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Auteur : Paula Fox
Préface : Andrea Barrett
Traducteur : Marie-Hélène Dumas
Date de saisie : 23/06/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782070789429
GENCOD : 9782070789429
Sorti le : 01/03/2010
Une revue de presse d'Aurélie Kieffer, journaliste à France Culture
A la veille d'un voyage en Afrique, Laura Maldonada Clapper et son mari, Desmond, boivent du scotch assis dans une chambre d'hôtel new-yorkaise, en attendant leurs trois invités : Clara, la timide fille de Laura née d'un précédent mariage; Carlos, l'exubérant frère de Laura, critique musical raté; et Peter, un éditeur falot et mélancolique que Laura n'a pas revu depuis un an. Ce qui s'annonçait comme une petite fête de départ se transforme bientôt en un amer et angoissant règlement de compte familial. Laura, sorte de «diva», qui tout au moins semble se considérer comme telle, orchestre la soirée avec une impériale cruauté et multiplie insinuations et hostilités pour tenter de cacher une terrible nouvelle qu'elle vient d'apprendre. Paula Fox révèle une fois de plus son incontestable maîtrise esthétique et sa capacité à raconter les relations humaines telles qu'elles sont et non telles qu'elles devraient être. Elle met en scène avec une grande subtilité la toute-puissance maternelle dans ce qu'elle peut avoir de manipulateur et de déstabilisant.
Paula Fox, née en 1923, est américaine et vit à New York. Elle a été redécouverte à la fin des années 1980 grâce, entre autres, à Jonathan Franzen, Frederick Busch et Andréa Barrett, qui la considèrent comme l'un des plus importants écrivains de ce siècle.
Subtil roman d'une grande dame des lettres américaines, ce huis clos familial évoque le deuil et la filiation avec une saisissante intensité...
Les lecteurs de Paula Fox savent combien est délicieuse cette sensation presque agaçante de sentir son piège narratif et stylistique se refermer sûrement sur eux comme la toile retenant ses protagonistes dans ce lieu confiné. Impitoyable quand il s'agit de décortiquer les relations humaines, la vieille dame de Brooklyn excelle dans l'art de la subtilité et dans l'intensité de ses descriptions des mécanismes de la cruauté...
Chaque mouvement, chaque inflexion se déplie en souterrain d'un sol dont la stabilité n'a que l'apparence, comme si coexistaient deux mondes dont on se demande lequel est le plus réel, de l'officiel ou du caché, de celui du dit ou de celui du non-dit, évoluant en parallèle et même luttant l'un contre l'autre.
La romancière américaine Paula Fox plante le décor, presque un huis clos, y manipule les uns et les autres, leur fait jouer la comédie, dans le cadre de cette sacro-sainte réunion de famille. De fausses retrouvailles en fausses confidences, tout ce petit monde s'emploie à se mentir, à s'épingler façon humour vache. A coups de drinks glacés et de mots aigres, tous interprètent le rôle de leur vie. Faire du simulacre une règle de conduite, et même un art : à ce jeu, tous se révèlent excellents - pitoyables.
Les enfants de la veuve sont sans doute le roman le plus féroce de l'auteur de Personnages désespérés : un huis clos de plus en plus tendu, en présence de personnages empêtrés dans leur amertume et dans leurs secrets, face à cette Laura qui décoche ses mots comme des banderilles. "Nous changeons tous, finira-t-elle par avouer, nous devenons hideux, aussi difformes que les chaussures noires de ma pauvre mère." Les petites phrases de Paula Fox font mouche et son autopsie d'un enfer familial est d'une précision effrayante : un véritable jeu de massacre, dans "une époque de dégoût et de détestation sentimentale".
Nous ne sommes pas ici dans un roman psychologique banal, genre chronique familiale à l'ango-saxonne. Cela tient au clan des Maldonada, «têtes massives d'Espagnols du Nord», drôles d'oiseaux catastrophiques dépassés par leurs dons. Cela tient à la lucidité infiniment désespérante et admirable de Paula Fox, qui détaille les gestes maladroits, les revirements, les élans, les déceptions, les violences meurtrières, les mille torpilles insignifiantes ou primordiales qui peuvent lester une communauté d'individus dans un espace et une durée limités. L'indifférence de Laura envers sa fille est si toxique que celle-ci «sentait son moi se décomposer». Pourtant, Clara a sa vie, ses secrets, son amant. Elle a son oncle Carlos. Lui est-il vraiment acquis ?
Apéritif
Assise en sous-vêtements, très droite au bord d'une chaise, Clara Hansen se tenait immobile. Bientôt, il lui faudrait allumer la lumière. Finir de s'habiller. Elle s'autorisait à rester encore trois minutes dans la pénombre de son appartement, plongée dans cette torpeur proche du sommeil. Elle se tourna vers une table où était posé un petit réveil. Immédiatement, une agitation douloureuse s'empara d'elle et la fit se lever. Elle allait être en retard : il suffisait qu'on soit pressé pour que le bus se fasse attendre. Elle n'avait pas les moyens de prendre un taxi jusqu'à l'hôtel où sa mère, Laura, et son beau-père, Desmond Clapper, l'attendaient pour boire un verre avant d'aller dîner. Les Clapper embarquaient le lendemain matin - cette fois vers l'Afrique. Ils resteraient absents plusieurs mois. Clara s'était débrouillée pour quitter son bureau une demi-heure plus tôt afin d'avoir du temps devant elle. Mais elle n'avait eu que celui de rêvasser.
Clara se précipita dans la petite chambre où sa robe l'attendait, posée en travers du lit. C'était la plus belle chose qu'elle possédât. Habituellement, lorsqu'elle choisissait un vêtement, elle était plutôt sur la défensive, elle en avait conscience. Comme elle avait conscience, en l'occurrence, de l'agressivité de son choix. Laura verrait tout de suite que cette robe valait cher. Oh et puis qu'est-ce que ça peut bien faire ? se dit-elle, mais tandis que la soie glissait le long de son corps, elle se sentit envahie par le doute.
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