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.. Ce frère-là

Couverture du livre Ce frère-là

Auteur : Anne-Constance Vigier

Date de saisie : 19/04/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 9782070787807

GENCOD : 9782070787807

Sorti le : 12/03/2010

  • Les présentations des éditeurs : 02/06/2010

Septembre 2005 : la narratrice se prépare à assister à l'enterrement de son frère, un guitariste classique dont elle était très proche. Elle se remémore alors les scènes familiales, cruelles ou tendres, qui ont été les moments décisifs de leurs vies. Les terreurs de l'enfance, la dure réalité de l'amour et de l'amitié parfois sont autant de souvenirs intenses qui dessinent le relief imparfait, unique et terriblement précieux d'une existence. En abordant une nouvelle fois un sujet intime et délicat, Anne-Constance Vigier continue à explorer avec humour et légèreté les méandres de la vie. La simplicité de son écriture met en scène, sans ostentation ni pathos ni hystérie, la petite musique marécageuse des sentiments.

Anne-Constance Vigier, née en 1970, vit en région parisienne. Elle est l'auteur de trois autres romans dont Entre mes mains et La réconciliation, parus respectivement aux Éditions Joëlle Losfeld en 2007 et 2008.


  • Les courts extraits de livres : 02/06/2010

2005 (Les adieux - 1)

Avec les oranges, tout s'arrange : il le clamait à intervalles réguliers de sa voix imparfaite. Cette phrase et d'autres peut-être moins abouties au sujet des abricots et des raisins, alors que le soleil frappait nos têtes pensives en contrebas des marches de l'église et obligeait les plus âgés ou les plus sensibles à se tenir en retrait, dans l'ombre odorante du mur. Tandis que d'autres au contraire s'avançaient avec curiosité vers la lumière, s'approchaient comme malgré eux de l'étal du vendeur qui continuait à s'époumoner sans égard pour notre peine. Notre peine immense à tous quoi qu'on ait pu en dire les jours qui ont précédé et les jours qui ont suivi, et je regardais ces membres de ma famille que je n'avais jamais vus hormis dans des circonstances comparables. Cet homme, par exemple, qui ne paraissait pas souffrir de la chaleur en dépit de son manteau et de son écharpe et qui hésitait peut-être maintenant entre continuer de s'affliger et en profiter pour faire ses courses. Car malgré mes mises en garde personne n'avait voulu renoncer à t'enterrer un mardi, le mardi, avais-je pourtant répété, c'est jour de marché, tout le parvis est envahi par les fruits et les légumes, la viande et le fromage. Sans parler du poisson et de la glace pilée qui en tombe sans cesse dans une odeur de mort. Et je regardais désormais en silence les hommes et les femmes qui ne m'entouraient pas du tout mais se tenaient au contraire à distance. Une distance réfléchie qui serait maintenue avec la même rigueur vis-à-vis de nos frères et de notre mère, une distance très spécifique qui pouvait s'apparenter à une marque de respect pour les proches du mort. Ou à une peur panique, absolue et très habilement dissimulée, de regarder de près la douleur des proches du mort. Et tous me semblaient plus dignes que moi dans leurs vêtements sombres, les femmes bougeant faiblement la tête sous leurs brushings du matin, les hommes au dos droit et ferme dont le soleil faisait cligner les yeux. Pourquoi suis-je venue, pensai-je, et exactement en même temps, comment aurais-je pu m'abstenir de venir.


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