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Auteur : Oya Baydar
Traducteur : Valérie Gay-Aksoy
Date de saisie : 20/08/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7529-0391-4
GENCOD : 9782752903914
Sorti le : 08/04/2010
Omer est un célèbre romancier en panne d'écriture. Elif, son épouse, une scientifique de renom... Dans une Turquie dévastée par ses guerres, Omer va aller chercher "la parole perdue"... Roman remarquable.
Une revue de presse d'Aurélie Kieffer, journaliste à France Culture
- Tu sais ce que ça veut dire, perdre un fils ?
- Je sais, laisse échapper Ömer (...). J'avais un fils. Il n'est pas mort, mais je l'ai perdu. Ce n'est pas seulement dans les montagnes et dans les guerres que disparaissent les enfants. Le mien a capitulé, laminé par l'état du monde, par lui-même. J'aurais voulu qu'il se batte, qu'il conquière ses propres montagnes, qu'il me dépasse. J'aurais voulu en faire le soldat de mes propres combats et le voir reprendre le flambeau des valeurs qui étaient les miennes. J'aurais voulu qu'il s'engage au lieu de végéter, qu'il lutte pour ses convictions, qu'il ait même le courage de mourir s'il le fallait.
- Nos enfants ne sont pas nos miroirs pour qu'ils reflètent nos valeurs, Ömer Beg. Il n'y a ni valeur ni victoire qui vaille qu'on lui sacrifie la vie d'un enfant.
Ömer, célèbre romancier en panne d'écriture, se lance sur les routes anatoliennes à la recherche de sa vérité et de celle du peuple kurde. Il s'éloigne ainsi de son épouse Elif, scientifique de renom, elle aussi en plein questionnement : pourquoi leur fils a-t-il décidé de fuir ses parents et un monde à feu et à sang pour la tranquillité d'une île norvégienne ? En quoi leur génération militante a-t-elle failli ?
Née à Istanbul en 1940, emprisonnée en 1971 pour son opposition au coup d'État militaire, exilée en Allemagne de 1980 à 1991, Oya Baydar est l'un des écrivains phares de Turquie. Elle a été couronnée par les prestigieux prix Sait Faik et Orhan Kemal. Profond, passionnant et inspiré, Parole perdue est un livre qu'on n'oublie pas.
Oya Baydar n'est pas tendre pour beaucoup de ses confrères. Sa voix est différente, lourde du poids de la mémoire et des rêves fracassés d'impossibles révolutions. Parole perdue est un livre singulier au souffle puissant. Un livre inspiré, une incantation sur l'oppression et la violence. Auteure reconnue en Allemagne, déjà traduite en anglais, hongrois ou portugais, Oya Baydar n'a étrangement jamais été publiée en France...
C'est une livre à plusieurs voix. Il y a celle de l'écrivain qui part vers l'est à la recherche de lui-même, hanté par les réminiscences de sa jeunesse et d'une révolution où les kurdes devaient être l'avant-garde. «Ils étaient notre peuple, grâce auquel nous nous donnions bonne conscience en nous faisant jeter en prison en leur nom pour avoir utilisé le mot kurde. [...] Nous étions opprimés, persécutés et révoltés. Ce que nous étions, ils l'étaient trois fois plus», se souvient Ömer Eren pendant le long périple vers les montagnes limitrophes de l'Iran et de l'Irak où se sont nouées les tragédies de Zela et de Mahmut...
La violence est partout. Ce thème hante Oya Baydar. «La violence c'est celle de l'Etat comme celle du PKK qui le combat, la violence s'exerce surtout sur les femmes mais même aussi sur les souris de laboratoire que l'on dissèque», explique l'écrivaine, rappelant qu'«au fond de la violence il y a d'abord la peur de l'autre et que chacun a peur de l'autre». La militante qu'elle fut n'a pas abdiqué ses rêves. Elle espère un nouveau mouvement politique, différent de tout ce qui existe et dont le programme tiendrait «en dix phrases simples comme les dix commandements». Un parti qui ferait naître un pays nouveau, où Mahmut et Zelal ne seraient plus contraints à une interminable cavale.
Premier livre traduit en français d'Oya Baydar, sociologue et écrivain reconnue en Turquie, engagée à gauche et titulaire de plusieurs prix, Parole perdue est une formidable fresque, lente, dense et puissante, mettant en scène la Turquie contemporaine, ses violences et ses paradoxes, les liens entre l'Est et l'Ouest, les conflits kurde et irakien, mais aussi la haine, l'exclusion et l'intolérance, qui prospèrent partout. L'écrivain, qui fut porte-parole de l'«initiative de paix» lancée en Turquie en 2001 par les opposants au conflit avec les Kurdes, a arpenté l'Anatolie, ses montagnes austères, pelées et révoltées, où se côtoient l'espoir et l'oppression. Oya Baydar en a tiré une réflexion sur la spirale de la violence et les moyens de la combattre, le rejet de «l'Étranger». Dans ce roman, Elif la Turque est rejetée en Norvège par une poignée de jeunes radicaux; Mahmut, le jeune Kurde de l'Est, est rejeté dans l'ouest de son propre pays, la Turquie. «Nous sommes tous des étrangers en ce bas monde, écrit Oya Baydar. Nous sommes tous ennemis les uns envers les autres. (...) C'est toujours la même peur. (...) Nous sommes tous l'étranger de quelqu'un.»...
Tout à la fois opus politique-hymne à la paix et la tolérance et conte oriental lent, répétitif, musical, Parole perdue est aussi un livre sur l'amour et le bonheur, l'oeuvre du temps, la complexité des liens entre les êtres. C'est sans doute quand elle aborde la relation entre Elif, la mère, et Deniz, le fils, qu'Oya Baydar touche le plus juste : un mélange d'amour et d'exaspération, de honte et de remords, de tendresse et d'impuissance.
«Dis, maman, est-ce avec de petites balles qu'on tue les enfants ?»
Je cherchais une parole, j'entendis une voix...
J'étais en quête de la parole. Cette parole que j'avais employée à tour de bras, dépensée sans compter, soufflée dans des bulles de savon, dilapidée; cette première phrase qui marquerait le début de l'histoire et la ferait s'acheminer jusqu'à son terme. La phrase impossible à mettre par écrit, qui se dissout dans la légèreté vaporeuse de la pensée au moment précis où je crois la saisir... La parole perdue...
Mais j'entendis cette voix, j'oubliai la parole et suivis le cri.
L'homme qui joue avec les mots, l'acrobate de la langue, le magicien du langage.
Les éloges convenus étiquetés sur son nom, accolés à son identité... A la question qu'avaient coutume de lui poser les lecteurs pétris de candide admiration et de bonnes intentions, les journalistes littéraires empressés et ambitieux, et les critiques qui décident de votre destin et du sort de vos écrits, «Quoi de nouveau sur l'établi, maestro ?», il répondait à la normande, avec un sourire hypocrite et glacé, tenant de la simple contraction musculaire : «J'ai commencé quelque chose, c'est en bonne voie, vous verrez bientôt.»
Or il n'avait en lui qu'un vide abyssal : «Le vide effroyable et stérile du reflet infini de deux miroirs face à face.»
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