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Auteur : Anna G.
Traducteur : Jean-Claude Capèle
Date de saisie : 16/05/2010
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Aubier, Paris, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7007-0405-1
GENCOD : 9782700704051
Sorti le : 24/02/2010
Ouvrage édité sous la direction d'Anna Koellreuter
Vienne, 26 avril 1921, dans le cabinet du professeur Freud. Allongée sur le divan, Anna G. lui déclare : «Je vous aime d'une façon si indescriptible, comme jamais auparavant je n'ai aimé quelqu'un.» Cette jeune femme de vingt-sept ans est entrée en analyse il y a un mois. Elle a quitté Zurich pour la capitale autrichienne, laissant derrière elle son fiancé, sa famille et le Burghölzli, la clinique où elle exerce le métier de psychiatre. Après sept ans de fiançailles vécues dans l'ambivalence et le doute, son mariage est annoncé pour l'automne. Cependant, Anna G. continue d'hésiter.
La découverte posthume de deux cahiers d'écolier, dont Anna G. n'avait jamais parlé et qu'elle ne destinait pas à la publication, jette une lumière inattendue sur Freud : une partie des séances et des propos échangés y sont consignés. À l'écoute des rêves, des associations, des fantasmes sexuels de son analysante, Freud, alors en pleine maturité, explique, interprète, provoque, sonde. Et il évoque ses propres théories : le complexe d'dipe, le transfert, le cas Dora, le fantasme de l'enfant battu (que sa fille, prénommée Anna elle aussi, lui a inspiré)...
La petite-fille d'Anna G., Anna Koellreuter, docteur en philosophie et analyste à Zurich, a dirigé l'édition de cet ouvrage, paru en 2009 en Allemagne. Elle a convié des historiens et des psychanalystes allemands et anglo-saxons à réagir à ce document exceptionnel, témoignage aussi de la façon dont une jeune femme peut, par l'analyse, sortir d'une souffrance affective et se découvrir un nouveau destin.
Traduit de l'allemand par Jean-Claude Capèle
Le Journal d'une jeune femme soignée par l'inventeur de la psychanalyse offre un regard neuf sur ses méthodes...
La jeune Suissesse n'a rien d'une ingénue. Elle a étudié la psychiatrie et lu la littérature freudienne. Elle accepte de livrer ses rêves où se croisent des chats, des maladies de peau et des pièces de broderie. Elle ne voit pourtant pas venir le coeur de sa thérapie. «Je vous aime d'une façon si indescriptible», finit-elle par dire au vieil homme qui en a vu d'autres.
En 1921, Anne G. entreprend une analyse avec le célèbre professeur Freud à Vienne. Ses deux cahiers de notes sont publié pour la première fois en français...
On doit la récente publication des écrits inédits d'Anna Guggenbühl (1896-1982) à sa petite-fille. Elle-même psychanalyste, Anna Koellreuter a longtemps hésité à rendre publiques ces notes serrées, couchées dans deux petits cahiers d'écolier. «À mes yeux, la question essentielle était la suivante : comment publier le journal d'Anna G. tout en protégeant ma grand-mère ?», partage-t-elle, avant d'évoquer la solution qu'elle trouva à ce dilemme : confier les manuscrits à quelques spécialistes de l'histoire de la psychanalyse qui pourraient s'exprimer librement sur ce cas, n'étant pas intimement liés à l'analysante. L'ouvrage publié aujourd'hui comprend l'intégralité du journal- qui ne compte qu'une vingtaine de pages- et cet appareil savant, très précieux pour le remettre en perspective.
Bien des aspects de la création de la métapsychologie et de la pratique de Freud sont éclairés par ce livre exceptionnel. Dont, par exemple, le thème des «femmes sur le divan de Freud» ; Anna G. était en effet en analyse en même temps qu'une autre Anna, la propre fille de Freud, ce qui sans doute n'était pas anodin au plan du contre-transfert de l'analyste...
Nombre d'anecdotes vécues par les uns et les autres font apparaître une originalité de ce journal par rapport aux autres récits d'analysants de Freud : S. Blanton, H.D. Doolittle, A. Kardiner, M. Pohlen. Il ne s'agit en effet ni d'un hommage à Freud ni d'une hagiographie. C'est un récit de ce qu'on appellerait plutôt maintenant une psychothérapie analytique, c'est-à-dire d'un traitement destiné à résoudre un problème précis dans un temps donné. Traitement qui a été excellemment conduit jusqu'à une fin satisfaisante pour l'analysante comme pour l'analyste.
Il y a toujours eu dans l'histoire des médecines de l'âme plusieurs manières d'exposer les cas cliniques. Tantôt c'est le thérapeute qui reconstruit une fiction vraie afin d'éprouver la validité de ses thèses, tout en conservant l'anonymat du patient ; tantôt c'est le patient qui rédige son journal de cure : on a alors affaire à un témoignage écrit qui exprime une tout autre vision du déroulement de l'expérience. Depuis des décennies, les historiens de la psychanalyse ont, de leur côté, révisé et réécrit l'histoire des patients anonymes en dévoilant leur véritable identité. Ils se sont aperçus que, bien souvent, cette histoire était très différente de la fiction reconstruite par le thérapeute...
Les meilleurs spécialistes du freudisme germanophone et anglophone ont été convoqués pour commenter chaque mot de ce journal magnifiquement traduit en français par Jean-Claude Capèle : Ernst Falzeder, Karl Fallend, Thomas Aichhorn, John Forrester, Pierre Passett, Juliet Mitchell, André Haynal, Ulrike May, August Ruhs. Chacun livre une interprétation personnelle du cas, ajoutant au corpus initial une vaste narration post-freudienne, kleinienne, lacanienne ou simplement historiographique. Cette passionnante anthologie contribue à enrichir les annales de l'histoire de la psychanalyse.
Extrait de l'introduction d'Anna Koellreuter
«Comment est-il ce Prof. Freud et comment se comporte-t-il au juste ?» demanda le père à sa fille Anna G. dans une lettre datée du 13 juin 1921. D'avril à juillet de cette année-là, la jeune femme a été en analyse avec Freud à Vienne, et durant cette période, elle ne répondit pratiquement à aucun courrier. En revanche, elle a tenu un journal consacré à ses séances.
L'analysante en question était ma grand-mère, Anna G. Il y a près de vingt ans - six ans après sa mort -, on découvrit à l'improviste une lettre de Freud dans laquelle il lui indiquait ses conditions pour une éventuelle analyse - ses exigences en termes d'honoraires et de durée minimale de la cure -, et il lui signalait qu'elle devait se décider rapidement. Peu après avoir retrouvé cette lettre, on retrouva aussi son journal. Cette découverte m'a profondément bouleversée. Comme les autres membres de ma famille, je savais que ma grand-mère avait fait une analyse avec Freud, bien que les informations qu'elle avait pu nous donner à ce sujet fussent extrêmement maigres.
Au cours de mes études, j'ai vécu chez mes grands-parents pendant quelques années, et j'ai appris un métier proche du sien : je suis devenue psychanalyste. Elle, pour sa part, n'a jamais exercé cette profession. Et bien qu'elle fît preuve d'un grand intérêt pour ma pratique analytique, elle ne m'a jamais parlé de son analyse. Lorsque je lui demandais par exemple comment Freud se comportait pendant les séances, elle répondait de façon évasive que c'était un homme «affable». Sa seule remarque fut en réponse à une question de ma mère : la présence de Freud dans la même pièce était plus importante que ce qu'il pouvait lui dire. Je n'ai jamais pu en savoir davantage, ni d'ailleurs les autres membres de ma famille qui lui posaient aussi des questions : l'expérience qu'elle avait vécue à Vienne n'était pas anodine, et elle aiguisait légitimement la curiosité de ses proches. Mais elle a toujours refusé de donner davantage de détails. Pendant son séjour viennois, elle avait répondu de façon aussi évasive aux questions que ses parents lui posaient dans leurs lettres, et c'est la raison pour laquelle je me suis souvent demandé si cette analyse avait vraiment eu lieu. Cependant, nous avons souvent discuté de son activité de psychiatre, tant à Paris qu'à Zurich, et elle manifestait pour les études que je poursuivais un intérêt qui ne s'est jamais démenti, s'informant sur les sujets qui étaient à mon programme, sur les séminaires que je suivais, et relisant dans les moindres détails tous les exposés et mémoires que je rédigeais dans le cadre de mon parcours universitaire.
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