec ceux où le policier tente de le faire parler. Sébastien explique ainsi son cheminement, ses sentiments, ce qu'il a ressenti face aux autres enfants et à leur cruauté, aux adultes, leurs regards, leurs jugements définitifs. Sébastien fait partie de ceux qui sont jugés différents, mis à l'index, écartés, petit mouton noir qui dérange voire effraie cette société en mal d'uniformité. L'enfant jauge rapidement les adultes et sait immédiatement qui lui fait face, sans illusion, sauf pour son grand-père, un des rares adultes trouvant grâce à ses yeux... Un texte ciselé et percutant sur la détresse et l'isolement, sur un enfant lucide sans compromission face aux injustices et rejetant le monde des adultes souvent méprisable face à la différence.


Sébastien a froid. Il a toujours froid, Sébastien Lefrançois, quand on le regarde comme ça. En face de lui, il y a Bourgoin qui voudrait qu'il parle. Il ne sait pas parler, Sébastien, ses pensées tout le temps sont trop lentes. C'est pour ça que ses parents lui ont toujours préféré sa soeur. Et leur commerce d'articles de ski, il faut dire. C'est pour ça aussi qu'ils l'ont placé au Centre, assez loin de chez eux pour qu'il ne puisse pas rentrer. Alors le week-end il va chez ses grands-parents. «T'as de la chance, Seb, d'avoir un grand père pareil», disait ses copains. Un grand-père qui l'autorise à pousser son fauteuil roulant, et à l'accompagner à Paris...
Mot difficile après mot, silence après silence, dans des chapitres brefs, avec des phrases courtes, de nombreux renvois à la ligne, Jean-Pierre Spilmont traite l'espace de son récit en poète. De la page blanche émerge peu à peu la parole de ce garçon inabouti, sa maladresse, sa crudité, jusqu'à la révélation finale, jusqu'à nous faire partager son sentiment d'abandon - de trahison serait plus juste.
Sébastien n'a pas appris à accepter l'intolérable, et c'est pour ça qu'il remue si profond en nous, dans la dureté, dans la pureté dangereuse de nos réactions premières.
A lire, et à relire aussitôt achevé.


Sébastien est un jeune garçon que l'on a retrouvé errant dans le métro. Dans un commissariat, un homme prénommé Bourgoin l'interroge et Sébastien raconte son histoire de gamin rejeté par ses parents, des petits bourgeois de province qui le traitent avec indifférence voire avec mépris et qui finissent par l'inscrire dans un établissement pour enfants "différents" soit mentalement soit rebelles à toute éducation. Les seuls à l'aimer sont ses grands-parents, surtout son grand-père, que Sébastien vénère. Ancien de la guerre d'Algérie, il emmène son petit-fils à Paris car il doit y retrouver des amis anciens combattants comme lui. Et ces quelques jours dans la capitale vont tout faire basculer dans l'univers du garçon... Un livre court servi par une écriture juste qui touche directement au coeur. Sébastien est un de ces êtres à fleur de peau à qui on souhaite à tout prix de découvrir un monde meilleur.


Sébastien n'est pas tout à fait un enfant comme les autres. Retards scolaires, troubles du comportement, il n'en faut pas moins à ses parents pour le livrer aux bons soins d'une institution spécialisée où se côtoient les cas les plus dissemblables. En semaine, Sébastien mène la rude existence des pensionnaires qui se rêvent ailleurs ; les dimanches, il les passe auprès de ses grands-parents, seuls instants de bonheur, maigre consolation des frustrations et des angoisses de la semaine. Et puis un jour, voilà que Sébastien se retrouve dans le bureau d'un officier de la police judiciaire. Comment en est-il arrivé là ?
La grande force de ce texte est de donner la parole à cet enfant. C'est lui qui raconte sa propre histoire, avec ses mots, ses interrogations et ses peurs. On devine au fil des pages que cette histoire est celle que l'officier de police entend ou bien celle qu'il devrait entendre pour l'aider à comprendre ce qui s'est passé. Mais l'enfant est-il en mesure de prononcer les mots qui sont confiés au lecteur ? Là est tout le propos et l'intérêt du récit. Car le livre est l'espace où la parole est libérée, où l'expression est détachée de la peur et des inhibitions.
Pour autant ce livre n'est pas une confession. Il n'est pas l'expression d'un aveu. L'enfant, s'il cherche à expliciter son parcours, reste néanmoins une énigme pour lui-même. Ou, plus exactement, le monde qui l'entoure, comme les adultes qui sont responsables de lui, font l'objet, de manière quasi souterraine, d'une interrogation presque silencieuse.
L'écriture de Jean-Pierre Spilmont a la dureté et l'éclat d'un diamant, la limpidité du cristal. Elle a le don de vous faire voir entre les mots, de peupler les espaces vides et de faire entendre les silences qui riment avec souffrance.


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

«À l'école primaire, quand j'avais sept ans, il m'est arrivé un incident étrange. À la suite d'une insolation, j'ai perdu la mémoire. Je suis resté pendant six mois en état de choc, ne me souvenant plus que d'une grande lumière, puis je suis brusquement redevenu normal. Pendant toute cette période, on m'avait mis dans une section spéciale de mon école, réservée aux élèves déficients mentaux. Nous étions huit, et devions porter un uniforme noir, alors que les élèves normaux étaient habillés en blanc. Quand je me suis comme réveillé, on m'a redonné l'uniforme blanc, et les élèves considérés comme débiles m'ont demandé : "Mais qu'est-ce que tu fais là, habillé en blanc comme tous ces cons ?"»
Hugo Pratt
Le Désir d'être inutile



  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 17 février 2010

Un gamin condamné à se confesser. Un vieux condamné à renoncer aux aveux. Jean-Pierre Spilmont écrit en terrain miné, ouvre des brèches dans des non-dits bétonnés, sonde l'impossible, cette âme humaine ballottée entre mensonge, abandon, lâcheté, trahison. Sébastien, roman de l'innocence violée, met à nu, par la voix d'un enfant, des vérités enfouies qui éclatent en phrases brèves, nettes, sans bavures, aussi violentes qu'aériennes. L'écrivain ne désire rien d'autre que de raconter une folie après l'autre, une horreur après l'autre, failles familiales et faillites de l'Histoire. Il ne juge ni ne pardonne. Il dit l'indifférence, l'impuissance. Il écrit ­l'indicible, lui donne les couleurs du chagrin, et dessine les silences. De ces silences qui, selon les mots de la poétesse Andrée Chedid, «s'emplissent d'échos» et n'en finissent jamais de torturer.


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