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Auteur : Lionel Duroy
Date de saisie : 01/07/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-260-01809-4
GENCOD : 9782260018094
Sorti le : 04/03/2010
Père absent, mère peu aimante, parents s'aimant mal, englués dans des idées qui ont fait leur temps, difficile de trouver sa place ensuite, créer une famille, vivre tout simplement. Pour L. D. le moment n'est plus aux règlements de compte, apitoiements, mais à la nécessité de dire l'histoire d'un naufrage familial, entre colère et chagrin (et sourire), le plus sincèrement possible... pour le grand bonheur de la vaste famille des lecteurs.
Dans cet écrit couleur chagrin l'auteur de «Priez pour nous» revient sur sa vie. Une enfance mal germée, déstructurée par une mère neurasthénique haineuse pleurant ses rêves inaccessibles de vie de château et un père à particule, Monsieur De, surnommé Toto, dévoué, un peu roublard mais débordé par une ribambelle d'enfants. William grandira dans une sorte de chaos aux relents racistes fait de déménagements, de scolarité brouillée, la guerre d'Algérie, mai 68 et rencontres lumineuses. L'amour, les livres, le journalisme, l'écriture pour une reconstruction à petits pas et le pouvoir des mots comme force libératrice d'un passé familial désastreux. Un roman dense, sans concession, sensible et passionnant.
«À l'origine de ma venue au monde, de notre venue au monde à tous les onze, il y a l'amour que se sont déclaré nos parents. Toutes les souffrances qu'ils se sont infligées par la suite, toutes les horreurs dont nous avons été les témoins, ne peuvent effacer les mots tendres qu'ils ont échangés durant l'hiver 1944.»
De l'Occupation jusqu'à nos jours en passant par la guerre d'Algérie et Mai 68, des avenues chics de Neuilly aux cités dortoirs de Rueil, Lionel Duroy retrace l'itinéraire chaotique d'un enfant, puis d'un homme, pris au piège d'une odyssée familiale désastreuse. Un roman poignant qui fouille les mentalités françaises des cinquante dernières années.
Longtemps journaliste à Libération et à l'Événement du jeudi, Lionel Duroy est l'auteur d'une dizaine de romans dont Priez pour nous, Trois Couples en quête d'orage, Des hommes éblouissants et Le Cahier de Turin.
Ce livre-là ne vous lâche pas si facilement. Vous en avez lu d'autres depuis, vous en avez lu de plus saisissants ou de plus sophistiqués, mais le Chagrin a quelque chose de différent, qui retient, et qui reste, qui demande qu'on y revienne...
Y a-t-il plus beau titre de roman que le Chagrin ? Chagrin de William lorsque la mère de ses enfants en aime un autre. Chagrin soudain revécu par l'écrivain lorsque son manuscrit achoppe sur les années tunisiennes, et qu'il se souvient : «Notre mère m'avait abandonné à l'âge de trois mois pour sauver un autre de ses fils.» L'aîné des garçons, né en 1946, avait le choléra, Mme de Pranassac l'avait ramené en France, sans se douter que soixante ans plus tard, il y aurait des milliers de lecteurs pour s'occuper du petit, resté à Bizerte.
Lionel Duroy règle ses comptes dans une autobiographie magistrale...
Embrassant un demi-siècle d'histoire, cette saga bouleversante met à nu les ravages d'un héritage familial réprouvé. Pétainistes sous l'Occupation, partisans de l'Algérie française puis soutiens de l'OAS, les parents de Lionel Duroy n'ont jamais suivi le bon courant. Et s'il pardonne volontiers au père ses trahisons, l'auteur montre moins de mansuétude envers sa mère, personnage honni et maltraité comme rarement une génitrice le fut depuis la Folcoche d'Hervé Bazin. La littérature devient alors l'instrument de sa revanche, contre son enfance, son éducation et ses souvenirs. Mais aussi, au vu du dernier tiers du livre, plus mélancolique, un moyen de retenir à ses côtés ceux qu'il a aimés. Quand bien même la vie n'aurait jamais eu des airs de conte de fées...
La haine devenue un "chagrin meurtrier", l'auteur récapitule, avec une rare sincérité, toutes les étapes, les blocages, les erreurs de sa vie, pour les relier aux traumatismes de l'enfance. Il réécrit donc l'histoire familiale racontée, il y a vingt ans, dans Priez pour nous. Ce best-seller, porté à l'écran en 1994, narrait avec verve les déboires d'une tribu d'aristocrates ruinés, catholiques et ultraconservateurs, expulsée de Neuilly pour échouer dans une HLM de banlieue, entamant une longue descente aux enfers. Le Chagrin revisite cette histoire d'un autre point de vue. William, le narrateur, n'a plus 10 ans mais 60, il n'est plus le quatrième enfant d'une tribu de dix, mais journaliste et écrivain, deux fois marié et père à son tour...
Le récit enlevé, plein de verve et d'émotions, dresse le portrait impitoyable d'un milieu coincé par son éducation, ses peurs et ses préjugés. On comprend, en le lisant, les ressorts intimes du conservatisme qui fait le lit du racisme et de l'intolérance.
Depuis son premier roman autobiographique, Priez pour nous (1991), il se frotte contre les murs de sa mémoire familiale, entre un père représentant de commerce sans le sou, pétainiste et antisémite, une mère dépressive déçue par son petit train de vie, et neuf frères et soeurs qui ont appris trop tôt à préserver les adultes...
De ces flashs douloureux, Lionel Duroy saisit toujours la chaleur paradoxale, comme si l'horreur pouvait parfois être réconfortante, la déception stimulante. C'est un écrivain qui va de l'avant, et se nourrit de cet avant avec une tendre hargne...
Pourtant, Le Chagrin décrit une émouvante éclosion. Celle d'un homme qui découvre l'acceptation de soi.
Son chagrin, Lionel Duroy l'attribue à un épisode qui s'est déroulé en Tunisie où ses parents ont un peu vécu. L'un des aînés venait de contracter le choléra et la mère était partie vers la métropole, abandonnant les autres pour le sauver. Depuis, le rescapé jouissait d'un privilège d'affection. Au milieu du récit de ce souvenir, Lionel Duroy est victime d'une panne d'écriture, en proie à des angoisses, des paniques qui vont le mener dans les gouffres de la dépression. Pages impressionnantes sur le sentiment d'insécurité et d'errance dans les ténèbres que peut éprouver un écrivain quand les mots se dérobent. Psychisme en déroute, raison vacillante, corps qui lâche. Et puis, un jour, la nécessité souterraine, impérative, l'emporte. Les mots reviennent. Le livre renaît. Écrire sauve du naufrage...
Dans ce «roman» autobiographique (où il se met en scène sous un faux prénom, William : mais pourquoi donc ?), Lionel Duroy dévide la pelote embrouillée de sa vie comme on dévale les pentes d'un toboggan à bosses, avec beaucoup de soubresauts et de chocs, aligne les chapitres effarants d'une vie dispersée aux quatre vents qui plombent son entrée dans la vie d'adulte. Jusqu'aux premiers baisers du premier amour. Il n'en revient pas de se sentir soudain «précieux, aimable, désirable et même beau»...
Les mots et l'écriture comme rempart à ses propres tourments.
Mais que reste-t-il de l'enfant qu'on a été ? Ou plutôt : l'adulte qu'on devient peut-il avoir un jour raison de l'enfant qu'on a été ? C'est la question que se pose Lionel Duroy et à laquelle il ose enfin répondre, cette fois sans colère, sans esprit de vengeance. Qu'il évoque son premier mariage, son divorce, sa rencontre avec Blandine (sa plus belle «oeuvre»), ses enfants qui forment une famille recomposée ; que le journaliste de «Libération» et de «l'Evénement du jeudi» raconte ses reportages en Algérie - où il retrouve les hommes que le lieutenant Le Pen avait torturés -, en Nouvelle-Calédonie ou dans l'ex-Yougoslavie en guerre ; qu'il décrive le scandale provoqué chez les siens par ses livres successifs : c'est toujours à son passé que l'auteur du «Chagrin» revient. Plus il veut rompre avec son histoire, mieux il s'y attache. Plus il avance, mieux il recule. Dans ce mouvement de va-et-vient se dessine, passionnante et bouleversante, une vie française. Et, inflexible, obstiné, un destin d'écrivain.
Avec Le Chagrin, Lionel Duroy puise à nouveau dans sa dramatique saga familiale. Une plongée époustouflante. Bon sang, quel livre ! Quel bonheur de lecture ! Et dire que Le Chagrin est placé sous le signe du malheur...
Mais cette fois, l'ex-journaliste de Libération va plus loin, scrutant sans complaisance le miroir de sa vie, qui renvoie aussi les reflets sépia d'un demi-siècle de l'histoire de France. Le romancier trouve surtout un ton irrésistible, empreint d'une légère gravité, d'une lucidité et d'une sincérité qui excluent l'autoapitoiement et le manichéisme. Ce Chagrin est si émouvant, si prenant, qu'il nous tire des larmes... de reconnaissance !
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