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Ceux qui ont lu Graceland (Prix Pen-Hemingway 2007), le précédent roman de Chris Abani, n'auront pas oublié Elvis, ce garçon de 16 ans qui errait sur les plages de Lagos en quête d'un peu d'argent et d'espoir. Avec Le Corps rebelle d'Abigail Tansi, l'écrivain nigérian poursuit une oeuvre sombre et saisissante, marquée par l'histoire d'un pays où la violence fait loi. Hantée par le fantôme de sa mère morte en couches, Abigail, une adolescente nigériane dotée d'une force de caractère peu commune, est envoyée par son père à Londres chez des cousins. Mais loin d'y trouver la paix, elle plonge bien vite dans un enfer de solitude. Habile à mobiliser les pouvoirs attachés au spectre maternel pour survivre, elle va devoir payer sa résistance au prix fort...
Tout à la fois lyrique et dépouillée, forgée aux rythmes et aux cadences de son pays natal, la prose de Chris Abani sublime l'expérience de la souffrance humaine en une méditation profonde sur la perte, l'abandon et la solitude. Par-delà la tragédie, Le Corps rebelle d'Abigail Tansi est un chef-d'oeuvre de poésie et de sensualité.
Né en 1966 au Nigeria, Chris Abani a écrit son premier roman à l'âge de 16 ans. En 1985, il est jeté en prison au motif que ce livre aurait inspiré un coup d'Etat (finalement manqué) contre la dictature en place. En 1987 et 1990, il est à nouveau emprisonné pour "activités subversives" contre ladite dictature. Il a publié trois romans : Masters of the Board (1985), Graceland (2004), The Virgin of Flames (2007), et deux novellas : Becoming Abigail (2006) et Song for Night (2007), mais également quatre recueils de poésie. Son oeuvre lui a déjà valu plusieurs prix littéraires. Chris Abani est actuellement professeur associé à l'Université de Californie.
La revue de presse Catherine Simon - Le Monde du 2 avril 2010
Le Corps rebelle d'Abigail Tansi est une fable sombre, violente, une dénonciation de la brutalité des hommes, de leur immaturité. "C'était comme s'il n'avait jamais appris à occuper son corps correctement. Ou peut-être était-ce sa vie dans laquelle il n'était jamais entré, et qu'il en occupait une autre ?", s'étonne l'adolescente à propos de son cousin. Entre Abigail, la déchirée, éjectée en plein vol de son enfance nigériane, et Marnus, le subjugué, fasciné par l'ordre viriliste et la mythologie afrikaner, il y a plus d'un lien : ici et là, quelle que soit la couleur de sa peau, le corps naissant est une infaillible boussole.