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En 1985, un jeune écrivain de Barcelone publiait un livre qui allait secouer les lettres espagnoles : Abrégé d'histoire de la littérature portative. L'ouvrage s'inscrit dans une lignée d'écrivains inattendue (celle de Laurence Sterne) et est entièrement composé d'échos littéraires.
Tous les livres qui suivent s'emboîtent et se répondent sans pour autant se répéter, chacun explorant un continent littéraire pour mieux s'en affranchir : Pessoa, Kafka, Musil, Joyce, etc.
Homme-livre, Enrique Vila-Matas l'est à plus d'un titre mais sans perdre pour autant de vue ce qui fait la matière la plus précieuse de l'écrit : la place de l'être dans le monde et le temps.
Pile et face, tel un funambule, l'écrivain joue avec l'ombre et la lumière à cheval entre la fiction et l'essai pour accéder à un équilibre fragile dont le profil se dessine peu à peu.
Enrique Vila-Matas vit à Barcelone. Reconnue comme l'une des plus importantes de la littérature européenne d'aujourd'hui, son oeuvre a été couronnée par des prix prestigieux comme, entre autres, le prix Rómulo-Gallegos 2001 à Caracas et le prix Médicis étranger 2003.
La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 1er avril 2010
Deux légendes et une vérité douteuse, c'est beaucoup pour un seul écrivain. C'est très peu pour Vila-Matas, qui peut arborer le titre de locataire de Marguerite Duras, et de plus grand forgeur de fausses interviews de toute la presse catalane. Celles d'André Gabastou, qui forment l'âme de l'ouvrage, le onzième de cette collection consacrée à des écrivains, connus ou non, qui comptent dans la littérature contemporaine, sont de vraies interviews. Au-delà du pittoresque assumé, elles travaillent les veines profondes de l'univers du prix Médicis étranger de 2003.
Les courts extraits de livres : 15/04/2010
Enfance sans vert paradis
Je crois que, bien que ton oeuvre soit écrite sous le signe de l'enfance, tu parles très peu d'elle. Je me trompe ?
Avant de quitter à vingt ans la maison de mes parents, il ne m'arrivait rien. Tant que j'étais sous la protection familiale - une protection paternelle, il faut le dire, très puissante -, il ne se passait rien et ce n'est que lorsque je me suis vu exposé au monde qu'ont commencé à se produire des histoires, des événements, des faits plus ou moins mémorables.
Et de la jeunesse, tu en parles encore moins, n'est-ce pas ?
Bon, je crois que j'en ai beaucoup parlé, et, en plus, avec une évidente ironie dans Paris ne finit jamais, par exemple. Mais il est vrai aussi que je n'ai jamais voulu laisser mon enfance et ma jeunesse enfermer mon monde mental. Pour pouvoir accéder plus vite à ma maturité d'écrivain et me dire un jour : regarde comme tu es allé loin et à quelle vitesse, sans le poids de l'enfance et de la jeunesse.