Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Kate Grenville
Traducteur : Mireille Vignol
Date de saisie : 19/08/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque anglo-saxonne
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782864247272
GENCOD : 9782864247272
Sorti le : 05/04/2010
William Thornhill a grandi dans les quartiers pauvres de Londres, à la fin du 18e siècle, des quartiers où "de tous les côtés, on ne voyait que des murs de briques, des cheminées, des pavés et des planches vermoulues au grain marqué par un résidu de badigeon à la chaux (...) Les tanneries, les abattoirs, les fabriques de glu et les malteries contaminaient l'air de leurs miasmes."
A la mort de ses parents, William a treize ans. Ses deux frères aînés ayant quitté la maison, c'est sur lui que repose la charge de faire vivre sa famille. Du travail à la manufacture à celui de la tannerie, il sera finalement embauché comme apprenti par Mr Midleton, passeur sur la Tamise. La vie semble enfin lui sourire : ses frères et soeurs peuvent enfin manger à leur faim, il peut emménager dans un lieu de vie moins insalubre. A la fin de ses sept années d'apprentissage, Will deviendra passeur à son tour, propriétaire de deux bateaux. Son mariage avec la fille de Mr Midleton devait être l'aboutissement de ces années d'efforts et la promesse d'une vie meilleure.
Mais la mort de ses beaux-parents, des hivers rigoureux où la Tamise reste gelée pendant plusieurs semaines, le font plonger à nouveau dans la misère. "Il travailla, jour après jour, pour quiconque voulait embaucher un passeur sans bateau. Il transportait les gens riches d'une rive à l'autre et se mit à les haïr, eux qui étaient bien au chaud dans leurs fourrures, les mains profondément enfoncées dans les poches, les yeux presque invisibles sous leurs chapeaux, les pieds douillettement protégés par de grosses bottes chaudes, alors que les siens, nus, se mouillaient cent fois par jour et gelaient pendant qu'il attendait leur bon plaisir." Jusqu'au moment où, ne pouvant résister à la tentation, William vole un chargement de bois précieux. Pris sur le fait, il est condamné à la pendaison, peine qui sera commuée ensuite en bannissement à vie en Nouvelle-Galles du Sud.
Il mènera ainsi, dans la colonie de sa Majesté, une vie de bagnard, adoucie cependant par la présence de sa femme et de ses enfants. Amnistié après plusieurs années, il décidera de quitter la ville de Sydney fondée par les colons britanniques pour s'installer au bord du fleuve et cultiver le maïs. C'est ainsi qu'il fera la découverte d'une tribu aborigène installée sur ces terres depuis longtemps. Deux cultures vont se rencontrer, s'opposer, la tension et les animosités de plus en plus palpables au fil des semaines. "La fumée du feu des noirs était visible tous les jours, parfois au-dessus de l'escarpement derrière la case, parfois en aval du fleuve, d'autres fois encore à une petite distance du premier embranchement. Ils étaient tout autour, tout le temps. Mais depuis cinq semaines que la famille Thornhill était là, elle les avait seulement vus le premier jour. S'ils avaient eu l'intention de causer des problèmes, se dit Thornhill, ce serait déjà fait."
Avec le roman de Kate Grenville, le lecteur s'immerge dans l'histoire, du Londres de la fin du 18e siècle et du début du 19e, à l'Australie coloniale. On y découvre des personnages au fort caractère qui cherche à "changer leur destinée", à quitter la misère qui semble devoir être la leur. Même s'il arrive en Nouvelle-Galles du Sud comme bagnard, William est pourtant bien disposé à considérer cela comme une nouvelle chance, un espoir d'accéder à une autre vie bien meilleure. La confrontation des deux cultures, la violence du colonialisme y sont dépeints d'une écriture précise, sans jugement et sans complaisance.
En 1806, William Thornhill, batelier sur la Tamise, illettré au sang chaud mais au grand coeur, vole une cargaison de bois. Il est condamné à vie au bannissement en Nouvelle-Galles du Sud. Sa femme, intelligente et résolue, l'accompagne. Amnistié après quelques années, il s'installe au bord du fleuve Hawkesbury qui, à cette époque, marque la limite des terres habitées australiennes.
Séduit par cette nature sauvage et généreuse, William découvre que la région appartient à une tribu aborigène. Ils n'ont construit ni barrières, ni routes, ni maisons, mais ils vivent sur cette terre et de cette terre, aussi clairement que Thornhill avait l'intention de le faire. La tension entre colons et aborigènes monte peu à peu et William va se trouver confronté à un choix impossible. La décision qu'il prend détermine le reste de sa vie. La violence du colonialisme est ici montrée avec brutalité mais elle est contrebalancée par la volonté naïve des protagonistes de saisir une chance inespérée. Et si la lutte pour survivre est décrite avec une grande habileté, c'est la recherche de l'identité de chacun que retient le lecteur. Le roman qui avait commencé comme un somptueux récit historique situé à l'époque géorgienne se transforme en un profond voyage à la découverte de soi.
«Il a fallu attendre cinq ans ce Fleuve secret, mais cela en valait la peine... Il est magnifiquement rythmé, passionné et dérangeant.» The Times
Kate Grenville, lauréate de l'Orange Prize en 2001, a reçu de nombreux prix littéraires pour ce roman inspiré par l'histoire de sa famille. Elle vit à Sydney.
Après avoir fendu les flots de l'océan une bonne partie de l'année, l'Alexander et sa cargaison de bagnards avaient enfin atteint le bout du monde. Rien ne verrouillait la porte de la hutte où William Thornhill, déporté à perpétuité en l'an de grâce 1806, passait sa première nuit en Nouvelle-Galles du Sud, colonie pénitentiaire de Sa Majesté. Pouvait-on d'ailleurs parler de porte ou de mur pour désigner un battant en écorce et une paroi de bâtons mêlés de boue ? Verrous, portes et murs étaient superflus : trois mille cinq cents lieues marines formaient les barreaux de cette prison.
L'épouse de Thornhill dormait paisiblement contre lui, sa main encore enlacée à la sienne. Blottis l'un contre l'autre, l'enfant et le bébé étaient aussi plongés dans le sommeil. Seul Thornhill ne parvenait pas à fermer les yeux sur les ténèbres étrangères. Il sentait la nuit moite, immense, pénétrer dans la case et y diffuser les bruits de sa vie propre : craquements et crépitations, bruissements intimes et, au-delà et à l'infini, le murmure de la forêt.
Il se leva et franchit le seuil sans déclencher un cri, sans attirer l'attention d'un garde : il n'entendit que la vie de la nuit. Elle l'enveloppa, chargée d'odeurs riches et humides. De grands arbres se dressaient au-dessus de sa tête. Une brise frémit entre les feuilles, puis s'éteignit, ne laissant derrière elle que la vaste réalité de la forêt.
Il était une puce sur le flanc d'une gigantesque créature silencieuse.
Au pied de la colline, l'agglomération était tapie dans le noir. Un chien poussa un aboiement empreint de lassitude, puis se tut. De la baie où l'Alexander avait mouillé, on percevait l'eau qui remuait dans son lit de terre, se gonflait contre le rivage.
Hauts dans le ciel, la lune effilée et le fatras d'étoiles étaient aussi insignifiants que des grains de riz épars. Aucune trace de l'Étoile polaire, son amie et son guide sur la Tamise, ni de la Grande Ourse qu'il avait toujours connue : il ne voyait qu'un flamboiement indéchiffrable et indifférent.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia