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Auteur : Pierre Guyotat
Date de saisie : 19/05/2010
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-078445-5
GENCOD : 9782070784455
Sorti le : 18/03/2010
Suite à Formation (2007) qui n'est pas du "souvenir d'enfance" comme on l'a quelquefois écrit, mais le récit de formation d'un enfant qui pense pouvoir consacrer sa vie à la création, j'ai voulu concentrer mes forces de mémoire, d'empathie et de poésie sur la quinzième année de mon âge.
On trouvera ici, entre autres faits - Dieu Créateur, Dieu Rédempteur, Vierges, conflit au père, amitié de la mère dans les prémices de sa disparition trois ans plus tard, Cosmos, Histoire, filles, femmes, garçons, filles encore, Nature, animaux, ruines de guerre, cirque, et surtout, avec la Poésie, le sexe de femme -, l'histoire, la description, l'explication d'une pratique, la "branlée-avec-texte" qui, depuis l'esquisse de sa description en 1972 dans "Langage du corps" (in Vivre) où je la signale comme déjà révolue, a suscité et suscite toujours des interprétations erronées, des déformations, voire des racontars réducteurs, quand ce qui l'animait alors se situait bien au-dessus et bien en dessous de ce qu'on croit.
Plutôt que de reprendre le courant chronologique de Formation, j'ai procédé ici par journées souvent longues et suivies de leurs nuits, comprises entre la fin de Juin et la fin d'Août de l'année 1955.»
Pierre Guyotat.
Le récit oscille entre cet «arrière-fond», qu'il explore et accepte, et le présent des jours d'été, les interrogations tourmentées du jeune garçon (sur la foi, la sexualité, ses parents...) et ses relations sensuelles avec deux adolescents - la tendre Annick et le pressant Anthony. Entre réel et imaginaire, présent et passé, la frontière se brouille, donnant parfois à ce livre âpre et cru, jalonné de scènes violentes, l'apparence d'un rêve. Un songe d'où est véritablement né l'écrivain Pierre Guyotat - où il a trouvé le lieu singulier depuis lequel retentit jusqu'à nous sa langue organique.
C'est par un rêve que commence ce récit, qui, se voulant absolument fidèle à la mémoire des événements vécus, les met néanmoins d'emblée à distance, les installant dans un monde ouvert par un coup de force de l'imaginaire. De bien des pages d'Arrière-fond, violentes ou apaisées, on se demandera dès lors si nous sommes dans le fantasme ou le réel. Non par souci pointilleux de la véracité anecdotique, mais par contrecoup de l'émotion provoquée par cette lecture...
La langue du livre, rompant avec la prose classique de Coma ou de Formation, se fait violente souvent, apaisée parfois. Toute musicalité et rythme, elle suit les incessantes disjonctions du récit. Le charme et l'intensité de ces pages crues tiennent peut-être à cela, autant qu'à l'absolue franchise et à l'art de faire parler la mémoire. Guyotat revient, une fois de plus, où on ne l'attendait pas, avec un grand livre.
Au-delà de scènes violentes (un viol collectif) ou admirablement inspirées (au cirque) et de la capacité qu'a Guyotat de faire renaître en lui son adolescence, c'est l'élaboration d'un tempérament poétique qui est en oeuvre. Il met en place, à la manière du plus grand Genet réflexif (celui d'Un captif amoureux ou de Journal du voleur) une théologie du désir.
Il y a comme on le voit une volonté d'engendrer sans genre, sans parent, à la fois par-delà la différence des sexes, dans un arrière-fond grumeleux d'avant le langage, d'avant la séparation opérée par la nomination («le cerveau disparu, la vie, la génération continuent») et aussi en dominant totalement la forme, mais de l'intérieur. L'auteur est au texte ce que la substance est au mode, leur engendrement réciproque est la perfection, l'art une sorte de passivité divine : «Pour bien créer il faut rendre les armes devant le réel, se retirer devant la beauté, la regarder presque hébété, la laisser agir en soi, vous endormir et au réveil, la beauté est là sur ses pieds, mais elle est vôtre; il faut de la lâcheté en somme, quand le philosophe et le savant avancent eux pas à pas; mais quand une civilisation veut se défendre de son déclin, elle avance ses artistes.»
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