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Dans une petite ville, un voyageur solitaire attend une embarcation : quelque part au-delà du fleuve, Khadidja, celle qu'il a aimée autrefois, lutte sans doute contre la mort.
Pendant trois journées d'attente, l'homme chemine dans sa propre mémoire : sa rencontre avec la jeune femme dans cette lointaine ville européenne, leur vie commune en Afrique, la déchéance et les humiliations. Où trouver, dans les décombres du passé, «quelque chose qui ressemble à un commencement» ? Peut-être dans cet étrange emploi accepté par Khadidja, à bout de misère : s'asseoir chaque jour devant une porte ouverte sur l'obscur, et parler à un être invisible, imaginer sans relâche de nouvelles fables et l'identité de leur destinataire, jusqu'à sombrer dans la folie et disparaître.
Le Cavalier et son ombre est tissé des récits de Khadidja et du narrateur, tantôt réalistes tantôt oniriques, toujours porteurs du malheur d'un continent étranglé par tant de désastres. Pourtant, la quête du salut demeure, symbolisée par cet enfant mythique revenant de conte en conte et qui «n'a eu le temps ni de vivre ni de mourir».
Roman lyrique et grave, Le Cavalier et son ombre dit superbement la déchirure de l'écrivain africain, qui ne sait si ses textes s'adressent à l'abîme ou à des êtres de chair et de sang.
De Murambi, le livre des ossements à Les Petits de la guenon, les romans du Sénégalais Boubacar Boris Diop sont une méditation sur la condition humaine à travers les tragédies et les espérances de l'Afrique. Son oeuvre exigeante en fait une des voix les plus singulières du continent.
Les courts extraits de livres : 15/04/2010
Je suis arrivé hier, peu après minuit, à l'hôtel Villa Angelo. C'est mon tout premier séjour dans cette paisible petite ville de l'Est et je sens, déjà, à quel point il me sera difficile de trouver une pirogue pour Bilenty, ma destination finale, sur l'autre rive du fleuve. L'hivernage a été très pluvieux et les villages en amont - c'est le cas de Bilenty - sont restés presque complètement isolés du pays pendant plusieurs semaines. Par bonheur, les choses ont fini par s'arranger de ce côté. Plus rien ne s'opposait, en principe, à la reprise du trafic.
Voilà du moins ce que je croyais avant de venir ici. En fait, la situation n'est pas aussi simple et il me faudra faire preuve d'une certaine patience. Une seule pirogue assure la liaison entre la ville et Bilenty, et l'attente peut durer, selon les cas, quelques heures ou plusieurs jours. Il va de soi que la navigation sur le fleuve n'est pas toujours sans danger. La brusque montée des eaux est souvent à l'origine d'accidents meurtriers et il faut compter avec d'autres difficultés. L'affaire est même parfois un peu troublante : ainsi, aucun de mes interlocuteurs n'a pu me dire, clairement, à quoi tenaient ces difficultés. J'ai essayé de discuter de la question au téléphone avec le Passeur - qui a en quelque sorte le monopole de la ligne - mais, à mon grand étonnement, l'homme de l'art s'est montré pour le moins évasif.